BAMBOUS
■ ÉrOQ^UE DES MING (1368-I643).
(Collection de M. S. Bing.)
caractériser au moins le style de l'époque. Ces peintures sont signées des noms suivants, que les critiques d'art chinois s'accordent à placer au premier rang : Sieou-ouen, Lin-leang , Tchouying , surnommé Chetcheou . Tan g -y in , surnommé T ang-leou-jou. Taï-tsin, surnommé Tsing-ngan ou Yu-tsuan-chan-jen, Ou-oueï, Liou-tsouen . Leï-li, surnommé Pan-tchonang-chan-jen, Kin-jouen et Jou-tcho *.
A considérer ainsi dans leur ensemble les œuvres de cette époque, qui est la plus brillante du règne des Ming, quelques traits généraux ressortent bientôt. Si le style de ces peintures ne se distingue pas par une originalité très marquée dans l'inspiration, du moins d'autres qualités de premier ordre le caractérisent: la force et la netteté de la conception, la distinction des formes, une certaine sobriété dans la composition et un sentiment très juste des effets décoratifs, une science rare du dessin, la décision et la souplesse du coup de pinceau, le goût des colorations vives et claires, et la recherche harmonieuse des tons. C’est le stvle d*un art sain et fécond, sans grande élévation sans doute, mais sans défaillance.
i. Un grand nombre de ces peintres a été appelé au Japon, y a créé des ecoies et baissé des disciples. Pour tout ce qui concerne les influences exercees sur l’art japonais par l’art chinois, nous nous bornons à renvoyer au grand ouvrage de M. L. Gonse sur r.-irf japonais.
LA PEINTURE
II. — Depuis l’avènement de l’empereur Houng-tchi jusqu'à la fin de la dynastie des Ming (1488-1643).
A la fin du xvc siècle, c’est-à-dire vers le milieu du règne des Ming, commence le déclin de la peinture chinoise. Les premières causes de cette décadence pourraient être recherchées plus haut; elles existaient déjà sous la dynastie des Youen, elles étaient latentes même dans les dernières années des Soung (1240). Elles dataient du jour ou la tradition avait remplacé l’observation sincère, où l'habileté de la facture avait été plus recherchée dans une oeuvre que le sentiment artistique dont elle était l'expression. La peinture tendait insensiblement à devenir une science de formules établies et acceptées une fois pour toutes, d’ou la vie et l’émotion esthétique s’en allaient, ou l’on ne retrouvait plus ni la vérité de l’observation, ni la sincérité de l’émotion ressentie, ni le charme imprévu, ni l'audace heureuse des premières époques. Ainsi s’établit en Chine ce style conventionnel et artificiel d’où les artistes des xvne et xvme siècles ne devaient plus sortir.
Lu-ki , Ouang i-pang, surnommé Si-y uan-ye- fou , et Tcheou tche-ouctn furent les trois peintres les plus célèbres de la période finale des Ming. Comme ceux du siècle précédent, ils peignaient surtout des oiseaux et des fleurs. Dans ce genre, aucun d’eux n’a cherché à varier les thèmes ordinaires de la composition, ni à rajeunir les modes d’expression. Mais la facture demeure très habile, d'une légèreté surprenante, d’un fini merveilleux dans les moindres détails.
Un seul peintre, au xvi' siècle, paraît avoir déposé
dans ses œuvres l’expression d’un sentiment sincère et délicat, et mériterait, à ce seul point de vue, de tenir un rang que lesauteurs chinois ne lui ont pas généralement attribué: Ouen tcheng-ming, dont les surnoms étaient: Hing-keng, Tcheng-tchong et Heng-chan-kiu-che. Il s’inspirait des maîtres du xii“ siècle, ne peignait guère
OISEAUX, r A R QUE N TCHENG. Él'OQ.UE DES MING
(Collection de M. S. Bing.)
que des paysages et aimait à rendre les effets de neige, les brumes d’hiver, les vapeurs d’automne.
