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négligé de nous donner aucun renseignement sur le genre de leur peinture, ni sur les procédés qu’ils employaient.
Sous la dynastie des Thsin, vers l’an e5o av. notre ère, on savait peindre sur des tablettes de bambou et sur des tissus de soie fine, dont le prix était encore fort élevé. C’était, sans doute, sur des panneaux de soie qu’étaient peints ces dragons et ces phénix que Lic-y offrit à l’empereur Che-hoang en 221. C’est la première mention qui soit faite « d’images peintes». Il ne s’agissait plus seulement de dessins traités à l’encre de Chine, mais de véritables peintures de couleurs.
Pendant le n* siècle av. J.-C., la peinture chinoise réalisa un progrès considérable : pour la première fois, elle chercha à représenter la figure humaine. Il semble qu’elle ait réussi très vite à donner à ses figures une certaine expression de vie. En tout cas, l’impression produite par les premiers portraits fut si vive qu’on attribua à une influence magique l’imitation de la réalité vivante. On raconte, en effet, que, l’empereur Han-wou-ti (140-86 av. J.-C.) ayant commandé le portrait de sa concubine favorite, dont il déplorait la perte, des magiciens animèrent ses traits et donnèrent à son image tous les accents de la vie.
Suivant quelques auteurs chinois, ce ne serait que cinquante ans plus tard environ , sous l’empereur Yuan-ti, des Han (48-32 av. J.-C.), qu’aurait été tentée la première représentation de la figure humaine, et l’honneur en reviendrait à Mao-yen-chou. Il n’est fourni aucune indication sur les œuvres de cet ar-
tiste.
Au cours du i" siècle de notre ère, une invention fut réalisée qui mit à la disposition des peintres de précieux moyens d'étude et de composition : le papier fut inventé. Ce n’était d’abord qu'une pâte imparfaite, d'une consistance insuffisante, appelée ho-ti ; mais, en l’an io5, Ts’aï-louen parvint à fabriquer avec des fibres végétales un produit qui avait toutes les qualités du papier dont on se sert encore en Chine i.
Dès lors, le goût et la pratique de la peinture se répandirent avec rapidité parmi les Chinois des hautes classes. Ceux qui s’y livraient n’étaient pas exclusivement des artistes, c’étaient des lettrés, des philosophes, des hommes d'Etat, qui s'y adonnaient comme à une occupation supérieure, digne des loisirs des esprits élevés, intimement liée à la culture littéraire, excellente à affiner la pensée et à lui fournir des moyens d’expression délicats et variés.
Tel fut Tsaï-yong, surnommé Po-Kiaï i5o ap. J-C.), qui était à la fois grand fonctionnaire, homme de lettres, musicien, peintre et poète ; tels furent aussi Lioupao, gouverneur d’une province, sous le règne de Hcng* ti ( 1 58-i 6 1 ) , qui excellait dans la peinture des « nuages chassés par le vent du nord », et Tcliou ko-leartg, surnommé K'ong-ming, généralissime des empereurs Han (a3o apr. J.-C.), qui cherchait à rallier à sa cause les chefs des pays conquis, en leur montrant les peintures qu’il avait fuites des cérémonies et des coutumes
i. Cf. A. Wylie. Xotes ou Chinese littérature. — Cependant, d’après quelques auteurs chinois, le secret de fabriquer le papier aurait été découvert par Moung-tien, général de Thsin-chihoang-ti. (210 av. J.-C.)
chinoises. Tel fut enfin Tsao fou-liing1 (240), dont les dragons et les phénix semblaient d'une réalité saisissante.
depuis l'introduction du bouddhisme jusqu'à la dynastie DES THANG (25o-6l8 AP. J.-C.) 2
Nous avons montré plus haut, dans le chapitre consacré à l'étude des bronzes, les conséquences capitales qu’a eues pour l’art chinois l'introduction du bouddhisme indien. En apportant dans l’Empire du Milieu, qui jusqu’à ce jour était demeuré presque complètement fermé aux irttluences extérieures, des idées et des aspirations nouvelles, en y introduisant du même coup les monuments figurés d’une esthétique toute différente, la religion bouddhique renouvela la face de l’art en extrême Orient.
