‹ L'art chinoisChapitre 51 sur 106 · BOUTON DE PARURE OFFICIELLE · texte numérisé non relu

BOUTON DE PARURE OFFICIELLE

Dynastie des Ming (i 368-1645).

(Collection de M. le vicomte de Semallé.)

sation chinoise avait déjà plus de 1,600 ans d’existence historique, et d'une existence traversée de tant d’épreuves, de tant de luttes, d’oppressions et de malheurs publics, qu'un sentiment de lassitude d’abord, puis de mélancolie résignée, avait peu à peu envahi tous les esprits. L’influence des croyances bouddhiques y contribuant, on ne conçut plus ni grandes espérances

LES PIERRES DURES

ni robustes ambitions. L’insignifiance de la vie, l'instabilité des choses, la rapidité du moment qui passe, et, partant, la nécessité de se hâter de jouir, de goûter l'heure présente sans souci du lendemain, furent le thème habituel de toutes les discussions, le sujet de toutes les œuvres littéraires.

L'idéal de vie des classes élevées fut dés lors une

TASSES DE JADE, PROVENANT DU PALAIS D’ÉTÉ. (Musée de Fontainebleau.)

existence ou l’action personnelle et la passion forte n’avaient plus de place, où chacun avait conscience de l'inutilité définitive de sa tâche, ou l’on cherchait dans le charme du rêve, dans l’agrément de la conversation et de la culture littéraires, dans une sorte de voluptueuse insouciance, dans la douce ivresse de l’eau-devie de riz, l’oubli des misères humaines.

Les poètes de la grande dynastie des Thang, Litaï-pe, Thou-fou et tant d’autres, nous ont dépeint cet état des âmes, et leurs œuvres sont un appel constant à

l’insouciance, a la volupté, à 1 ivresse qui fait songer1. On se réunissait ainsi pourboire et pour converser, dans des pavillons ornés d’objets précieux qui étaient

peu nombreux, mais de qualité rare. La tasse à la main, on y composait de courtes poésies, on y parlait une langue choisie et ornée; le pinceau et le cahier de papier, posés près de la main des causeurs, leur permettaient, à tout instant, de donner à leur pensée, par l’écriture, une forme plus délicate, plus nuancée. C’était une fête douce des sens autant que de l’intelligence, une discussion conciliante, un peu cérémonieuse, où l’on cherchait moins à se convaincre qu’à être aimable ou à briller.

La porcelaine n’étant pas encore connue à cette époque, c’était dans des coupes et des vases de jade que se faisaient les libations. On y mêlait des fleurs au vin de riz, comme dans la gracieuse « Improvisation » du poète Tsin-tsan : « . . . Le parfum de ces pauvres fleurs pénètre jusque dans les coupes de jade et le vin d’automne en est embaumé. »

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