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DEUX AUTRES FEUILLES DU MÊME PARAVENT LAQUE, DECORS EN COULEURS

Haut. 269 ceiit. 1/4, lony,. entière 640 cent.

FIG. 78. APPUI-MAIX i:.\ IVOIRE l'IG. '(). HOULE DIVOIHE SCULP-

SCULP'É , UEPllÉSEMANT LES TEE AVEC MOTIFS A .lOUll

18 AHHATS BOUDDHISTES

Haut. 2(i cent. 4/10. larg. »> ceiil. 13. llaul. i'j cenl. li 10, lary:. 12 cent.

rouge », etc., originaires des provinces du sud-ouest de Tempire et que l'on importe aussi d'Indo-Chine. Sur les fonds de fleurs qui dominent se détachent des panneaux à personnages reproduisant des scènes historiques ou légendaires, des animaux, oiseaux, papillons et autres insectes, des symboles de richesse et de bonheur, ainsi que certains des nombreux motifs où se plaît le génie varié de l'artiste chinois.

Dans les temples bouddhistes et taoïstes, les sculptures sur bois représentent des scènes sacrées ou des personnages parmi les emblèmes spéciaux à chacune des deux religions.

Le Bouddhisme, introduit en Chine peu après l'ère chrétienne, exerça une influence profonde sur la glyptique de cette contrée ^ Les premiers pèlerins bouddhistes, venus de l'Inde par voie de terre, apportèrent avec eux, dit-on, des images du Bouddha et de ses disciples, en même temps que des manuscrits sanscrits; les sculpteurs y puisèrent leurs inspirations, ainsi que dans les dessins des anciens canons religieux. On doit à cette influence l'école de sculpture connue sous le nom d'école du Gandhâra, avec sa double empreinte persane et grecque. Les figures bouddhiques des Chinois en ont gardé jusqu'à nos jours un type aryen très prononcé et un arrangement des plis des draperies qui rappelle leur origine.

On les faisait en or, en bronze doré, en jade, en rubis, en corail et autres matières précieuses. Mais la légende veut que la première image bouddhique ait été sculptée en bois de santal blanc. En souvenir de cette tradition, et pour le même usage, la Chine fait encore venir de l'Inde le bois odorant du santaliim album ^ dont l'ancien nom chinois tchantan, dérivé du sanscrit chandana^ se contracte généralement

I. Ce mot de « glyptique », qui désigne aujourd'hui plus spécialement l'art de graver les pierres fines, est pris ici et dans la suite de cet ouvrage, dans son sens étymologique qui est beaucoup plus général, — N.d.t.

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en taii'hiang, « parfum de santal^ ». Ainsi, l'art delà sculpture en Chine naquit, grandit et se développa à l'ombre de la religion. Les autels bouddhiques et taoïstes sont encore décorés avec une prodigalité inouïe ; les commandes d'images religieuses, aussi bien pour les demeures privées que pour les temples, occupent toute une classe d'ouvriers. Leurs œuvres les plus importantes se trouvent enfermées dans les temples à qui elles étaient destinées. On peut néanmoins se faire une idée générale de leur caractère en examinant les productions analogues de la glyptique japonaise, apportées en grand nombre en Europe dans ces derniers temps.

La Chine est pourvue d'une flore riche et abondante dont les espèces, fleurs des champs ou fleurs de jardin, fournissent au sculpteur ses motifs favoris. Quelques-unes de ces fleurs sont choisies à cause des souvenirs religieux qu'elles évoquent. Le lotus, lien houa^ YSiviété du jieliuiibiuîiispecioswn^ est particulier au Bouddhisme. C'est l'emblème de la pureté, car si ses délicieux rhizomes d'une blancheur de jade se développent dans la boue, il dresse ensuite dans les airs ses pétales roses et sans tâchée C'est sur son large calice que les bienheureux pénètrent au paradis, et il forme le lit de repos du Bouddha. Ses feuilles sont souvent parées de gout-

1. On en fait offrande sur l'autel bouddhique en un petit bûcher de morceaux aromatiques, à moins que, réduit en poussière, on n'en forme des baguettes parfumées qui brûlent devant les sanctuaires.

Le bois de santal est aussi la matière commune des chapelets de moines bouddhistes; les plus gros grains de ces rosaires, au nombre de io8, sont parfois sculptés en forme de Bouddha, et les plus petits, au nombre de i8, reproduisent en miniature ses fidèles Lohan ou Arhats (voy. fîg. 78).

