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LES ÉMAUX CHAMPLEVÉS ET CLOISONNÉS

Dans leur recherche de tout ce qui pouvait contribuer à rehausser les bronzes, les Chinois ont été amenés à les décorer d'émaux champlevés et d'émaux cloisonnés.

On sait en quoi consistent ces deux procédés de décoration. Dans le premier cas, on creuse dans le bronze même, et d’après un contour donné, une concavité où l'on dépose un émail, c’est-à-dire une composition d’oxydes métalliques que l’on vitrifie en soumettant au feu la pièce ainsi préparée. Dans le second cas, on applique de champ, sur le métal destiné à servir de fond, des rubans de cuivre, d’argent ou d’or qui, suivant le tracé d’un dessin, divisent la surface en autant de compartiments ou cloisons qu’il y a de parties diversement teintées. Ces cloisons font de la surface à décorer un réseau métallique, un treillis de cellules dans lesquelles on introduit ensuite l’émail en poudre mêlée d’un peu d'essence. On passe enfin au four qui

fixe les couleurs sur le fond sans détruire les cloisons.

C'est l'Occident qui a importé en Chine le procédé du cloisonné, qu'elle a ensuite poussé à un si haut point de perfection.

Cette origine nous paraît indiquée d'abord par le nom chinois de l’émail cloisonné, fa-lan, dont le sens littéral est « émail franc ». Ce mot désignait autrefois en Chine tout ce qui était de provenance occidentale. En enveloppant ainsi sous la rubrique générale de « Francs » l’ensemble des peuples situés à l’ouest de l’Asie, les Chinois ne firent qu'adopter l’expression par laquelle les Orientaux, à la suite de la prédominance de l'influence française dans le Levant, ont désigné, jusqu’en notre siècle, la masse des pays chrétiens, sans distinction de nationalité. Le sens du mot était général et ne s’appliquait pas encore exclusivement aux Français.

 l’appui de cette interprétation, nous trouvons dans un ouvrage officiel chinois que « la 8' année Kiatsing (en 029, sous les Ming), on fabriqua des p’aa ou canons que l'on nomma canons francs (fa-lang-ki-

p’ao) Fa-lang-ki est un nom de royaume (Koue

mingye). A la fin de la période Tching-te (vers 1 5 2 1 » les vaisseaux de ce royaume étant arrivés â Canton, on obtint d'eux un modèle de leurs canons et on en fabriqua de pareils en cuivre1. » Il n’est pas vraisemblable qu’un vaisseau français se soit rendu à Canton en 1 5 2 1 ; mais il est très probable qu’un des navires de Magel-

1. Hoang-tchâo-li-ki thou-tchi, « Modèles des objets rituels ». (Section des instruments de guerre.)

LES EMAUX.

lan, qui précisément avait franchi en 020 le détroit qu'il a baptisé de son nom, et qui dans cette année avait découvert les Philippines, ait été reconnaître la côte voisine de Chine et visiter Canton. Cet exemple suffit à démontrer qu’au commencement du xvi' siècle les Chinois désignaient confusément sous le nom de « francs » tous les pays d’Europe, et que le nom de fa-lan donné aux cloisonnés témoigne bien d'une origine occidentale.

L'étude attentive des plus anciens cloisonnés nous fournit également des preuves de cette provenance européenne : ces oeuvres présentent parfois, en effet, de singulières ressemblances avec certains émaux de l’école byzantine : mélange d’émaux différents entre les parois d'une même cloison , — emploi d’incrustations d’or pour traiter les figures et les mains, etc.

Cette origine ainsi indiquée d'une façon générale, comment et à quelle époque se fit l'importation des cloisonnés en Chine? Nous ne pouvons présenter ici, en manière de solution, que deux hypothèses.

i° Les Chinois ont reçu le cloisonné par des artisans isolés, voyageant à travers toute l'Asie, et créant des ateliers dans les grandes villes qu'ils visitaient, comme firent à peu près ces petites colonies d’ouvriers syriens qui parcouraient la France à l’époque mérovingienne et y apportaient également les procédés byzantins1.

