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IIG. 68. VASE A VIN ARCHAÏQUE

Bronze incrusté d'or et d'argent.

Haut. 21 cent., diam. 18 cent.

LE BRONZE n3

taine connaissance des civilisations grecque et hindoue \ La figure 60 montre un de ces miroirs caractéristiques de la dynastie des Han (202 av. J.-C, 220 apr. J.-G). Il est en bronze clair avec, au revers, un décor en relief, connu sous le nom technique de liai ma p'ou t'ao, « chevaux marins et raisins ^). Une moulure sépare le médaillon central d'une bande extérieure, ornée elle aussi de pampres portant des grappes de raisin, avec, dans les intervalles, des chevaux ailés et autres animaux fantastiques, paons et papillons. Un délicat feston, à motifs de fleurs, court autour du bord. Au centre, se trouve un bouton en forme de monstre, traversé par un cordon de soie jaune.

Le miroir de bronze, plus petit, de la figure 61, est d'origine bouddhiste, et porte en inscription une formule d'invocation [dhârant) gravée en caractères néo-sanscrits de l'Eglise lamaïque ou tibétaine. Cette forme du Bouddhisme fut officiellement adoptée en Chine comme religion d^État pendant la dynastie des Yuan (1280-1367) î c'est à cette période que doit remonter ce miroir.

Tchang K'ien, le célèbre émissaire de l'empereur WouTi au II® siècle avant Jésus-Christ, passe pour avoir rapporté des renseignements sur l'Inde et sur le Bouddhisme. Mais ce ne fut qu'en l'an 67 de notre ère, sous le règne de Ming ti, que le

semble avoir confondu la mission de Tchang K'ien au 11^ siècle avant Jésus- Christ avec celle de Kan Ying à la fin du I^^ siècle de notre ère.

« C'est encore à la mission de Tchang K'ien que M. Bushell rattache la première connaissance que les Chinois auraient eue du Bouddhisme : par deux fois il dit {pp. 24 et 101) que, d'après sa biographie, Tchang K'ien, à son retour de l'Asie centrale, fit connaître en Chine le nom du Bouddha. Mais contrairement aux indications de M. Bushell, je ne vois pas que dans la biographie de Tchang K'ien au Ts'ien han chou, il soit rien dit de pareil. Si on laisse de côté le texte controversé du Wei lio sur V ambassade de 2 avant Jésus-Christ, l'entrée définitive du Bouddhisme en Chine reste fixée à 67 de notre ère. » (Pelliot, loc. cit., p. 216.) — N. d. t.

1. On peut consulter à ce sujet l'étude du professeur Hirth, Ueber Fremde Einfiusse in der Chinesischen Kujist (Leipzig 1896), qui reproduit plusieurs miroirs d'après les gravures sur bois de divers livres chinois.

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Bouddhisme fut expressément reconnu en Chine. Au cours de cette année-là, Fempereur, après avoir vu en rêve un personnage doré de proportions surnaturelles, la tête ceinte d'une éblouissante auréole, envoya une ambassade dans l'Inde ; elle en revint accompagnée de deux moines hindous porteurs de livres sacrés, de peintures et d'images. Une longue succession de missionnaires hindous suivirent leurs traces, fondant peu à peu une nouvelle école d'art qui, depuis, a toujours plus ou moins conservé ses anciens canons.

Cette influence apparaît de façon frappante dans les figures de bronze bouddhistes : elles sont généralement de contours gracieux avec une draperie flottante, leur physionomie aryenne contraste étonnamment avec les traits touraniens et les lignes épaisses du type orthodoxe taoïste. On use habituellement du bronze doré pour les images de Gâkyamouni, le Bouddha historique. Celles-ci sont fidèlement établies diaprés les mesures consignées dans le canon. En voici les types principaux :

I. Gâkya Naissant. — Un jeune enfant debout sur un lit de lotus^ montre le ciel avec sa main droite et la terre avec sa main gauche; il s'écrie^ selon la tradition : «: Moi, r Unique, le Très- Haut ^).

