VAS F. D’ÉMAIL CLOISONNÉ
XVIe SIÈCLE.
(Collection de M. L. Gonse.)
grande ville du monde; j'ose à peine donner cette indication ; car il y a tant de gens à Venise qui y ont été L »
i. Cansay, la Quinsay de Marco Polo, la Khanzai d’Ibn-batoutah, est Hang-tcheou-fou, autrefois King-sse, l’ancienne capitale des Soung. Cf. Yule, Catliay and thc way thither, I, p. 1 1 3 .
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Si l’on accorde que les voyages dont le souvenir nous a été ainsi conservé ne sont qu'en petit nombre à côté de tous ceux qui furent entrepris par des marchands ou des artisans demeurés plus obscurs, on reconnaîtra que certains procédés de l’industrie occidentale, ceux de l’émaillerie en particulier, avaient pu passer en Chine, à travers toute l’Asie, vers la fin du xiiic siècle.
2° Les navigateurs arabes ont été les importateurs du cloisonné. Nous avons parlé déjà (voir p. 70) du commerce établi entre la Chine méridionale et le monde islamique. L'importance que ce commerce prit, vers le xiv siècle, donnerait à penser que les émaux des « pays francs » ont été introduits plutôt par la voie de mer que par la longue route de terre. Nous devons cependant signaler un passage du Ko-kou-yao-loun, ouvrage publié au début du xve siècle, ou il est fait mention de vases arabes de cuivre émaillé « semblables aux bronzes fa-lan » : cette distinction tend à faire croire que les fa-lan, aux yeux des Chinois de cette époque, n’étaient pas de provenance arabe, et que, des deux hypothèses que nous venons de présenter, la première est la plus admissible.
Les émaux dont on se servait et qu’on emploie encore en Chine sont d’une grande variété de nuances : le bleu est obtenu par l'oxyde de cobalt, le rouge par l’oxyde de cuivre et le sulfate d’argent, le vert par l’oxyde de chrome, le violet par l’oxyde de manganèse, le jaune par le chlorure d’argent, le blanc d'opale par l'oxyde d’étain, le blanc vif par les oxydes d’étain et de plomb, le noir par un mélange des oxydes donnant
ERULE-PARPUMS D’ÉMAIL CLOISONNÉ, PROVENANT DU PALAIS D’ÉTÉ ( N I E N - H A O I KIEN-LONG, 1736-1796).
(Musée de Fontainebleau.)
dans leurs valeurs les plus intenses le bleu, le vert et le violet. Ces émaux prennent au feu une certaine translucidité qui leur donne l’éclat chatoyant des pierres précieuses. Pour les rendre opaques, il suffit de mêler à leur fondant un peu d’émail blanc; alors, ils absorbent la lumière, éteignent leurs tons et prennent l’aspect plus doux de la turquoise, du lapis-lazuli, de l’ivoire, etc.
Les Chinois n’ont pas disposé, dès le début, d’une si riche palette. Au commencement de la dynastie des Ming, c’est-à-dire dès les premières années du xv* siècle, les cloisonnés sont de couleur très foncée : on y trouve surtout des bleus sombres, des jaunes profonds, du violet pensée, des blancs troubles et mats. Il y a aussi parfois des parties de fond laissées nues ou revêtues d’or. La qualité de la poudre d’émail, quand elle ne se compose pas de pierres fines pulvérisées (améthyste, turquoise, grenat), est souvent imparfaite; elle se comporte mal au feu et se pique d'une infinité de petits trous. Vers le milieu du xv* siècle, sous l’empereur King-t’aï, la technique du cloisonné réalise des progrès sérieux : le cloisonnage est moins grossier et permet un décor plus savant ; les émaux sont d’une qualité plus fine et de nuances plus délicates.
Sous l’empereur Khang-hi, des Thsing 11662-1723), l'art de l’émaillerie atteint à la perfection; c’est un art robuste et délicat à la fois, créant des œuvres d’un style simple et large, d’un coloris opulent, d’une exécution forte et originale. Il reste ainsi à son apogée jusque vers la fin du règne de Kien-long (1736-1796). A cette époque, il est capable encore de produire des chefs-d’œuvre de forme élégante et hardie, de coloration
LES EMAUX.
riche et harmonieuse. Mais après cette longue période d’incomparable éclat, il entre en décadence, et, à partir de la fin du xvme siècle, il n’est plus qu’une simple industrie, ou l’instinct de la décoration et les dons de coloristes des artisans chinois trouvent parfois à se manifester encore, mais où l’inspiration heureuse, le sentiment délicat des lignes et des nuances, le goût parfait et le style manquent désormais : ici, comme dans tant d’autres branches de l’art, l’abus de la production, causé pur la vogue des cloisonnés en Europe, a exercé la plus fâcheuse influence, et il n’est pas de cloisonné moderne qui puisse soutenir la comparaison des grandes œuvres des xvn' et xviiu siècles.
LES EMAUX PEINTS
Les émaux peints 1 furent mis à la mode, en Chine, au xvme siècle, par les missionnaires européens qui en enseignèrent les procédés aux peintres des ateliers im: périaux. Les modèles qui furent ainsi reproduits d’abord étaient sans doute des émaux de Limoges, à en juger par ceux que l'on retrouve encore chez les marchands de curiosités de Pékin. Mais la direction de ces ateliers ne demeura pas assez longtemps entre les mains des pères jésuites pour qu’ils aient pu fonder
i. En chinois, Yang-tse, « porcelaine des étrangers ».
une sérieuse école. Aussi Fart des émaux peints n’a jamais réalisé, en Chine, ce qu’il semblait devoir y pro-
A IGUIK RF. DÉCOR Kg d'émaux, provenant du palais d’été.
(nien-hao: kien-lonc, 17)6-1 796.)
(Musée de Fontainebleau. )
duire, et la technique en demeura toujours imparfaite- Néanmoins, quelques pièces sont d’une coloration délicate et d’une heureuse composition décorative.
LA PEINTURE