2. Le lotus est encore considéré comme le symbole de la génération, l'eau au-dessus de laquelle il s'élève étant par excellence l'élément de la fécondité.

Peu de fleurs furent d'ailleurs l'objet d'autant d'interprétations emblématiques. Le lotus joue un rôle important dans la plupart des mylhologies primitives ; on le retrouve sur les monnaies et les vases peints de la Grèce aussi bien que sur les chapiteaux égyptiens et dans les pagodes hindoues. — N. d. i.

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tes d'eau étincelantes, pareilles à des pierres précieuses, que les fidèles bouddhistes considèrent comme les joyaux emblématiques des lumières de leur foi \ C'est encore le lotus, enroulé autour d'une autre plante aquatique, que l'on voit délicatement sculpté à jour pour former le support, reproduit dans la figure 78, et destiné sans doute à l'origine à soutenir quelque médaillon de jade.

Le Taoïsme possède toute une série d'emblèmes de la longévité, empruntés au règne végétal. Le premier rang appartient au pêcher, arbre de vie du paradis Kouea-louen, et dont le fruit, qui mûrit seulement tous les trois mille ans, confère l'immortalité. Puis vient le champignon ling tche, polyporus lucidus des botanistes, qui se distingue par ses couleurs éclatantes et par sa résistance-. Voici ensuite les trois arbres song, tchou^ met, le pin, le bambou et le prunier, les deux premiers parce qu'ils restent verts pendant l'hiver, le troisième parce que ses branches, même dépourvues de feuilles, portent jusqu'à un âge très avancé des brindilles couvertes de fleurs.

Le prunier sauvage, prunus mumei^ est l'emblème ordinaire de l'hiver; la pivoine arborescente, pseoiiia mutan^ celui du printemps ; le lotus, nelumbium speciosum^ celui de l'été ; et le chrysanthème , chrysanthemam indicum^ celui de l'automne : ces fleurs s'associent dans le décor chinois pour former les seu che houa, « Fleurs des quatre saisons ».

Il en est de même pour les « Fleurs des douze mois ».

1. Un poète japonais, cité par M. Huish dans Japon and his ai-t, proteste sur ce point dans les vers suivants :

Oh ! feuille de lotus, je rê^^ais que la terre entière Ne possédait rien de plus pur que toi — rien de plus sincère ; Pourquoi donc, lorsque roule sur toi une goutte de rosée, Prétendre alors que c'est uîie pierre précieuse d'une inestimable valeur ?

Heuzen, 835-856 après Jésus-Christ.

2. M. ScHLEGEL a donné dans le Toungpao (mars 1895, p. 18) une planche reproduisant ce champignon. — N. d. t.

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Leur groupe varie avec les différentes régions de la Chine; on en trouvera une série sur le bord inférieur du paravent laqué de la figure 74 ^

Ce paravent, magnifique exemplaire de l'art décoratif chinois au xviii'' siècle, est en bois laqué, à douze feuilles, décoré à profusion des deux côtés de motifs en creux et en relief, peint de laques dorées et de couleurs, sur un fond d'un noir lumineux.

Le reste de l'encadrement est rempli de vases et de paniers de fleurs et de fruits, séparés de loin en loin par des brûleparfums, des cloches et des vases à sacrifices, reproductions de bronzes anciens. Une autre bande intérieure, alternativement décorée de phénix et de caractères cAeoi^ (longévité) laisserait croire que ce paravent fut destiné à une impératrice. Elle entoure le tableau central, qui représente un sujet bien connu : « Les génies taoïstes adorant le Dieu de la Longévité « (tchou sien king cheou) ; on y aperçoit la foule bigarrée des fidèles traversant le Styx taoïste, soit dans de frêles barques et sur des ponts rustiques, soit en l'air, portés sur des nuages, avec les divers attributs qui permettent de les reconnaître. Seuls ou en groupes, tous se dirigent vers la montagne sacrée où le dieu est assis sur un roc qu'ombragent les branches d'un pin.