1. Gâkya revenant des Montagnes. — D'aspect ascétique, barbu^ le chef rasé, revêtu de vêtements flottants, il fait le geste de prédication. Les lobes des oreilles sont développés, — signe de sagesse, — le front porte Z'urna, marque lumineuse qui distingue un Bouddha ou un Bodhisattva.

3. Le Très-Sage Gâkya. — Un Bouddha assis ^ les jambes croisées, sur un trône de lotus, la main gauche reposant sur son genou, la main droite levée clans le geste de prédication. Les cheveux aux boucles courtes et serrées forment ordinairement une masse bleue ; un joyau orne le front.

4. Le Nirvana. — Une figure couchée, étendue sur un banc, la tête reposant sur un lotus.

LE BRONZE ii5

5. Dans la Trinité Çâkyamounique. — // est alors soit debout^ soit assis dans V attitude de la méditation^ une sébille entre les niains^ entre ses fils spirituels^ les Bodliisatwas Manjouçri et Samantabhadra.

Les dix-huit Arliats ou Lo-lian, groupe des premiers apôtres ou missionnaires de la foi, figurent souvent en bronze, chacun dans son attitude propre, avec son symbole et ses insignes distinctifs; de même parmi les apôtres chrétiens, on voit toujours Marc avec un lion, Luc avec un livre, etc/. Leur nombre primitif était de seize, on y ajouta plus tard Dharmatrata^ et Ho-chang, « le Bonze », le familier Pou-tai Ho'Chang^ « le Bonze au sac de chanvre » \ Ce dernier, le Hotei du Japon, est un personnage obèse aux traits souriants de type chinois, tenant une ceinture deserrée d'une main et un chapelet de l'autre, appuyé sur un sac gonflé. Il a le rang de Bodhisat, n'ayant plus à traverser qu'une seule existence pour arriver à l'état de Bouddha ; sous son nom, contracté à la façon chinoise, en pou-sa ou poussait^ il est devenu proverbial en France, comme emblème de la satisfaction et de la sensualité ; on lui a donné de plus le titre de dieu de la porcelaine.

Bodhidharma est un autre saint bouddhiste souvent représenté en bronze, le vingt-cinquième et dernier de la lignée des patriarches hindous et le premier patriarche chinois. Fils d'un roi de l'Inde méridionale, il vint par mer en Chine,

I. Les Arhats ou Lo-han sont ceux qui, sans être des Bouddhas, ont atteint le plus haut degré de la perfection bouddhique.

Le mot sanscrit Arhat, « digne, méritant », s'appliquait d'abord au Bouddha lui-même. Les Bouddhistes l'ont détourné par la suite de son acception primitive, en voulant voir en lui un prétendu composé, Arikat, « vainqueur de l'ennemi ». — N. d. t.

1. Chef du synode de Kanishka composé de 5oo Arhats ; c'est un saint laïque aux longs cheveux, portant un vase et un chasse-mouches à la main, un ballot de livres sur le dos, et contemplant une petite image du Bouddha céleste Amitabha.

3. Le seul qui soit né en Chine, où il représente la dernière incarnation de Maitreya, le Messie bouddhiste.

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en Fan 52o, et s'installa à Lo-yang. où Ton dit qu'il demeura indéfiniment immobile, perdu en une méditation silencieuse qui lui valut le non de : « Bouddha contemplateur du mur ». On le représente traversant une rivière sur un roseau cueilli au bord de l'eau, ou tenant dans sa main un soulier unique, pendant le légendaire voyage qu'il fit pour retourner à son pays natal, après sa mort survenue à Lo-yang en 529.

