La Porcelaine de Chine, p
2. Cette période comprend les règnes de Kia-king, Taokouang, Hien-foung, Tong-tche et Kouang-siu.
LA CERAMIQUE,
se signale par aucune découverte céramique, par aucun progrès dans les procédés; elle est marquée, au contraire, par l’oubli des traditions techniques chez les artisans, par l’absence du style chez les décorateurs.
Les seules pièces qui présentent quelque intérêt datent du règne de Kia-king (1796-182 r) ou des premières années de son successeur, Tao-kouang, et encore ce ne sont que des reproductions de types exécutés aux époques précédentes, principalement dans la période Kien-long. A partir de l’année 1840 environ, l’excès de la production causé par le développement du commerce occidental, — la préoccupation de satisfaire à l’engouement irréfléchi et au goût inexpérimenté des acheteurs européens pour les provenances de l’extrême Orient, — et sans doute aussi un certain abaissement du sens artistique chez les Chinois de notre temps, ont déterminé la décadence où tombe, chaque jour plus profondément, l’art céramique qui, il y a moins d'un siècle, brillait encore d’un si vif éclat.
LE VERRE
l’histoire
Les annales de la dynastie des Han rapportent que, sous le règne de l’empereur Hiao-wou-ti (140-86 av. J.-C.), il y avait en Chine une manufacture de lieou-li. Ce mot ayant servi, plus tard, à désigner d’une façon générale les produits de la verrerie, on a cru pouvoir penser que le verre était connu des Chinois dès le ir siècle avant notre ère1. Il semble, au contraire, que le lieou-li n'était qu’une sorte d'émail, opaque ou vaguement translucide. Quand, en effet, on sut fabriquer en Chine le verre véritable, un mot nouveau fut inventé pour le distinguer : po-li. Par la suite, on se servit indifféremment des deux expressions pour désigner toutes les matières vitrifiées.
Deux cent cinquante ans environ avant de fabriquer le verre, les Chinois en avaient reçu, par le commerce étranger, des spécimens manufacturés, des fioles, des coupes, etc. Ces produits leur venaient des grandes ver-
1. Cf. Mémoires concernant les Chinois, par les missionnaires de Pékin, II, 463.
LE VERRE
reries d’Égypte et de Syrie. Dès le I" siècle de notre ère, en effet, des relations commerciales s’étaient établies entre l’Empire du Milieu et les pays de l’Asie antérieure placés sous la domination romaine. Nous avons vu (p. 22) qu’avant cette époque les Chinois ignoraient jusqu’à l’existence de ces régions: ce fut seulement sous la dynastie des Han (206 av. J.-C. — 265 ap. J.-C.), qu’ils en prirent la notion et les désignèrent sous le nom générique de Ta-ts'in. Leurs données se précisèrent assez rapidement, en particulier sur le royaume des Parthes [An-si, « Arsak » ?) et sur la Babylonie (T'iau-tche ), qui venait de passer sous la domination romaine.
A la fin du il* siècle, le trafic était presque constant, et les routes que suivaient les caravanes nous sont connues l II,. Par les provinces occidentales de la Chine, on
1. Cf. Hirth, China and Roman Orient. Cet ouvrage, très consciencieusement étudié et d’après les sources chinoises les plus anciennes, est le premier qui ait éclairé cette question des rapports de la Chine avec l’empire romain. L’identification des noms chinois aux noms latinisés des localités traversées par les caravanes a été, en particulier, l'objet d’une étude très attentive, dont les conclusions paraissent tout à fait justifiées.
En ce qui concerne les connaissances des Grecs et des Romains sur la Chine, cf., Yule, Cathay and the ivay thither. Les Grecs et les Romains ont su qu’il y avait une civilisation chinoise, bien avant que les Chinois aient soupçonné l’existence du monde occidental. 11 est fait fréquemment allusion aux Seres dans les auteurs anciens. Cf. Strabon,XV, 25; — Virgile, Géorg.
II, 120; — Horace, Odes, I, 12 et 29; III, 29; IV, i5 ; — Pomponius Mêla, III, 7; — Pline, Hist. nat., VI, 20; XII, 1 et 41. L’assertion de Florus ( Epitome , IV, 12), au sujet de l’ambassade chinoise envoyée à la cour d’Auguste, est une erreur historique. Les annales des Ilan, qui relatent, dans les moindres details, l’histoire de cette dynastie, n’en font pas mention. En outre, elles nous
gagnait le Turkestan, dont Mou-Iou (Antiochia Margiana, Mourou, Merv) était le centre commercial. De
Mou-lou, on allait à Ho-tou Hecatompylos), puis à T-marc (Ecbatana). En poursuivant la route jusqu’au Tigre, on passait le fleuve à Sou-pin (Ctésiphon) , en face de Sou-lo (Séleucie), et on arrivait à Yu-lo i H ira), sur les lacs de Chaldée, d’ou, par le cours de l’Euphrate, on atteignait le golfe Persique. On doublait ensuite toute la péninsule arabique, on remontait la mer Rouge jusqu'au fond du golfe Ælantique et l'on abordait à Æla : il fallait deux mois de navigation de Hîra jusqu’à ce port. De Æla, par Petra (Lideux couches teintees. Rekem), on gagnait Gaza
(Collection
de M. le vicomte de Scmallé.)
ou quelque autre ville de la côte syrienne1.