On le distingue plus nettement dans la figure 70; les deux panneaux centraux du paravent y sont reproduits sur

I. Leur énumération en procédant de droite à gauche selon le mode chinois est la suivante : i. Février. Fleur de pêcher. T ao houa. Amygdalus persica. — 1. Mars. Pivoine arborescente. Mou tan. Paeonia mutan. — 3. Avril. Fleur double de cerisier. YingVao. Prunus pseudocerasus. — 4- Mai. Magnolia. Yu lan. Magnolia Yulan. — 5, Juin. Fleur de grenadier. Che leou. Punica granatum. — 6. Juillet. Lotus. Lien houa. Nelumbium speciosum. — 7. Août. Fleur de poirier. Hai Vang. Pyrus spectabilis. — 8. Septembre. Mauve. Tsiu JfCouei. Malva verticillata. — 9. Octobre, Chrysanthème. Kiu houa. Chrysanthemum indicum. — 10. Novembre. Gardénia. Tcke houa. Gardénia florida. — 11. Décembre. Coquelicot. Yingsou. Papaver soraniforum. — l'i. Janvier. Prunier. Mei houa. Prunus mumei. Une série de ces fleurs symboliques décore le revers du paravent.

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une plus grande échelle ; le dieu est ici sous sa forme de Gheou lao. La protubérance de son front est caractéristique. Déification de Laot-seu, fondateur du culte taoïste, il tient un sceptre jou-yi dont l'extrémité s'orne d'un bijou brillant. Trois jeunes serviteurs sont debout, tout près, tenant son bâton de pèlerin, un livre et un linge. Non loin, se trouvent un moulin à moudre « l'élixir de vie », un compotier de pêches, un vase avec du corail en branches, un groupe de champignons [polyporus lucidus) poussant sur des rochers ; on voit, en avant, un couple de cerfs et de cigognes, animaux familiers de Gheou lao. Les deux personnages en train de causer amicalement au milieu du panneau sont les fameux inséparables de la religion, les « Génies jumeaux de TUnion et de l'Harmonie » ; l'un d'eux tient une feuille de palmier, une gourde est attachée à sa ceinture ; Tautre porte un manuscrit enroulé et un balai. Au-dessous d'eux, le berger ermite Houang Tch'ou-p'ing change des pierres en moutons pour l'édification de son frère qui est en arrière, appuyé sur son bâton.

Le groupe qui occupe la partie supérieure du panneau de droite, représente sans doute Lao-tseu avec son bâton de pèlerin, le Bouddha tenant un livre, Gonfucius en avant ; un quatrième personnage se tient debout à côté, dans une pose interrogative. Nous trouvons, au-dessous, le groupe bien connu des huit génies, P« sien^ constamment associés dans l'art chinois et qui représentent les huit immortels taoïstes ; chacun se distingue par les attributs qui lui sont propres : l'éventail de plumes de Tchong-li k'iuan, l'épée de Lu Tongpin, la gourde de Li « à la béquille de fer » et le panier de fleurs que tient en l'air Lan Ts'ai-ho.

Le revers du paravent est orné dans le même style d'une série de panneaux oblongs contenant des paysages, des scènes à personnages, des oiseaux, des fleurs et des fruits ; on y voit encore les quatre arts libéraux, l'écri-

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ture, la peinture, la musique et les échecs ; enfin les reliques sacrées et les emblèmes des religions taoïstes et bouddhistes.

Nous avons sous les yeux un second paravent, contemporain du premier, mais plus grand, plus important et peutêtre d'un fini plus artistique encore. Sa large bordure est garnie de vases, de paniers de fleurs et de fruits, ainsi que d'une série de ces scènes symboliques de la littérature et de l'art anciens, connus sous le terme technique de Pai Kou, les « Cent Antiques ». La bordure est elle-même limitée par des bandes étroites formées de pivoines stylisées, d'une suite de dragons archaïques veillant sur le champignon sacré, et d'une grecque rectangulaire qui encadre le tableau principal.

Celui-ci se compose d'un paysage de montagnes avec des rochers, des pins, des arbres fleuris, des fleurs et des oiseaux de type réaliste, se rapportant à des scènes de la mythologie ; on peut s'en faire une idée générale d'après les deux panneaux reproduits dans les figures 76 et 77, bien que ces reproductions soient de proportions bien restreintes.