La plus populaire de toutes les divinités bouddhistes en Chine est Kouan Yin, souvent appelée la « Déesse de la Miséricorde » ; elle a aussi le rang de Bodhisat et s'identifie avec Avalokita, « le Seigneur à la vue perçante », fils spirituel du Bouddha céleste Amitabha, qui partage avec lui le domaine du Paradis de l'Ouest. L'effigie de bronze d'Avalotika prend des formes diverses. La forme « à quatre mains » le montre sous les traits d'un prince assis dans la posture bouddhique, deux mains jointes faisant le geste de prière, les autres tenant un chapelet et une fleur de lotus à longue tige. Une autre forme est celle « à onze têtes » étagées en forme de cône ; il possède alors dix-huit ou même quarante mains, serrant des insignes et des armes, ou tendues dans toutes les directions pour sauver les malheureux et les âmes perdues. Sous quelques autres de ses représentations Avalokita est doué d'un millier d'yeux toujours ouverts, afin de découvrir la misère ^

Une autre conception de Kouan Yin la représente en

I. Les textes chinois confondent Kouan Yin non seulement avec Avalokiteçvara, mais avec Maitreya, avec Puma Maitreyani puttra, etc.

L'identification primitive de Kouan Yin avec Avalokiteçvara paraît s'expliquer par le désir qu'auraient eu les premiers pèlerins bouddhistes, à leur arrivée en Chine, de trouver des équivalents indigènes de leurs propres divinités. La similitude des noms et des attributs leur fit choisir Kouan Yin pour équivaloir Avalokiteçvara.

Mais les Chinois ont toujours eu tendance à donner le sexe féminin à la divinité formée par cette combinaison.

Sur cette question comme sur les questions analogues, on consultera utilement le Handhook for the Student of Chine ne Buddhism, d'EiTiîL. — .V. d. t.

« Donaeuse d'enfants » ; elle devient alors l'image favorite du sanctuaire domestique ; elle porte un enfant dans les bras et reçoit les prières des femmes qui désirent devenir mères ; son autel est chargé à^ex-voto de bébés pareils à des poupées de soie ou de céramique. Quelques-unes de ces images portent sur la poitrine une croix ornée de bijoux suspendus à un collier de perles, ce qui les a fait prendre pour des représentations de la Vierge et de l'Enfant Jésus.

Depuis le temps d'Asoka, le célèbre rajah hindou qui passe pour avoir élevé 84.000 stupas afin d'y enchâsser les reliques sacrées du Bouddha après sa crémation, la coutume s'est établie dans toutes les contrées bouddhiques de construire des monuments du même genre ; nous les avons déjà décrits dans le chapitre sur l'architecture. A la même époque, on considérait comme une œuvre méritoire de faire des stupas en miniature, formés de matières diverses ; il peut être intéressant de donner ici un exemple de stupa chinois en bronze doré, emprunté au Kiii che so. Il est fait, semble-t-il, de quatre parties soudées ensemble pour répondre au stupa modèle ; celui-ci possède un double piédestal carré, avec des coins en forme d'ailes au sommet, encadrant un petit garbha (dôme hémisphérique) avec un clocheton coupé de sept châtra (parapluies). Il mesure environ vingt centimètres de hauteur. La base est entourée de figures assises du Bouddha Çâkyamouni, les coins supérieurs, de figures de guerriers debout, aux vêtements flottants, et qui, sans doute, représentent les gardiens célestes des huit points de l'espace. Les panneaux du centre contiennent quatre des jâtakas^. La scène visible sur notre illustration représente le Mahasattva, alors qu'étant héritier présomptif, il offre son corps pour nourrir une tigresse affamée et son

I. Légendes racontant des scènes de la vie du Bouddha pendant ses premières existences.

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petit. La face opposée montre Ghandrabrabha, le « roi du clair de lune )>, se tranchant la tête lui-même pour sauver un brahmame. Les deux panneaux latéraux sont consacrés au roi Sivika — il détache des morceaux de sa chair pour délivrer une colombe des serres d'un faucon — et à Maîtrîbala Raja, — il coupe ses oreilles et les donne en nourriture à un démon famélique ou yaksha. — Ce stupa fut découvert dans la première année du règne de Wan-li, de la dynastie des Ming (1573 apr. J.-C), comme on creusait une tombe dans les faubourgs de Hang-tcheou. Sa date d'origine se trouve à l'intérieur, dans l'inscription suivante :

