Lettres édfiiantes
LA PEINTURE
rent renvoyées en Chine; mais on ne put obtenir que des épreuves médiocres. Ce procédé de gravure, oü il
semblait pourtant que les Chinois dussent réussir, fut dès lors abandonné et l'expérience des PP. Jésuites ne fut pas renouvelée.
Vers i83o, un peintre de Canton nommé Lan-koua,
ayant reçu quelques leçons d'un artiste anglais, M. Chinery, de Macao, ouvrit un atelier et chercha à appliquer les procédés de dessin et de peinture de l'Europe. 11 s'efforça de donner à ses personnages des formes modelées et vivantes, de reproduire les effets de la lumière et des ombres, de respecter dans l'indication des plans de ses compositions les lois de la perspective linéaire et celles du clair-obscur. Ce fut, malgré toute l'application de l'artiste et en dépit d'une certaine facilité d'assimilation, une tentative bâtarde où l'art chinois n’acquit aucune qualité nouvelle et eut fini par perdre toute originalité.
Lan-koua semblait chercher plutôt à appliquer des recettes nouvelles, comme autrefois il avait observé les formules toutes laites de l’ancien art chinois. Lan-koua jouit, vers 1840, d'une certaine réputation en Europe, et ses œuvres affluèrent dans nos collections à l'époque des premiers traités qui ouvrirent la Chine au commerce de l'Angleterre et la France. Cette vogue, qui naquit bien mal à propos et en faveur d'œuvres sans valeur artistique, ne dura guère, mais laissa s’accréditer longtemps l'opinion que la peinture chinoise n'avait jamais rien produit que de médiocre et en était encore, après tant de siècles de civilisation, aux premiers rudiments de l'art.
LES LAQUES
Il faut le reconnaître dès le début : les Japonais ont atteint dans l’art du laque à une perfection que les Chinois n’ont jamais égalée. Les œuvres que les artistes du Nippon ont créées dans ce genre sont supérieures aux produits similaires de la Chine par la pureté de la substance, par l'harmonie des couleurs, par l’intensité ou la douceur des reflets, par la séduction imprévue de l'aspect, par la grâce exquise ou l’ampleur robuste du dessin, enfin par la sincérité et la délicatesse du sentiment esthétique dont elles sont l’expression.
Mais, pour relever d’un art moins élevé et d'une technique moins parfaite, les laques chinois comptent quelques spécimens qui sont remarquables par la qualité de la matière, par la douceur des tons, par la puissance de la composition, par la largeur et la sévérité du style.
On fabrique en Chine deux sortes de laques : les laques peints, les laques sculptés.
Laques peints, — La laque est une gomme résineuse extraite de différents arbres que les Chinois confondent sous le nom de tsi, « arbres à laque ». Les essences qui donnent les meilleurs produits sont le Rhusvernix et YAugia sinensis ; les vernis-laques communs s’ex-
traient du Dtyandra cordata et du Rlius semialata. Les régions oü la culture de ces arbres est la plus importante et d'oii proviennent les vernis les plus fins sont les* provinces du Sse-tchouen, du Hou-nan et du Kiang-si, dans le bassin du fleuve Bleu.
Le vernis brut subit, avant d’être appliqué, de nombreuses préparations. On y ajoute généralement de l'huile de tong-yeou (vernicia montana ) ou de tch'ayeou ( camellia oleifera ), du sulfate de fer et du vinaigre de riz. Le dosage de ces ingrédients varie suivant le degré de consistance et de transparence qu’on veut donner à la laque.
Les laques sont susceptibles de recevoir des colorations très nombreuses; les principales s’obtiennent de la façon suivante : le yang-tsi , « vernis d’au delà des mers » (vernis noir des Japonais), est composé d'un mélange de noir d’ivoire, de noir animal et d’huile de thé; — le tchao-tsij « vernis enveloppant », est d’un jaune transparent : cette coloration est due à une addition d’huile végétale et de fiel de porc; ce vernis sert principalement à recouvrir la poudre et les paillettes d’or dans les imitations d'aventurine ; le lioa-kin-tsi , « vernis doré pour les peintres », a une composition analogue à celle du précédent ; mais il est plus clair, plus liquide, à peine ambré : c’est le vernis dont se servent les peintres sur laque pour délayer leurs couleurs.
Leur palette est richement garnie ; elle leur donne le rouge du cinabre natif (tchou-clia), le rose de la fleur de carthame, le jaune de l’orpiment, le bleu indigo du Kouang-tien-hoa. le violet du colcotar calciné [tse-chi] ;
LES LAQUES
elle leur fournit encore le blanc d’ivoire, le vert olive, le vert cantharide, le bleu d’ardoise, le bistre, le jaune d’ocre et le jaune de terre de Sienne, le violet aubergine, le rouge lie de vin ou foie de mouton, le rose corail, etc. Enfin, à ces ressources de palette, il faut ajouter l’or qui s’emploie pur ou avec un faible alliage d’argent.