Le premier représente un amas de rocailles sculptées à jour avec des pivoines, des roses, des lis, des bégonias, des reines-marguerites sauvages et un couple de faisans perchés sous des branches de sapin, de bambou et de pruniers en fleurs; au-dessus s'étendent des festons de nuages parmi lesquels volent des perroquets. On aperçoit sur le second panneau les vagues agitées et frangées d'écume d'une mer naïvement stylisée, chargée de festons et d'objets précieux, tandis qu'au-dessus d'elle s'élève un pavillon à deux étages porté sur des nuages : le Tien t'ang^ paradis céleste des Taoïstes. Deux animaux fantastiques se dressent hors des vagues ; leur dos s'orne des formules d'arithmétique magique qui forment la base des antiques spéculations de la philosophie des nombres ; ce sont à gauche le long ma^

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« cheval à tête de dragon », et à droite le chenkoaei^ a tortue sacrée ». Sous des nuages, en haut, une cigogne en train de voler apporte dans son bec une « baguette magique » parmi des branches de pins, de pêchers et de cerisiers en fleurs. Au revers de ce magnifique paravent on trouve des panneaux oblongs, en forme d'éventails, contenant des paysages ou des fleurs, et accompagnés d'inscriptions en vers d'écritures diverses ; le tout est entouré de bandes décorées de phénix, de pivoines, de dragons et de caractères de longévité [cheou).

En Extrême-Orient, outre les bois ordinaires, on se sert beaucoup de bambou pour la sculpture. On travaille aussi bien la tige, creuse, droite, lisse et garnie de nœuds, que les racines qui sont noueuses, tordues et à fibre compacte. Bien que la nature de ce bois, dont l'intérieur est creux, ne permette que quelques variétés de formes, les courbes gracieuses de certains objets en bambou sculpté attirent et ravissent l'œil de l'artiste. Les plus communs d'entre eux sont les pi-fong, « étuis à pinceaux », et les tcheii-cheou^ « appuismain ». Les étuis à pinceaux sont des cylindres obtenus par une section transversale de la tige, coupée de façon à ce que le nœud en constitue le fond. Le décor est sculpté à jour ou en plein relief dans la partie ferme et fibreuse du bois, qui atteint parfois deux pouces d'épaisseur. Tantôt des branches de fleurs s'enroulent autour du cylindre, tantôt des dragons et des phénix ; ou bien, plus généralement, on y voit des scènes à personnages empruntées à l'histoire ancienne de la Chine et à la mythologie ; des citations en vers les accompagnent quelquefois.

« L'appui-main » type s'obtient par une section oblongue pratiquée sur l'un des côtés du nœud d'un bambou coupé en longueur, de façon à guider la main de l'écrivain, tout en laissant reposer son poignet ; la partie convexe est décorée de sculptures peu profondes et de motifs simples. Cette

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forme est fort en faveur; elle rappelle les époques primitives, alors que l'on écrivait communément sur des morceaux de bambou minces, reliés ensuite en guise de livres, avant que la soie tissée et le papier aient fourni des matériaux plus commodes.

Les Chinois apprécient très vivement l'ivoire. Ils en aiment le grain séduisant, la dureté transparente et changeante, la douceur chaude ou pâle, les tons laiteux aux reflets ambrés. En Chine, comme dans les autres pays, l'artisan habile s'efforce de tirer tout le parti possible des veines et du grain; il cherche à donner à la surface un lustre brillant et moelleux.

La figure 78 reproduit un beau spécimen de cet art, avec un charmant appui-main, où les tons jaunes de la partie supérieure forment un contraste vigoureux avec les teintes plus douces des autres parties. L'illustration montre l'objet par-dessous, avec, aux coins, les petits pieds de forme angulaire qui servent à l'insérer sur son propre support. Les personnages représentent le groupe bouddhique des dix-huit Lohan ou Arhats, avec les animaux, les véhicules, et autres attributs propres à chacun. On aperçoit, en haut, Maitreya, le Messie bouddhique, largement assis sur un trône que soutiennent trois démons. La face antérieure de Tappui-main, qui imite la courbure naturelle d'un morceau de bambou, porte, artistiquement gravés, des roseaux et des oies sauvages, dont l'une en plein vol. Une courte strophe, inscrite sur le côté, célèbre les dix -huit Arhats; audessous, la signature de l'artiste, Hiang Lin k'o ; « Sculpté par Hiang Lin ^ ».