(( Tsien Hong-chou^ roi de l'État de Wou et de Yue^ a fait avec j^éuérence quatre-vingt-quatre mille stupas précieux et il a tracé ceci en Vannée cyclique yi-mao\ »

Sous la galerie, dans la cour principale de chaque temple bouddhique en Chine, est suspendu un gong qu'on frappe avec un maillet de bois pour appeler les bonzes aux offices. La figure 63 représente l'un de ces gongs avec les boucles qui servent à le suspendre.

La forme générale semble être celle d'une feuille cernée en saillie ; le centre porte un panneau encadré reposant sur une fleur de lotus au-dessous de laquelle s'arrondit un bouton d'un vigoureux relief : c'est sur ce bouton qu'on frappe le gong. A l'intérieur du panneau on lit une inscription chinoise avec en-tête ainsi conçu :

(( Présenté en offrande au temple de Tsiue cheng. »

L'inscription, disposée sur trois lignes verticales et commençant par celle du milieu, s'exprime ainsi :

I. Ts"ienHong-chou était le troisième chef de la principauté de Wou et de Yue qu'avait fondée avec un grand éclat son grand-père, Ts'ien Lieou, Tau 907 de notre ère, en lui assignant Hang-tcheou comme capitale ; ce royaume continua à être soumis nominalement aux dynasties éphémères qui se succédèrent à cette époque, jusqu'au moment où finalement en 976, il accepta la suprématie de la dynastie naissante des Song. Ts'ien Hong-chou régna de 947 à 976, et l'année cyclique de son inscription correspond à l'an gSS de notre ère.

« Pendant le règne de Tao-kouang de la grande dynastie des Ts'ing, dans Vannée cyclique jen-chen, [1832 ap. J.-C.) en cet heureux jour, le premier de la première nouvelle lune, le savant ermite Miao Yin^ en compagnie du Prieur du Monas^ tère^ le Bhikshu Kouo Kien, a fait avec révérence ceci. Von récita des vœux demandant que les mérites de ceux qui ont fabriqué cet instrument pussent durer à travers la kalpa tout entière et que tous ceux qui ont écouté son harmonieuse mélodie pussent finalement parvenir à l'état de Bouddha. Om ! Tâna I Tâna ! Katâna ! Svâha ! »

Au revers, sont inscrits les noms de quarante « saints disciples », membres laïques, hommes et femmes, de la communauté, suivis de la liste des noms religieux de dixsept bhishus, comprenant sans doute la communauté des moines, résidant à cette époque dans le monastère attaché au temple.

Depuis longtemps en Chine, on se servait de bronze pour fabriquer les instruments astronomiques. Le style artistique de ces instruments apparaît dans les figures 64 et 65, qui reproduisent deux intéressantes photographies prises à Fobservatoire de Pékin.

Cet observatoire est le plus ancien du monde, puisqu'il est antérieur de trois cents ans au premier observatoire européen, fondé par Frédéric III de Danemark en 1076, et où Tycho Brahé fit ses remarquables observations \ Il fut cons-

T, Le Traité historique et critique de l astronomie chinoise du P. Gaubil fait remonter cette science à une très haute antiquité.

Le P. Gaubil souligne ces extraits du Chou King (dont il a publié une traduction) : « L' empereur Yao ordonna à ses ministres Hi et Ho de suivre exactemeîit et avec attention les règles pour la supputation de tous les mouvements des astres, du soleil et de la lune... » « L'égalité du jour et de la nuit et l'observation de V astre Niao font juger du milieu du printemps; la longueur du jour et l'observation de Vastre Ho font juger du milieu de l'été ; V égalité du jour et de la nuit et l'observation de Vastre Niu font juger du milieu de V automne ; la brièveté du jour et l'observation de Vastre Mao font juger du milieu de Vhiver. » [Chou King, chap. Yao-tien).