Nous avons eu déjà (voy. suprà, p. 70) l’occasion de signaler les conséquences considérables qu’entraîna

1. Cf. Bayet, l’Art byzantin, p. 291. (Bibl. de l'enseicnement des Beaux-Arts).

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l'établissement d'une dynastie mongole en Chine dans la seconde moitié du xiir siècle, au point de vue de l'ouverture de l'Asie orientale aux idées, aux connaissances scientifiques, aux procédés industriels et aux formules d'art des civilisations occidentales.

Les relations qui existaient alors entre la Chine et l'Europe par la voie de terre, c'est-à-dire par la Perse et le Turkestan ou par la Sibérie et la Mongolie, étaient moins rares qu'on ne le pense. La cour que les Grands Khans tenaient à Karakorum était le lieu de rendez-vous d'une foule d'envoyés politiques, de religieux, de commerçants, d'aventuriers qui venaient de tous les points du monde civilisé. Beaucoup de religieux italiens, français, flamands s’y rendirent, chargés d'une mission de la cour de Rome : un franciscain du rovaume de Naples y passa pour se rendre à Pékin, où le pape l'avait institué évêque L Lorsqu'en i 3 5 i le moine Guillaume de Rubrouck y parvint, les premières personnes qu'il y rencontra furent « maitre Guillaume Boucher, orfèvre parisien, qui avait demeuré sur le Grand-Pont à Paris », et « une femme de Metz en Lorraine, nommée Paquette, qui avait été faite prisonnière en Hongrie » ; ce Guillaume était orfèvre du grand khan qui allait devenir empereur de Chine A 11 y avait encore à Karakorum des Arabes, des Syriens, des Moscovites. 11 y avait aussi des marchands génois, pisans et vénitiens. Le voyage du père

1. Cf. Abel Rëmusat, Second Mémoire à l'Académie des Insc-, vu, 335, et Mélanges asiatiques.

2. Cf. 1 ’oyage de Guillaume de Rubrouck en Orient, annote par de Backer.

LES EMAUX.

et de l’oncle de Marco Polo en Tartarie (i 3 56) n'était pas, en effet, le premier qu’eussent tenté les Vénitiens pour chercher vers l’extrême Orient des débouchés à

BOITE D’ÉMAIL CLOISONNÉ. XVIe SIÈCLE.

(Collection de M. le vicomte de Semallé.)

leur commerce. Des artisans de Pologne, de Bohème et de Hongrie avaient pris également la route de la Mongolie et de Cathav : Jean du Plan Carpin, légat du Saint-Siège en Tartarie, Ht le voyage avec des gens de Breslau et de Prague, et, quelques années plus tard, quand Jean de Montecorvino, religieux de l’Ordre des

I" réres Mineurs, partit pour la Chine, un artisan italien l’accompagnait1.

Lorsque Koubilai-khan, à la suite de ses conquêtes, établit sa cour à Pékin et assura sa domination sur

tout l’Empire du Milieu, la barrière que la Grande Muraille opposait aux influences occidentales cessa d’exister.

Tous ces étrangers, savants, religieux, commerçants, artisans, dont il aimait à s'entourer à Karakorum, le suivirent dans sa nouvelle capitale et bientôt la Chine fut ouverte — pour un temps qui ne dura guère, n est vrai a J action extérieure. Nous savons par les récits de Marco Polo de quel crédit les Européens jouissaient auprès de l’empereur mongol et en quelle faveur ce souverain tenait tout ce qui était d’origine étrangère. Les marchands et artisans qui faisaient route vers la Mongolie poursuivirent désormais leur chemin jusqu au centre meme du Cathay, et le franciscain Odoric de Pordenone, composant à son retour en

i. Voy. d’autres exemples encore dans Cordier, Bibliotheca Sinica, 11, p. 884 et suiv.

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Europe la relation de son voyage en Chine et de son séjour à Hang-tcheou qu’il avait visité en i325, put écrire ces lignes : « La cité de Cansay est la plus

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