La pièce que nous venons de décrire rappelle le style de

I. Ce n'est là qu'un pseudonyme ou « nom de plume ». II faudrait de plus amples recherches pour retrouver l'individualité véritable de l'artiste, mais les signatures sur sculptures d'ivoire sont si rares en Chine que celle-ci vaut bien une mention.

la Manufacture impériale d'Ivoire^ fondée dans le Palais de Pékin vers la fin du xvii^ siècle, et rattachée au Kong Pou^ le ministère des Manufactures officiel. On rapporte, en effet, que Tempereur K'ang-hi créa, en 1680, un certain nombre de fabriques, tsao pan tcKou^ et fît venir de toutes les parties de l'empire d'habiles artisans pour chacune des industries suivantes : fonderies de métal, fabriques des sceptres j'ozi-?/?, verreries, manufactures de pendules et de montres, établissement de cartes géographiques et de plans, de fabriques d'émaux cloisonnés, de casques, d'objets en jade, or et filigrane, dorure, ciselure d'ornements en relief, manufacture d'encre en tablettes, objets incrustés, objets en étain et en fer-blanc, sculpture sur ivoire, bois gravé et sculpté, laques, ciselures, services à brûler l'encens, coffrets peints, charpente et menuiserie, manufacture de lanternes, fleurs artificielles, ouvrages de cuir, monture de perles et de bijoux, métaux ciselés, armures, instruments d'optique. Ces ateliers qui durèrent un siècle et plus, furent fermés successivement après le règne de K'ien-long ; un incendie détruisit, en 1869, ce qui restait des bâtiments.

Canton est un autre centre connu pour ses travaux sur ivoire; mais ses produits, merveilles d'habileté technique et de travail patient, se distinguent plutôt par la complexité bizarre des motifs que par leur sentiment artistique. On trouvera (fig. 79) une boule d'ivoire de cette origine, sculptée avec un soin infini, et composée d'un grand nombre de sphères concentriques \ Elle est surchargée d'une infinité de pavillons, de ponts, d'arbres et de fleurs, et surmontée d'un couvercle à motifs de fleurs que couronne un serpent qui sert à la suspendre ; deux ornements y sont attachés : celui du haut représente la vieille légende de l'homme d'État,

I. La boule d'ivoire brut est d'abord percée en divers sens, en passant toujours par le centre ; puis elle est divisée en sphères au moyen d'outils tranchants qu'on introduit dans les trous; ces sphères sont ensuite sculptées à jour et ouvragées de dessins variés.

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Sie Ngan, qui refusa d'interrompre une partie d'échecs pour écouter l'urgent message d'un général debout derrière lui avec son cheval sellé ; tandis que l'ornement inférieur reproduit des grappes de raisin et des écureuils.

Canton a également produit d'intéressants modèles d'architecture, exécutés en ivoire et autres matières précieuses. Un certain nombre se trouvent à Londres. C'étaient des cadeaux destinés par l'empereur de Chine à Joséphine, femme du Premier Consul Bonaparte. Le vaisseau qui les apportait en Europe fut capturé par un navire de guerre anglais. Après le traité d'Amiens, en 1802, on proposa leur restitution, qui fut refusée. L'un de ces objets (fîg. 80) représente un temple bouddhiste, pittoresquement situé sur les pentes d'une colline escarpée, avec des pavillons, des pagodes, des ponts, des portes, et d'autres détails délicatement sculptés sur ivoire ; le tout est enclos d'une grille d'ivoire à motifs de fleurs. Des mandarins venus en visite se promènent dans les jardins, boivent du thé ou jouent aux échecs dans les kiosques. Les arbres sont en métal doré avec des fleurs de corail et des fruits de pierres précieuses ; les oiseaux, les insectes et les fleurs, en filigrane incrusté de plumes de martins-pêcheurs.On aperçoit encore des cigognes et des étangs de nacre, avec des touffes de lotus, des canards, des poissons et des pêcheurs à la ligne sur les rives. C'est évidemment le tableau d'un jour de fête; des moines rasés exercent les fonctions d'hôtes el font les honneurs.

Le modèle de la planche 81, exécuté dans le même style que le précédent, en ivoire sculpté, fouillé et peint par endroits, représente un groupe de pavillons posés sur une base ornementée, avec comme personnages des Chinois et des dames parmi des rocailles et des bassins semés de lotus et au bord desquels des petits garçons sont en train de pêcher. La porte oup^ai-leou^ aux lignes caractéristiques, est flanquée

d'arbres dryandra^ et d'un groupe de pruniers en fleurs, de pins avec des cigognes, et de bambous. Le pavillon principal, construit sur une plate-forme exhaussée à laquelle on accède par trois escaliers, possède deux étages, des murs treillissés, et des vérandas ornées de piliers et de balustrades. Un bijou en forme de flamme surmonte le toit ; des poissons-dragons font saillie sur les bords où pendent des clocbes et des lanternes. Une plaque ovale attachée au frontispice porte cette inscription : Tch'ang Houai^ « Demeure de la Félicité ».