Notre auteur en conclut « que Yao régnant plus de 2.100 à 2.200 avant

truit par Koubilai Khan, premier empereur de la dynastie mongole, sur la muraille de l'Est de sa nouvelle capitale, Gambalu, le Pékin moderne ; en 1279, on y érigea les instruments de bronze fabriqués dans ce but par le célèbre astronome et hydraulicien Kouo Gheou-ldng. Kouo Gheouking est né en isSi, sa biographie se trouve entièrement relatée dans les annales de l'époque*.

Jésus-Christ,... il laisse aux astronomes de faire les réflexions convenables sur V antiquité de V astronomie chinoise. »

Toujours d'après le Chou King, il note la mention d'une éclipse de soleil survenue sous le règne de TchongK'ang, 2i55 ans avant Jésus-Christ. Le P. Le Mailla, se fondant sur le Tong kien kang mou de Tchou-hi, date cette même éclipse de aiag.

La même tradition veut que les astronomes Hi et Ho aient été mis à mort vers la même date pour avoir négligé d'annoncer une éclipse de soleil.

Il est inutile de rappeler ici avec quelle force l'exactitude de ces divers faits a été révoquée en doute. Passant à des époques plus récentes, nous signalerons seulement la construction dans la principauté de Tcheou, par Wen Wang, au xii*^ siècle avant notre ère, d'un observatoire dont il est question au Livre des Vers sous le nom de ling iai, « tour de l'intelligence ».

Quelques années plus tard, Tcheou kong, oncle-régent du roi Tcheng Wang (lui-même petit-iils de Wen-VVang) fit édifier un nouvel observatoire dans la ville qu'il créa sur l'emplacement de la moderne Ho-nan-fou.

Ces deux observatoires, si leur existence est prouvée, précèdent de quelque 2300 ans celui de Koubilai Khan et de 2600 celui de Tycho-Brahé. — N.d.t.

I. Kouo Cheou-i:ing eut la plus grande part dans la rédaction d'un nouveau traité d'astronomie, qui devait mentionner les méthodes occidentales, et en retenir ce qui paraissait devoir être admis.

Nous citerons une analyse de cet ouvrage d après le P. Gaubil [Histoire des Mongous, p. 192 et Observations mathématiques, etc. t. II, p. 106) : « Il y travailla soixante et dix ans , il suivit dans le fond la méthode d'Occident, et conserva tant quil put les termes de V astronomie chinoise. Mais il réforma entièrement sur les époques astronomiques et sur la méthode de réduire les tables à un méridien, et d'appliquer ensuite les calculs et les observations aux autres méridiens. Outre cela, il fit de grands instruments de cuivre, tels que sphères, astrolabes, boussoles, niveaux, gnomons, dont un était de quarante pieds. La plupart de ces instruments subsistent encore... Ko-cheou king composa son astronomie sur ses propres observations, comparées quelquefois avec celles des anciens, dont il fit un choix. Une partie de son ouvrage a péri; on n'a plus ni son catalogue des longitudes des villes, ni celui des latitudes, longitudes et déclinaisons des étoiles. »

Kouo Cheou-king avait eu d'ailleurs un prédécesseur illustre en Yi hang, moine bouddhiste que l'empereur Hiuan tsong fit appeler à la cour eu 7'2i de notre ère, et qui construisit des instruments d'observation analogues, — N. d. t.

