‹ L'art chinoisChapitre 52 sur 106 · BLOC DE JADE CISELÉ A JOUR · texte numérisé non relu

BLOC DE JADE CISELÉ A JOUR

(Collection de M.lc vicomte de Scmallc.)

I. Cf. marquis d’Ilervey Sainl-Dcnis, Poésies de l'époque des Thang

LES PIERRES DURES

Les porte-pinceaux, les godets à encre, les brûleparfums, les presse-papiers, les sceaux, les porte-bouquets, tous les menus objets dont les causeurs aimaient à s’entourer étaient de jade aussi. La vague translucidité de la matière et le travail délicat dont elle est susceptible la faisaient moins priser que l’agréable sensation qu'elle procure au toucher, une sensation à la fois ferme et onctueuse, comparable pour le tact à celle que donne au regard la patine d’un beau bronze, une sorte de caresse au bout des doigts.

De cette époque, c’est-à-dire de la dynastie des Thang (vne siècle après J.-C.), date ainsi ce caractère de sensualisme qui ira toujours en se développant dans l’art chinois à côté du hiératisme des rites, et qui finira par dominer dans la céramique, dans l’émaillerie, et, le plus souvent même, dans la peinture.

Le jade devint de la sorte la substance vraiment précieuse, celle qui donnait les plus fines sensations, qui suggérait les plus gracieuses pensées et les plus délicates impressions. On en fit mille objets divers, d'usage familier, que l’on s’offrait en présent, qu’on se laissait en souvenir, où chacun, en s'en servant, mettait quelque chose de sa personnalité comme ces bijoux que nous portons et qui nous deviennent intimes. C’est dans ce sens que Li-tai-pe fait dire à une femme : '< Ces hirondelles de jade, ornement de ma coiffure, elles étaient sur ma tête le jour ou je me donnai à toi; je te les offre aujourd’hui comme souvenir; ne manque pas de les essuyer souvent avec ta manche de soie. »

C’était précisément l’instant où le bouddhisme apportait de l’Inde les conceptions d’une esthétique plus

élevée, apprenait aux Chinois à mieux voir et comprendre la nature et faisait prédominer désormais dans les œuvres d’art le sentiment individuel sur les conventions classiques.'

On vit alors créer dans le jade, de même que dans le bronze, une infinie variété de formes, élégantes, assouplies, inspirées directement de la nature, empruntant au monde organique, au monde végétal surtout, scs plus séduisantes créations.

Avec la matière dure entre toutes, l’artiste chinois excella à rendre l’élasticité serpentine d’un dragon fantastique, la molle flexuosité des lotus, les fines découpures d’un feuillage de fougère ou de mimosa, la pulpe tendre d’un magnolia épanoui.

Les difficultés ne sont pas évitées, loin de là; elles sont abordées de front, compliquées et multipliées à plaisir. Voici, par exemple (p. 1 66), un bloc de jade appartenant à M. le vicomte de Semallé : c’est un fouillis de fleurs, de tiges et de feuilles, sculptées à jour, en couches superposées. Le travail est si légèrement traité, si profondément fouillé, qu’on demeure confondu à la pensée des prodiges d’habileté réalisés pour ciseler cette dentelle de pierre dure, pour atteindre avec la bouterollc le centre du bloc, pour manœuvrer la pointe de l’outil à travers l’enchevêtrement des couches superficielles.

Là, cependant, l’ouvrier chinois n’a fait preuve que de patience et d'ingéniosité. Mais nous nous rappelons avoir vu à Pékin, chez les marchands de jade établis près du temple de Long-fou-sse , tel brûle-parfums supporté par des phénix aux ailes éployées, tel vase dont les anses étaient deux dragons contournés, telle

LES PIERRES DURES

statuette bouddhique enveloppée de lotus, d’autres œuvres encore ou nous croyions constater cette lutte

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