Les peintures et les statues rapportées de l'Inde furent une révélation pour les artistes chinois. Un monde inconnu jusqu’alors s’ouvrit pour eux : la réalité physique et matérielle, qu’ils interprétaient avec tant de peine et si imparfaitement, n’était donc pas le seul but de l'art; on pouvait traduire les sentiments humains, les passions du cœur, faire passer dans une œuVre
1. Cf. Mayers, The chinese reader' s Manual, 760. Tsao fouhing fut connu au Japon sous le nom de So-futsu-ko. Cf. Anderson, Catalogue of Japanese paintings, p. 482.
2. En ce qui concerne la date de l'introduction du bouddhisme en Chine, voy. supra , p. i5i, note 1.
peinte ou sculptée un reflet de cette flamme intérieure, de cette vie intime qui est l’âme des êtres.
Il faut se reporter aux historiens contemporains pour se rendre compte de la grandeur du mouvement religieux qui s'empara des consciences chinoises, à partir de l’an 25o environ, et pour comprendre ce qu’il y eut de piété fervente et sincère, de mysticisme délicat et élevé, de foi enthousiaste et naïve chez les premiers adeptes du culte indien. Dix siècles plus tard, les âmes en étaient encore imprégnées1.
On se borna d'abord à copier fidèlement les spécimens d’iconographie religieuse rapportés du Pendjab et du Népal par les prêtres indiens et les pèlerins chinois.
Le plus souvent, c'étaient les religieux indiens euxmêmes qui exécutaient ou corrigeaient les œuvres destinées à la décoration des temples nouveaux.
Aussi ne relève-t-on que peu de noms chinois sur les compositions bouddhiques du ive siècle. L’artiste qui parvint à la plus grande réputation dans ce genre et à cette époque est Ouei-sie (3 1 5 ap. J.-C.) : c’est, dit-on, le premier peintre chinois qui ait signé une peinture bouddhique : son chef-d’œuvre représentait « les sept Bouddhas ».
Il fallut près d’un siècle encore pour que le bouddhisme produisit une influence décisive sur la peinture chinoise, renouvelât les traditions et formât des écoles nationales. La création des monastères boud-
1. Pour les renseignements bibliographiques sur l’etablissement et l’intluencc du bouddhisme en Chine, nous renvoyons aux notes du chapitre des bronzes.
LA PEINTURE
dhiques contribua puissamment à réaliser ces résultats.
Cest sous la dynastie des Soungdu Nord (vers 435 ap. J.-C.) que furent fondés les premiers monastères bouddhiques. On appela ces établissements des Sse, comme les maisons officielles ou logeaient les fonctionnaires publics, sous les Han. Les religieux furent désignés sous le nom de Seng. Quelques années plus tard, à la fin de la dynastie des Tsi (vers 480 ap. J.-C.), des Ngan-youen, ou couvents de femmes, commencèrent à se créer aussi. D'importants privilèges leur furent concédés par les empereurs, et une hiérarchie monastique, très semblable à celle des communautés chrétiennes, fut instituée et sanctionnée par l’Etat1 2.
La foi bouddhique à cette époque était si fervente qu’en l’an 5 16 on comptait déjà plus de cinq cents monastères en Chine. En l’an 8q5, il y en avait quatre mille six cents !.
Dans ces communautés religieuses, ou la règle était sévère, plus sévère à certains égards que celle des ordres monastiques d’Occident, un mouvement intellectuel et artistique se développa bientôt avec une grande intensité. Il se produisit en Chine, dans la période troublée qui s’étend du ve au xir siècle, ce qui s’etait produit en Europe aux heures sombres du moyen âge. Les monastères furent le refuge de la pensée
1. Des monastères taoïstes se formèrent au vic siècle, sur le modèle des communautés bouddhiques ; mais les ordres religieux que fondèrent les sectateurs de Lao-tse demeurèrent toujours, comme nombre, comme importance et comme influence morale, fort au-dessous des ordres bouddhiques.
2. Cf. Bazin, Recherches sur les ordres religieux dans l’Empire chinois, et Edkins, Chinese Buddhism, p. 87 et suiv.
l’art chinois.