Les objets à laquer subissent au préalable les opérations suivantes : on plane le bois et on le polit avec soin; on dégage ensuite au ciselet les rainures d'assemblage et on les garnit d’une fine étoupe; on colle enfin, sur les joints, des bandes étroites de papier de broussonetia. et on nerve toute la surface en y appliquant une feuille de papier fin de Corée ou un mince canevas de soie. Sur 1 objet ainsi préparé on étend très également, à la brosse dure, un mélange de poudre d'émeri ou de grès rouge, de vermillon ou de gomme-gutte et de fiel de bœuf, qu’on laisse sécher à l’air. L’aspect de l’ouvrage est alors grenu et d'un brun rougeâtre. Quand l’enduit est parfaitement sec, on le polit au brunissoir de grès, à la pierre ponce et à la poudre de charbon. On renouvelle plusieurs fois de suite cette application, toujours suivie d’un polissage, et l’on obtient ainsi, après plusieurs semaines de travail, le fond sur lequel sera appliqué le décor à la laque. Ce décor peut être, soit uni, avec ou sans dessin, soit en relief.
C’est dans un atelier fermé de tous côtés et abrité du vent et de la poussière que se fait l’apposition du vernis; on en dépose une couche mince et très égale avec un pinceau plat et très fin. Après cette application, la
pièce enduite est portée dans un séchoir qui est tenu frais et humide. Du séchoir, elle passe dans les mains d’un ouvrier, qui la polit avec une pierre de lao-hang-chi.
sorte de schiste tendre. Ces opérations, qui sont lentes et très minutieuses, se reproduisent pour chaque couche de laque , et l’on n'applique jamais moins de trois couches ni plus de dix-huit.
Quand, sur le fond uni de la laque, l’ouvrier veut peindre un décor, personnages, fleurs, arabesques, etc., il esquisse directement au blanc de céruse le sujet qu’il va traiter, ou bien encore il le décalque en suivant avec une pointe de bois les lignes de son dessin, sur lesquelles il a préalablement passé, au verso de la feuille de papier, un trait d’orpiment liquide. Il commence alors à peindre sur ce croquis avec les couleurs dont dispose sa riche palette; mais il se trouve, dès le début, en pré- «t uVnl1!! Y‘ ' sence de difficultés d’exécution dont scuiptée. Une très longue pratique lui apprend
Collection* jc seule à se rendre maître. Le plus xi. g. Cogordan. souvent, il est obligé de tenir son
pinceau immobile, de la main gauche, tandis que sa
i. Les jotty ilitt' comme la pensée étaient, dans l'origine, des
LES LAQUES
main droite fait passer sous la pointe la pièce qu’il décore. En raison de la consistance gommeuse de la laque, il est tenu, en outre, d'acquérir une légèreté de doigts incroyable pour conserver la finesse du dessin et la délicatesse des contours; les reprises, d’ailleurs, lui sont interdites, et, en cas d’erreur, il lui faut laver tout le travail. Malgré tant de difficultés accumulées, les Chinois sont parvenus à peindre des laques qui sont à la fois d’une netteté de lignes irréprochable et d’une liberté de facture où se sentent l’inspiration et la fantaisie de l’artiste.
L’application de l’or sur les laques est d’un usage très fréquent. On se sert, à cet effet, d’or en poudre qu’on fixe au tampon sur du hoa-kin-tsi, additionné de camphre et destiné à servir de mordant. Cet or est d’un jaune vif; pour obtenir une nuance plus pâle, on l’allie à un peu d’argent. Lorsque le décor est en relief, on se sert, pour les dessous, d’or en feuilles, de paillettes d'or, ou même de paillettes d’argent dissimulées dans les couches inférieures.
Les laques chinois sont généralement rehaussés d’incrustations d’ivoire, de nacre, de jade, de corail, de malachite, de lapis-lazuli, etc., ciselés au burin. L’habileté et le goût de l'artiste consistent à harmoniser les tons des rehauts et les nuances du fond, à tenir compte de la qualité des matières qu’il sertit dans le vernis, en
sceptres de commandement. Les prêtres taoïstes en tirent plus tard le symbole de leur puissance surnaturelle. On ne considère plus aujourd’hui ces objets que comme des emblèmes de bon augure. Cf. Deveria, Cérémonial d’un mariage impérial en Chine.
vue de l’emploi qu'il leur donne dans sa composition, à les répartir de telle sorte qu’il n’y ait ni faux reflets ni désaccord dans l’ensemble.