Les auteurs chinois distinguent encore, dans la foule des peintres de cette période, les noms suivants : Mao- Icmg, surnommé Leang-chan-kiu-che, Tchang-ki, surnommé Ouen-tcheng, Sic che-tch'en, surnommé Tch’ousien, Yang ouen-tsong, surnommé L'ong-yeou, Hoangfong-tclie, I.i liou-fang, Onang li-pen, Hia-tcK ang , surnommé Hia-tchong-tchao, Liou-tchoan, surnommé Yue-tchouen, et Siu-oueï , surnommé Ouen-tsing ou Ouen-tchang.
Entre les œuvres produites au cours du xv' siècle
LA PEINTURE
et celles qui apparurent pendant la seconde moitié du règne des Ming (1488- 1643), on constate des différences très sensibles : le style a changé, c’est la première phase d’un style nouveau, de celui qui prévaudra dans l’art chinois aux xvtr et xvm' siècles. Certes, les peintures de Lu-kir Ouang i-pang, Tcheou tche-ouan et de leurs disciples révèlent encore quelques-unes des qualités qui caractérisaient la manière du siècle précédent, c’està-dire la science du dessin, la perfection du rendu et cette élégance dans l’exécution qui subsistera jusqu’aux époques de pleine décadence; on y remarquera aussi un goût heureux, une grâce ingénieuse dans la composition, un sentiment délicat des colorations; mais on ne rencontrera plus que rarement des productions qui soient fortes et bien personnelles, sinon par l’inspiration, au moins par l’exécution. La finesse du pinceau est le plus souvent exagérée, précieuse; on ne trouve plus, dans la touche, de ces accents fermes, décisifs et libres à la fois, dont les maîtres des époques précédentes semblaient s’ètre transmis le secret; plus d’invention pittoresque, une spécialisation chaque jour plus étroite, un souci plus grand des conventions et des formules. C’est le style d’un art déjà froid et bientôt stérile.
7e ÉPOQUE
DYNASTIE DES T H S I N G (lÔ43-l88..)
Sous la dynastie tartare-mandchoue des Thsing qui remplaça, en 1643, la dynastie chinoise des Ming, la
décadence de la peinture devient bientôt un fait accom-
TIGRE. XVIIe SIÈCLE.
Collection de M. S. Bing. )
pli. C’est le règne définitif du procédé. L’œuvre d’art n’est plus l'expression d'un sentiment sincère, l’inter-
LA PEINTURE
prétation d’une vision originale des choses, la traduction d'une impression vive ressentie au spectacle de la nature ou de la vie, — c’est la combinaison plus ou moins ingénieuse d’un certain nombre de formules qui dispensent le peintre de toute inspiration et n’exigent de lui qu’une facture exercée et docile.
Il y eut, dès lors, des ouvrages illustrés ou l’on trouvait par centaines des modèles d’animaux , de paysages, d’arbres, de Heurs, de montagnes, de rochers, de jardins, de pagodes, de kiosques, de ponts, de rivières, de lacs, de jonques, de personnages de tout âge et de tout rang dans toutes les situations
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personnage bouddhique.
PEINTURE SUR PAPIER. XVIIe SIECLE.
(Collection de M. L. Gonse.)
L'AKT CHINOIS.
'ordinaires de la vie. C’étaient des sortes de dictionnaires que le peintre n’avait qu’à feuilleter pour trouver les éléments de sa composition, ligures principales, motifs accessoires, cadre et décor. Il lui suffisait de les recopier ensuite en les groupant. La peinture ne fut plus ainsi qu'un travail de patience et presque de marqueterie.
D’innombrables traités de peinture, composés dans le même esprit, asservissent, chaque jour davantage, les artistes au joug des formules et de la tradition. Sous Young-tching 1723-1736), il y a bien une certaine tendance, sinon à renouveler les thèmes ordinaires, du moins à rajeunir les modes d'expression : les ligures revêtent une grâce délicate et maniérée, le décor devient très savant, très élégant et, souvent même, chargé; les fonds de paysages se teintent de colorations artificielles, quoique très douces et très fondues. Mais dans cette variation du goût, on 11e constate aucun retour à la sincérité de l’émotion esthétique, à l'inspiration directe de la réalité, aucun effort vers l’affranchissement des traditions classiques.
