‹ L'art chinoisChapitre 5 sur 106 · VASE HI-CHEOU-LEÏ, POUR CONTENIR L’EAU DU SACRIFICE · texte numérisé non relu

VASE HI-CHEOU-LEÏ, POUR CONTENIR L’EAU DU SACRIFICE

(D’après le Ta-Tbsing-houei-tien.')

mée, sans jamais connaître ni timidité dans l’inspiration ni tâtonnements dans les procédés, on est amené

à penser que, longtemps avant eux, l’art chinois avait commencé de naître, et que, pendant plusieurs siècles sans doute, il avait cherché sa voie et ébauché ses premières conceptions.

Par ses formules comme par son objet, l’art du bronze était intimement lié aux anciennes croyances de la Chine.

Le Ciel et la Terre étaient adorés comme les formes matérielles d’un « Souverain suprême », Chang-ti, dont les attributs restaient vagues et indéfinis. L'Empereur seul avait le droit de sacrifier à cet Être suprême, et ce privilège lui est encore réservé.

A côté de ce culte supérieur, on adorait les Esprits des Montagnes, des Vents, des Astres, des Fleuves. Il semble que, comme les Aryens de l'époque védique, les Chinois des temps primitifs concevaient, au delà de ces phénomènes, les forces dont ils émanent, et que, sans croire à leur réalité personnelle, ils leur prêtaient la vie et la puissance.

Enfin, le Culte des Ancêtres, qui consistait, comme aujourd’hui encore, non pas en pratiques d’idolâtrie, mais en actes d’hommage et de respect envers la mémoire des défunts, complétait la religion officielle, la seule qui existât alors par toute la Chine, si l’on ne tient compte des superstitions accréditées çà et là dans le peuple L

i. L’histoire de la religion des Chinois dans les temps anciens n'a jamais été traitée avec une méthode vraiment scientifique ni avec une critique suffisamment éclairée. L'étude de leur ine'taphysique religieuse et des origines de leurs rites, dont la connaissance exacte éclairerait bien des points de leur art primitif, n’est même pas ébauchée. On ne possède encore à cet égard que

LE BRONZE

Le philosophe vivait au vi' siècle avant notre ère et dont les idées morales ont, pour ainsi dire, façonné l’esprit chinois tel qu’il est encore aujourd’hui, a enveloppé dans sa doctrine les traditions religieusesprimitives,et le Culte d’État n’a plus fait qu’un seul corps de prescriptions et de pratiques avec le Confucianisme.

La fabrication des objets sacrés destinés aux cérémonies de cette religion

Confucius ( Koung-fou-tse) , qui

VASE N E ï - Y E N - Y O U .

(D’après le Ta- Thsitig-houci-tien.)

a été la première manifestation de

des notions incertaines et des interprétations mal justifiées. Nous nous sommes borné à résumer dans ce chapitre les données fournies par l’ouvrage d’Edkins, Religion in China, ch. n et vin.

if.

l’art chinois et elle lui a inspiré ou plutôt dicté, dès l’origine, des formes et un décor particuliers.

Lks formes. — Par une particularité de l’esprit chinois, toutes les formes qui furent créées alors nous ont été religieusement transmises et conservées.

On sait, en effet, que dès la plus haute antiquité toutes les manifestations de la vie individuelle, religieuse, sociale ou politique ont été soumises en Chine à un formalisme rigoureux, à la loi sévère des Rites.

Or les mêmes Rites, qui ont réglé, en tous ses détails, le culte primitif, ont déterminé en même temps les formes des vases réservés à l’accomplissement de ces cérémonies, et ils y ont pourvu avec une précision si minutieuse et si impérative, que les bronzes fabriqués aujourd’hui pour les sacrifices officiels sont encore composés du même alliage, ont le même galbe, les mêmes dimensions en tous sens et le même poids que ceux qui furent fondus dans le même but il y a plus de 2,5oo ans.

Des Rituels étaient rédigés, oii toutes ces formes, toutes ces mesures se trouvaient consignées. Tels étaient le Y-li, le Tchcou-li 1 et le Li-ki, qui faisaient partie des livres canoniques, ou Kings. D’autres Rituels ont été composés postérieurement par les dynasties qui se sont succédé au trône de Chine, et ont assuré à travers les siècles la suite des traditions. Parmi les catalogues officiels reproduisant les objets de l’art primitif

i. Cf. Biot, le Tcheou-li ou les « Rites des Tcheou » ( 1 1 34 à 255 av. J.-C.). Le marquis d’Hervey Saint-Denis a achevé la traduction des dernières sections de cet ouvrage.