La Ling long yi ou Sphère armillaire de la figure 64 est son œuvre. D'après le professeur S. M. Russell [Chinese Times ^ 7 avril 1888), elle est formée des parties suivantes : i*^ un cercle horizontal massif, supporté en quatre points par quatre dragons. Chaque dragon soutient d'une patte à cinq griffes le cercle de bronze, tandis qu'autour de l'autre patte de devant est enroulée une chaîne fixée en arrière à un petit pilier de bronze. Avec leurs gueules ouvertes, leurs cornes fourchues, leurs crinières flottantes et leurs corps écailleux ceints de flammes, ces animaux ont un aspect très imposant ; 2° un double cercle vertical fortement relié au cercle horizontal à ses deux points nord et sud, et reposant au-dessous sur un pilier de bronze ornementé de nuages. Ces deux cercles sont fixes. Sur le cercle vertical, à une distance de 4^^ (c'est la latitude de Pékin), se trouvent deux pivots correspondant aux pôles nord et sud. Autour des deux pivots il y a deux cercles, l'un double, correspondant au colure des solstices ; l'autre simple, correspondant au colure des équinoxes. A mi-chemin, entre les pôles, se trouve un autre cercle, dont le bord est engagé entre les deux cercles de colure. Ce cercle correspond à l'équateur. Outre ce cercle, il en existe un autre, incliné, faisant avec le premier un angle d'environ 23" 1/2, et le coupant aux points équinoxiaux. Celui-ci correspond à l'écliptique. Tous ces cercles tournent ensemble autour de l'axe polaire. Enfin, à l'intérieur, se trouve un autre double cercle tournant séparément autour du même axe : c'est le cercle de déclinaison ou cercle polaire. Un tube creux, à travers lequel on observait les corps célestes, tourne entre les bords de ce double cercle. A l'origine, il y avait probablement des fils tendus à travers les tubes pour définir la ligne de visée. Tous les cercles sont divisés en 365° 1/4, un degré pour chaque jour de l'année, et ces degrés sont subdivisés en divisions de 10' chacun.

Les instruments mongols ont été établis d'après ceux de la dynastie des Song, érigés à K'ai Fong Fou, dans la province du Ho-nan, en io5o environ de notre ère. Au début de la dynastie actuelle, quand les missionnaires jésuites furent nommés à des postes de la commission astronomique de Pékin, le P. Verbiest déclara que ces instruments étaient usés, encombrants, surchargés d'ornements et difficiles à manier ; en l'an 9 du règne de K'ang-hi (1670), le savant jésuite reçut la mission de fabriquer six instruments neufs. Ils sont du même caractère général que les anciens, mais plus exacts dans la construction et plus faciles à régler ^ On les a faits évidemment d'après les modèles de Tycho Brahé ; les cercles étaient tous divisés en 36o° au lieu de 365° 1/4 et chaque degré en six parties. L'observateur pouvait évaluer le quart de minute au moyen d'une échelle diagonale et d'une échelle mobile graduée. La figure 65 reproduit deux des instruments du P. Verbiest, tels qu'ils se trouvaient sur la tour de l'observatoire de Pékin avant d'en être enlevés et transportés à Berlin; leurs lignes de bronze sombre aux courbes hardies forment un contraste frappant avec les marches de marbre blanc, sculptées de festons interrompus par des médaillons représentant des dragons et des phénix. La sphère armillaire, au premier plan, repose sur deux piliers sculptés représentant des dragons impériaux enroulés, en relief ajouré, qu'entourent des festons de nuages. A gauche se trouve le houen t'iensiang, globe sidéral tournant de six pieds de diamètre, sur la surface duquel sont figurées des étoiles en relief rehaussées d'or, de grandeur diverse, représentantlesconstellationsde la sphèrecéleste. On pouvait faire mouvoir ce globe avec la plus grande facilité, grâce à des roues dentées, dont l'une est visible dans l'illustration.

I. On peut consulter sur ce point l'ouvrage du P. Verbiest : Astronomia europœa siib imperatore tartaro sinico Cam Hy a R. P. Ferdinando Verbiest [Dilingœ, 1681). — N. d. t.