Plus tard, à partir du me siècle, le commerce suivit aussi une autre route. Depuis Hîra, on remontait l’Eu-
apprennent que le premier Chinois qui ait pénétré dans le Tats’in fut Kan-Ying qui alla jusqu’en Chaldée (T'iao-tchë) (11e siècle ap. J.-C.).
i. Pour de plus amples renseignements sur la voie commerciale qui, dans les premiers siècles de notre ère, reliait la Mésopotamie à la Syrie par le golfe Persique, la mer Rouge et les
LE VERRE
phrate et, par Palmyre ( Tsie-lan ) et Emèse ( Soufou] |, on arrivait à Antioche (An-tou), résidence du proconsul de Syrie et que les auteurs chinois ont toujours considérée comme la capitale de l’empire romain.
Les commerçants qui faisaient ainsi passer des marchandises à travers toute l’Asie n’étaient pas des Chinois. Jusqu’à nos jours, en effet, la race chinoise n’a jamais été voyageuse : aucun peuple, peut-être, ne s’est attaché plus solidement au sol où il était né, et l'on sait que les coolies chinois, que les grands courants de l’émigration vont porter actuellement sur tous les points du monde, ont la constante préoccupation du retour sur la terre chinoise. Suivant toute probabilité, c’étaient des Syriens qui s’enhardissaient ainsi à importer leurs marchandises jusque dans l’extrême Orient. Cette opinion paraît confirmée par la singulière aventure de ce marchand syrien, surnommé Ts’in-loun par les auteurs chinois, qui, vers l'an 23o de notre ère, parvint à la cour de l’empereur Ta-ti, après avoir erré plusieurs années à travers l’Annam et le Tonkin. Ce souverain lui confia la direction d’une mission qui devait se rendre dans l’empire romain, Ta-ts'in, et y nouer des rapports officiels. Les envoyés chinois qui la composaient périrent en route, et Ts’in-loun seul put poursuivre son voyage; mais on ne sut jamais s’il parvint au terme.
Parmi les articles les plus importants de ce com-
vil les de l’Arabie-Pétree, — cf. Reinaud, Mém. sur les royaumes de Mésène et de Kharacène, et, du même auteur, Mém. sur le périple de la mer Érythrée, au tome XXIV des Mémoires de l'Académie des Inscriptions.
merce transasiatique, figurait le verre *. L’auteur du Oueï-lio nous apprend qu’il y en avait de dix colorations differentes : blanc, noir, vert, jaune, bleu sombre, bleu clair, rouge sombre, rouge clair, rose et brun.
Ainsi, dès la fin du n* siècle, les Chinois connaissaient le verre. Ce ne fut qu’au vc siècle qu’ils apprirent à le fabriquer.
Les historiens chinois nous fournissent sur ce point des données pre'cises. D’après le Pcï-tche, des marchands étrangers8, partis du pays de Ta-yue-chi (situé sur la frontière nord-ouest de l’Inde), vinrent à la cour de Tai-ou (424-432), de la dynastie des Ouei septentrionaux 1 2 3. Ils prétendaient trouver sur place les matières nécessaires à la vitrification, et ils fabriquèrent, en effet, du verre qui était, dit-on, plus brillant et plus transparent que celui qu’on recevait de l’Ouest. Le Pcï-tche assure qu’à partir de cette époque le prix du verre baissa considérablement en Chine.
Quelques historiens ont revendiqué pour l’empereur Ouen-ti (424-454), de la dynastie des Liou Soung, contemporain et rival de Tai-ou, l’honneur d’avoir fait adopter les procédés de la vitrification. Quoi qu’il
1. Les autres produits principaux, expédiés d’Occident en Chine en échange de la soie, étaient les tissus de laine brodés et teints, les drogues et les aromates, les pierres précieuses et les perles. Cf. dans Hirth, les citations du Ouel-lio, ou Histoire abrégée de la dynastie des Ouei, ouvrage de la tin du ni' siècle. Les pierres précieuses provenaient des tailleries d’Alexandrie. Cf. W. Jones, History of precious stones. London, 1880.
2. De quelle nationalité étaient ces marchands' Indiens? Syriens? L’auteur chinois a négligé de le spécifier.
3. La cour des Ouei septentrionaux était près de la ville actuelle de Ta-t’oung-fou, dans la province du Chen-si.
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en soit, la date du début de la fabrication du verre en Chine demeure établie : elle se place entre les années 424 et 452.