Voici les noms des principaux peintres de la dynastie actuelle et les genres ou ils s'exercèrent : sous le règne de Chun-tche (1644-1662), Meï-ouen-tingr peintre de paysages; — sous Khang-hi (1662-1723), Ouang-mou, le plus célèbre des paysagistes delà dynastie, — Tchangtcliao, Kao-che-ki et Ouang-peï, paysagistes aussi, — Tong-taï-tchouan, peintre de sujets bouddhiques; — sous Young-tching et Kien-long (1723-1796), Hiangmou-tche et Tchen-pou-chou, paysagistes, — Kingnong et Lo-ping , peintres de sujets religieux, — Tcheng -
LA PEINTURE
s*ei Li-fang-ing et Tchen-chou-piao, peintres de fleurs et d oiseaux ; sous Kia-king (1796-182 1), Fang-tong et Kong-hien, paysagistes, Khang-tao, peintre de genre;
sous Tao-kouang ( 1 82 i-r85i) , Taï-ouen-tsi et Tcheou-teng , peintres de fleurs et paysages.
Dans le même temps, les missionnaires jésuites établis en Chine essayèrent d’y introduire les procédés et les traditions de la peinture européenne.
On sait que les missionnaires de la Compagnie de Jésus avaient pénétré dans l’Empire du Milieu dès 1 année i5Si et que, malgré les édits de proscription portés contre eux par le Tribunal des Rites, ils étaient parvenus à fonder des établissements religieux dans les provinces et à Pékin même. La haute valeur des hommes qui, tels que le P. Ricci, le P. Verbiest et le P. Gerbillon, dirigèrent ces premières fondations, la curiosité qu’ils surent inspirer aux Chinois pour les sciences, les arts et les industries de l’Europe, et. d autre part, 1 esprit de tolérance dont ils s'inspirèrent au début de leur mission, finirent par leur ouvrir les portes du Palais Impérial. L’empereur Khang-hi, qui régnait alors (1662-1723), leur confia peu à peu l’intendance de l’astronomie, la présidence du tribunal des mathématiques, la direction des ateliers du palais, et même d’importantes missions politiques.
L empereur ayant exprimé le désir de connaître les derniers progrès des idées et de la technique européennes, le P. Bouvet rentra en France pour chercher de nouveaux missionnaires qui fussent plus spécialement versés dans les sciences et dans les arts. Il
l’art chixo:s.
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engagea le P. Gherardini, qui était connu dans l'Ordre des Jésuites par son talent de peintre1 2, à l’accompagner en Chine. Un autre missionnaire, le P. Belleville, qui faisait de la miniature, se joignit à eux. Ils s’embarquèrent le iPr mars 1698 et arrivèrent, dans les premiers jours de l’année 1699, à Pékin.
A peine installés, ils furent mandés au palais, travaillèrent en présence de l’empereur et conquirent ses bonnes grâces. Ils n’eurent malheureusement pas le temps d’en profiter. La fameuse querelle qui devait ruiner la fortune de la religion chrétienne en Chine venait d’éclater entre les Jésuites et les Dominicains. Pendant les dernières années de Khang-hi et pendant presque tout le règne de son successeur Young-tching (1723-1736), les missionnaires furent discrédités ou persécutés.