LE BRONZE ii3

Le tambour de bronze de la figure 66 porte une inscription chinoise, bien qu*à proprement parler, ce ne soit pas un objet d'art chinois. On l'a trouvé à Pékin ; par-dessous, en même temps qu'une date chinoise, on peut lire, en caractères de Tépoque, l'inscription suivante :

« Fait le 15'' jour du 8® mois de la 4^ année de la période Kien-ngan [199 ap. J,-C.). »

Ces tambours, de forme originale, sont des produits caractéristiques des tribus Ghan, qui se trouvent entre le sudouest de la Chine et la Birmanie V On les connaît en Chine sous le nom de Tchou-ko kou, « tambours de Tchou-ko », en mémoire d'un fameux général chinois, Tchou-ko Leang, qui envahit le pays des Ghan au début du m® siècle ; l'un de ces tambours est encore conservé dans le temple des ancêtres de Tchou-ko, dans la province du Sseu-tch'ouan. Il est de forme circulaire, renflé vers le haut; le sommet est plat, avec une étoile au centre et quatre grenouilles stylisées sur les bords. Le tambour porte quatre boucles latérales, où passaient les cordes servant à le suspendre. 11 est décoré de bandes circulaires en relief, à ornements primitifs, dont certains sont purement conventionnels, tandis que d'autres rappelleraient des éléphants et des paons.

La Chine sait depuis longtemps incruster les métaux précieux dans le bronze. Dès les temps les plus reculés, les Chinois, comme les autres peuples de l'Orient, ont cherché à enrichir ainsi la surface de ce métal. Ils y ont réussi au moins aussi bien que les Persans et les Arabes.

Nous ne pouvons prétendre discuter ici tous leurs procédés. Le meilleur est connu des Chinois sous le nom de Kin y in Sseu^ « travail de fils d'or et d'argent ». L'au-

I. M. Pelliot (Zoc. cit.)ém.ei des doutes sur l'authenticité de cette inscription, estimant « assez peu probable que dans la région d'où viennent ces tambours de bronze on en ait fait au u^ siècle de notre ère avec des inscriptions chinoises ». — N. d. t.

leur du Ko kou yao louen^ livre très répandu sur l'art ancien, publié en i387, fait remonter la niellure d'or à l'ère lointaine des Hia, la première des « trois dynasties antiques » ; selon lui, certains manches de lances et divers autres bronzes de cette époque portaient de merveilleuses incrustations aussi minces que des cheveux. Les plus belles niellures d'argent sont attribuées à un habile artisan nommé Ghe Seou, moine bouddhiste du xiv^ siècle : il faisait de petits vases à fleurs et des objets d'art destinés à la table à écrire des savants ; d'ordinaire, il inscrivait par-dessous son nom en fils d'argent.

L'incrustation proprement dite, c'est-à-dire l'application de métaux ductiles dans les espaces creusés par l'outil du graveur sur la surface du bronze, remonte également à une date lointaine, ainsi que nous l'avons déjà vu à propos de la coupe à sacrifice de la figure 49, qui date du vii^ siècle avant Jésus-Christ. Quelques-uns des bronzes anciens sont, ainsi que le remarque M. Paléologue, si richement incrustés d'or et d'argent que le jeu de la couleur sur la surface métallique est presque identique à celui de la porcelaine : l'éclat des ors, adouci, fondu par le temps, se marie harmonieusement aux teintes sombres de la patine ; l'œil est ravi de ces accords délicats et vibrants.

Nos illustrations donneront quelque idée du style ordinaire des bronzes incrustés. Elles reproduisent deux antiques vases à vin. Le premier (fig. 67) est en forme de canard stylisé, le cou et le bec servant de goulot ; il est incrusté de festons d'or et d'argent de type archaïque et orné en relief de bandes semées de perles et de rosettes. Le second (fig. 68) est un vase au corps ovoïde incrusté d'étroits triangles, qui renferment des dessins en spirale avec des tètes de dragons ; l'anse à jour est formée par le corps d'un serpent fantastique, le goulot a la forme d'une tête de phénix, portant à son sommet un petit quadrupède,

et les trois pieds du vase représentent des phénix aux ailes déployées ; trois petits phénix sont posés sur le couvercle, dont le bouton emprunte la forme d'un singe.