LE BRONZE

destinés au culte et à l'accomplissement des Rites, il faut citer :

i° Le Po-kou-tou , ou « Figures d'un grand nombre d’antiquités » composé vers l'an 1200, sous la dynastie des Soung;

20 Le Si-thsing-kou-kien, ou « Mémoire des antiquités de la pureté occidentale 1 , ouvrage en quarantedeux volumes, composé par ordre de l’empereur Kienlong en 1749, et contenant la description et la gravure de tous les objets anciens déposés au Palais impérial ;

3° Le Ta-Thsing-houeï-tien, ou Recueil des statuts delà dynastie actuelle des Thsing.

Ainsi, à son origine même, à cette heure — importante entre toutes dans les civilisations primitives — ou les formes se créent et les types se formulent, à ce moment où les arts, prenant leur essor, ont le plus besoin de liberté et de franchise, quand tout doit être invention spontanée et imagination active, — l’esthétique chinoise se trouva étroitement enserrée entre les prescriptions obligatoires et routinières des Rites.

Par là, la convention et la routine qui n’apparaissent généralement dans l'art que chez les peuples vieillis, épuisés par une trop féconde production ou las d'une trop longue activité, s'imposèrent dès le premier jour aux artistes de l’Empire du Milieu, les dispensèrent de toute interprétation personnelle, de toute recherche expressive, et les astreignirent à répéter fidèlement, ser-

1. Ainsi qualifié, parce que ces antiquités ont été trouvées principalement dans les provinces occidentales de la Chine où les trois premières dynasties avaient leur cour.

l’art chinois. 2

vilement, avec une exactitude machinale, des types immuablement arrêtés.

Ce fut en outre, pendant près de quinze siècles, la singulière fortune de la Chine de demeurer presque étrangère au reste du monde et d’échapper à ces grands mouvements philosophiques ou religieux qui, en renouvelant les idées et la conscience d’un peuple, modifient par contre-coup ses conceptions esthétiques et l’affranchissent plus ou moins de ses traditions.

Jusqu’à l’introduction du bouddhisme, en effet, c’est-à-dire jusqu’à la fin du ier siècle de notre ère, l’Empire chinois offrit le spectacle d’une civilisation sans contact continu et sans mélange avec les civilisations étrangères, et d’un art immobile, se répétant indéfiniment, sans progrès, sans luttes d’écoles.

Ce qu’ont pu être les œuvres produites sous une pareille inspiration, on le pressent aisément. Si quelques vases ont de l’élégance, de la pureté de contours, la plupart des formes sont lourdes, barbares, mal équilibrées dans leurs proportions. On y devine la préoccupation de l’artiste ou, pour mieux dire, de l’ouvrier, de respecter le canon qui lui est imposé, de mesurer avec précision la courbe d’une panse, l’évasement d’un col, le profil d’une gorge, l’écartement des pieds, de reproduire fidèlement le dessin du décor et le symbolisme des figures.

Même dons les galbes les plus heureux, on sent je ne sais quelle gaucherie, quelle raideur hiératique. Les vases dits cornets, les lagènes, quelques spécimens de coupes, des cratères révèlent en effet un sentiment plas-

LE BRONZE. 19

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VASE HI-fs'üUEN, POUR RECEVOIR LE SANG DE LA VICTIME.

(D’après le Ta-Thsing-houei-tien.)

des œuvres irréprochables et de grand style; mais ce qui manque, c’est précisémentcette liberté d’inspiration

et cet amour des lignes pures qui guidaient la main des bronziers et des céramistes d’Athènes ou de Co-' rinthe.

Nous les retrouverons plus tard, toutes ces formes archaïques, quand une influence étrangère, renouvelant l’art chinois, les empruntera pour les assouplir, les alléger et en mieux pondérer les éléments, et nous sentirons mieux alors de quel poids a pesé sur les artistes primitifs le ritualisme du culte officiel.

Le DF.coa. — Les motifs ornementaux que l’on retrouve sur les bronzes primitifs sont de deux sortes :

i° Des motifs géométriques, simples ou compliqués, symétriques ou dissymétriques;

2n Des formes naturelles, que l’artiste a tantôt reproduites conformément au modèle placé devant ses yeux (animaux, profils de montagnes, nuages, etc.), tantôt transfigurées par un effort de son imagination (dragons, chimères, phénix, etc.).

i° Parmi les motifs de la première catégorie, le plus usité est la grecque , appelée par les Chinois lei-ouen,

L El - O U E N .

« festons ayant la forme du tonnerre », que l’on retrouve sur les produits de la poterie hellénique et étrusque. Il est à remarquer que, tandis que ce dessin décoratif ne figure qu’à titre accessoire sur les terres cuites de la

le bronze.

céramique occidentale, elle est le plus souvent, sur les bronzes chinois, le principal et quelquefois même le seul ornement.

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