Mais sous Kien-long (1736-1796), les Jésuites rentrèrent en grâce. Ils ouvrirent au palais des ateliers de mécanique, de peinture, de lutherie, de chimie*, etc.; on leur confia même, en partie, la décoration de la
1. Ce religieux avait décoré l’église des jésuites de Nevers et la bibliothèque de la maison professe de Paris.
2. L’empereur Khang-hi avait créé, en 1680, dans l’enceinte du Palais, des ateliers, tsao-pan-tchou, où il avait appelé des artisans et des ouvriers de tous les points de l’Empire. Ces ateliers comprenaient les départements suivants : t° fonderie de métaux ; — 20 fabrication de jou-y (sceptres de congratulations) ; — 3° verrerie; — 40 horlogerie; — 3° confection de cartes et plans; — 6° fabrication d’émaux cloisonnés; — 7® fabrication de casques; — 8® travail du jade, de l’or et du filigrane; — 9® dorure; — to° ciselure de fleurs en relief; — 1 1® fabrication d’écritoires; — 12® travaux d’incrustation;— 1 3° travail de l’étain et étamage; — 14° travail de l’ivoire; — t5® gravure et sculpture du bois; — 16® travail de
LA PEINTURE
résidence de Youen-ming-youen (palais d’Été , et la construction des travaux hydrauliques qui en ornaient le parc.
Les PP. Castiglione et Attiret, qui avaient fait en Europe de sérieuses études de peinture, profitèrent de ces heureuses circonstances pour reprendre auprès de l'empereur Kien-long le rôle qui avait échappé, vingt ans plus tôt, aux PP. Gherardini et Belleville auprès de l'empereur Khang-hi.
Au début, leur faveur fut très marquée. Ils exécutèrent le portrait de l'empereur lui-même, les portraits de son frère, de l’impératrice, des princes et princesses du sang et d’un grand nombre de hauts fonctionnaires. Ils furent chargés de décorer un plafond du palais impérial et composèrent, à cet effet, quatre grandes allégories des saisons. En quelques années, plus de deux cents tableaux sortirent de leurs mains.
Mais peu à peu un revirement singulier se fit dans l’esprit de l'empereur et, par suite, de la cour. La peinture des PP. Jésuites fut trouvée d'un style trop européen; le modelé des chairs, leclair-obscur, les ombres portées furent jugés déplaisants pour les yeux. L'em-
la laque; — 170 gravure de caractères chinois; — 180 fabrication de brûle-parfums; — iq° fabrication de boîtes peintes; — 20° menuiserie;— 2t° confection de lanternes; — 220 préparation de rieurs artificielles; — 23“ travaux de cuir; — 24° montage de perles ; — 25° ciselure de métaux; — 26° armurerie; — 27° fabrication d’instruments d’optique.
En 1774, une imprimerie à types mobiles y fut ajoute'e.
Ces ateliers ont été peu à peu abandonnés. Ce qu’il en restait a été incendié en 1869.
pereur se mit à donner des conseils, à vouloir ramener les missionnaires aux procéde's traditionnels de la peinture chinoise et même à leur imposer la collaboration de peintres chinois. Déco uragés bientôt dans l’œuvre qu’ils avaient tentée, les deux Jésuites se soumirent; ils se résignèrent à peindre en teintes plates les figures et les mains dans des compositions ou tout le reste était dû au pinceau d’artisans indigènes, et, le i,r novembre 1743, le P. Attiret écrivait à Paris : « 11 m’a fallu oublier, pour ainsi dire, tout ce que j’avais appris et me faire une nouvelle manière pour me conformer au goût de la nation... Tout ce que nous peignons est ordon né par l’empereur. Nous faisons d’abord les dessins; il les voit, les fait changer, réformer comme bon lui semble. Que la correction soit bien ou mal, il faut en passer par là sans oser rien dire1. »
L’échec était complet. Cette expérience prouva, du moins, que les procédés et les conventions de la peinture occidentale sont incompatibles avec les conceptions pittoresques de la race chinoise.
Les PP. Castiglione et Attiret ne furent pas plus heureux dans l’essai qu’ils tentèrent d’introduire en Chine les procédés de la gravure sur cuivre. A l’occasion de la conquête de la Dzoungarie par les armées de Kien-long (1755-1 760), ils composèrent une série de planches ou étaient représentés les faits principaux de cette guerre. Le tirage en fut fait en France, oü quelques exemplaires à peine furent laissés; on essaya d’en faire un second tirage à Pékin, quand les planches fu-