Canton fournit encore des objets analogues, aussi compliqués, en écaille de tortue et en corne de divers genres. On travaille par les mêmes procédés ces deux matières, d'ailleurs fort semblables. Toutes deux s'amollissent dans l'eau chaude et à la chaleur sèche ; il est alors facile soit de les allonger, soit de les courber, ou de les comprimer, de les mouler, de les souder. L'écaillé de tortue, tai-mei^ est surtout fournie par la chelotiia imbricata^ originaire de l'Archipel malais et de l'Océan Indien, et que l'on transporte à Canton de Singapour, marché principal où se vendent ses treize écailles d'un jaune et d'un brun lumineux ^

On peut voir à Londres un bel exemplaire de cet art : c'est une boîte à ouvrage destinée à l'Europe. Des processions de mandarins décorent ses larges panneaux parmi des paysages pittoresques encadrés de bambous, de branches de fleurs et de feuilles de palmier réticulées. Le couvercle est orné d'un temple bouddhique aux cours nombreuses et aux vastes jardins contenant de grandes portes p^ai-leou, des stupas et des ponts, à travers lesquels chevauche un mandarin : un parasol de cérémonie s'ouvre au-dessus de sa

I. L'ouvrier, muni de ses outils, une lime, un ciseau, une petite scie et surtout des pinces de fer aux lames larges et lisses, s'assied près dun fourneau dans lequel il chauffe au charbon de bois les pinces qui servent à souder les écailles.

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tête, et il est accompagné d'une longue suite de serviteurs.

Pour ce qui est de la corne, nous nous bornerons à parler de celle de rhinocéros. C'est toujours Canton qui est le centre de ce travail ; on y importe par mer les défenses du rhinocéros indien à une seule corne et celles du rhinocéros de Sumatra, qui en possède deux. Jadis, les chasseurs se procuraient cette matière à Yong-tch'ang Fou et dans d'autres parties de la province du Yun-nan ainsi que vers les frontières de l'Annam et du Siam où l'on rencontre les deux espèces du pachyderme \

La corne de rhinocéros fut apportée en Chine dès le début de la dynastie des Han ; les vieux écrivains dissertent sur son pouvoir prophylactique en même temps que sur sa valeur décorative. Sous la dynastie des T'ang, les insignes officiels comprenaient des plaques sculptées en corne de rhinocéros, couleur d'ambre ou jaune d'or transparent veiné de noir. C'étaient les couleurs les plus généralement appréciées pour les travaux d'art ; venaient ensuite les fonds rouges. Les cornes noires et opaques n'étaient employées qu'en fragments pour les usages médicaux ^ On assurait que la présence du poison se révélait par une humeur blanchâtre qu'exsudaient la coupe ou la baguette de corne de rhinocéros que l'on enfonçait dans le liquide pour l'éprouver.

1. Marsden, dans son History of Sumatra, raconte que la corne y est considérée comme une antidote contre le poison et que, pour cette raison, on en fait des coupes à boire. Cette croyance aux vertus particulières de la corne est ancienne et très répandue. Ctesias, au v^ siècle avant Jésus-Christ, donne la description du grand rhinocéros indien et parle des merveilleuses propriétés médicinales des coupes fabriquées avec sa corne.

2. Le Peu ts'ao kang mou, compilation faite par Li Che-tchen au milieu du XVI® siècle, cite la corne de rhinocéros, à côté des rognons de porc, dépouilles d'araignée, fientes de coq, pituite d'anguille, etc., comme un remède très efficace et très estimé.

Une infusion de corne de rhinocéros, mélangée de cinabre et de bezoard de vache, calme les convulsions des petits enfants et les empêche de pleurer pendant la nuit. La corne de rhinocéros entrait également dans la composition d'un électuaire fameux, appelé tsiu siue, « neige violette », dont les empereurs T'ang faisaient présent à leurs grands officiers. — N. d. t.

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