Si le bronze doré est la matière traditionnelle dont on se sert en Chine pour les images bouddhiques, il y a cependant tout lieu de croire que la dorure y était connue bien avant l'introduction du Bouddhisme. Le procédé ordinaire est le suivant : tremper l'objet à dorer dans une décoction d'herbes et de fruits acides, à laquelle on a ajouté du salpêtre pour décaper la surface ; chauffer ensuite le métal, le frotter avec du mercure et appliquer For en feuilles sur la surface ainsi préparée. On volatilisait enfin le mercure par le feu et l'on parachevait le travail en polissant l'or resté adhérent, afin de lui donner le brillant nécessaire \

Le bronze en forme de gobelet {hoiia kou) , delsLÛgure 6g, a été doré à peu près de cette manière ; il est en outre incrusté de corail et de malachite entre les glands des festons de perles qui le décorent : le col et le pied sont ornés en relief de dragons à quatre griffes poursuivant des joyaux au milieu de festons de nuages, les deux anses à tètes d'éléphant et les grecques d-es rebords sont également dorées. Le st^de, mi-chinois et mi-hindou, rappelle celui des vases canoniques du culte lamaïque ; ce vase peut provenir d'un « service de cinq pièces » (ivou kong), fabriqué pour un temple lamaïque au début de la dynastie actuelle.

Un second vase, en forme de gobelet, détaché d'une paire

^i. Ce procédé est décrit d'après M. Paléologue [loc. cit., p. 8i), qui luimême l'avait emprunté au Tien kong liai wou, ouvrage technique publié à la fin de la dynastie des Ming, vers 1600.

Dans l'introduction de son Lapidaire chinois (p. xxxviii), M. de Mélt donne les précisions suivantes : « N'ayant point d'acide cUorhydrique pou le décapage, les Chinois pour préparer les métaux à recevoir la dorure, le

plongent dans des bains de vinaigre de pêches, de suc de poires, de poireaux, de coqueret, d'ail, de fiels, de yeou p'ong cha ; ils dorent ensuite au mercure, à chaud, par voie humide, et pour rehausser l'éclat de la dorure, ils la nettoient avec une dissolution de pouo siao ». — N. d. t.

ii6 L'ART CHINOIS

et reproduit dans la figure 70, ofiFre un curieux spécimen des bronzes martelés attribués à Tépoque K'ang-hi (1662-1722); la face externe est ornée d'un décor doré sur fond noir, l'intérieur est revêtu d'une épaisse couche de dorure ; le corps du vase est en cône renversé ; le col, angulaire, repose sur un pied arrondi ; la décoration se compose de festons en forme de fleurs, avec, sur le col, des dragons et des joyaux enflammés.

L'image quelque peu grotesque delà figure 71, également détachée d'une paire, est en fer ; on Ta revêtue d'une mosaïque de plaques minces de realgar^, agglomérée par un vernis de laque. C'est probablement une statuette commémorative venue d'un temple de la dynastie des Ming (i368-i643).

Une curieuse coupe à vin en argent, d'après une gravure sur bois du Che so^ trouvera sa place à la fin de ce chapitre, comme échantillon de la vieille argenterie chinoise.

Le Vénitien Marco Polo et les religieux français qui traversèrent l'Asie au xiii^ siècle et furent reçus à la cour du grand Khan, rapportent que les tables de banquet étaient chargées de vases d'or et d'argent remplis de koumiss et de différentes sortes de vins ; mais très peu d'échantillons de ces vases sont parvenus jusqu'à nous.

Celui qui est reproduit ici (fig. 72), avec cette mention : « Coupe rustique en argent de Tche-tcheng de la dynastie des Yuan », emprunte la forme d'une vieille branche d'arbre creuse avec un orifice pour les liquides ; un savant est assis dessus. La coupe porte cette inscription :

« Fabriqué par Tchou Pi-chan^ dans Vannée cyclique sintcheou de la période Tche-tcheng. »

Cette date correspond à l'an i36i de notre ère, vers la fin

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