‹ L'art chinoisChapitre 27 sur 91 · DES SCÈNES A PERSONNAGES · texte numérisé non relu

DES SCÈNES A PERSONNAGES

laut. 10 cenl. 1,5, long-. (i4 cent. 2 10, larg. IG cent. l,o.

Nous reproduisons [fig. 82) une coupe en corne de rhinocéros sculptée ; dressée sur un support de bois, elle a la forme d'une sorte de corne d'abondance ; elle est entièrement sculptée à jour d'emblèmes taoïstes, de branches de pin et de champignons [polyporus fungus). On y aperçoit encore un énorme crapaud-dragon ; il surplombe une cascade au-dessous de laquelle nagent des carpes — symbole des succès littéraires qui conduisent l'étudiant persévérant jusqu'au mandarinat. Le support s'élève d'un massif de bambous, de champignons et de branches de pins mêlés à des pêchers en fleurs et servant de cadre à divers personnages : Bodhidharma, son soulier unique à la main, revenant en esprit à sa terre natale, — un groupe de cerfs, — un ermite bouddhiste accompagné d'un lion, — un autre suivi d'un moine portant sa sébille pâtra. L'artiste s'est plu à évoquer les mythologies des deux religions sur cette coupe destinée, semble-t-il, à contenir « l'élixir de vie », breuvage de longévité du mystique rêveur taoïste.

Si l'art des laques fut un des plus anciens et des plus appréciés de la Chine, nous ne possédons de documents exacts ni sur son origine, ni sur son développement, depuis le moment où, de simple vernis protecteur du bois, la laque devint la matière de choix employée pour des œuvres d'art de premier ordre.

La laque n'est pas, comme notre vernis de copal, un mélange artificiel de résine, d'huiles grasses et de térébenthine, mais un produit naturel. Elle provient surtout du rhus veniicifera^ l'arbre à laque {ts'i chou des Chinois) que Ton cultive dans ce but dans toute la Chine centrale et méridionale. Cet arbre, lorsqu'on en coupe l'écorce ou qu'on l'entaille avec un stylet de bambou, laisse suinter une sève blanche et résineuse qui, exposée à l'air, noircit rapidement.

L'opération se fait, en été et pendant la nuit ; la gomme recueillie dans des coquilles, parvient sur le marché dans un état semi-fluide, à moins qu'elle ne soit séchée en tablettes. Lorsqu'on a filtré la laque brute, pour en enlever les morceaux d'écorce et autres impuretés, on la moud pendant un certain temps pour en écraser le grain et lui donner une liquidité plus uniforme. On la presse ensuite à travers un linge de chanvre ; c'est alors un liquide visqueux, au flux égal et qui n'attend plus que le pinceau du laqueur^

I. Ces diverses manipulations doivent s'exécuter avec prudence, la laque étant une substance corrosive dont le contact peut devenir dangereux. — N. d. t.

LES LAQUES i43

Le laquage nécessite trois opérations. Il s'agit d'abord de préparer et de colorer la laque, puis de l'appliquer en couches successives au moyen du pinceau et de la spatule, — jamais moins de trois couches, ni plus de dix-huit ; on attend que chacune de ces couches soit sèche avant d'en étendre une autre ; — la surface étant ainsi laquée, on la décore enfin de dessins artistiques, tracés au pinceau, sculptés en relief ou modelés dans la matière molle, avant qu'elle ne se soit refroidie.

Les applications se font généralement sur bois ; ce bois est séché et travaillé avec tant de soin qu'il atteint parfois la minceur d'une feuille de papier ; on remédie aux nœuds et aux fentes accidentelles au moyen d'un lut composé de chanvre haché et d'autres matières analogues ; par-dessus, on colle une feuille de papier de broussonetia^ ou de la gaze de soie revêtue d'un mélange de vernis et d'argile brûlée ; la surface est polie à la pierre ponce".

L'artiste choisit alors le paysage, les personnages, les oiseaux, les fleurs ou les poissons et les algues marines de

I. Le broussonetia (du nom du naturaliste français Broussonet) est un genre de plantes de la famille des ulmacées, dont l'espèce la plus importante — b. papyrifera ou mûrier à papier^ tcliou des Chinois — croît spontanément en Chine. On retire de son écorce une sorte de papier à la fois très lisse et très résistant. — N. d. t.

1. Nous n'entrerons pas ici dans tous les détails des opérations dont on vient de lire le résumé sommaire.

Le laqueur est tenu de prendre d'infinies précautions, soit pour lïnstallation de son atelier, qui doit être fermé de tous côtés et abrité de la poussière, soit pour obtenir dans le séchoir un degré de fraîcheur et d'obscurité constant. Quand il décorera la pièce, toute hésitation, toute reprise lui seront interdites ; la moindre erreur l'obligerait à laver tout le travail. Certains laques ont demandé plusieurs années de labeur assidu.

Aussi les objets ainsi obtenus sont-ils d'une solidité extraordinaire — nous parlons bien entendu des laques anciens. Dans son ouvrage sur VArt japonais, M. Gonse cile ce trait, qui peut aussi bien s'appliquer aux laques d'origine chinoise. En 1874, le Japon envoya à l'Exposition de Vienne un bateau chargé de laques anciens et modernes. Ce bateau sombra près de Yokohama et séjourna plus d'un an au fond de la mer. Lorsqu'on retira les objets que renfermait l'épave, on s'aperçut que les laques anciens n'avaient pas souffert, tandis que les produits modernes de Kioto et de Yedo étaient complètement détruits. — N. d. t.

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son thème décoratif. Il en esquisse les contours au blanc de céruse. Si certaines parties doivent être en relief, il les modèle en une sorte de pâte, faite de vernis de couleur et d'ingrédients divers ^ Puis il applique l'or et les couleurs. Dans tous les laques fins, For domine, afin de donner une impression de richesse et d'éclat. Les plus beaux laques d'or restent sans décoration et doivent leur beauté à une multitude de petits points métalliques qui brillent à travers les couches d'un fond transparent ^

On colore la laque brute au moyen de matières variées, employées seules ou en combinaison. La plus belle laque jaune transparente, tchao ts'i^ dont on se sert dans les imitations d'aventurine, est colorée avec de la gomme gutte. Un autre jaune, le houa kin ts'i, « laque d'or des peintres », d'un ton ambré, et qui sert surtout à délayer les autres couleurs, doit sa teinte à une addition de fiel de porc et d'huile végétale. La meilleure laque rouge est le tchou ts'i, « laque vermillon » ; on l'obtient en broyant du vermillon naturel {tcho chaY avec de la laque brute ; le colcotar^ ne donne qu'une couleur rouge inférieure. Le sulfate de fer ou la limaille, mêlés à du vinaigre en proportions variables, produisent de nombreuses laques noires, hei ts'i. Du mélange du vermillon et de la laque noire, on tire différents tons de brun marron, li se. Le jaune d'or, kin se^ se fait avec de l'or en poudre ou, à défaut, avec du cuivre ; le blanc d'ar-

I. Cette pâte épaisse est une sorte de vernis rouge généralement composé défilasse, de papier plié et de coquilles d'œuf, broyés ensemble et mélangés avec de l'huile de camélia. — N. d. t.

a. L'or était employé en telle abondance dans les anciens laques d Extrême- Orient, qu'après la révolution de 1868, au Japon, les daïmios appauvris apportaient à la Monnaie d'Osaka leurs vieux laques d'or; on en retirait des lingots de métal précieux. Beaucoup d'œuvres d'art précieuses auraient été détruites ainsi. — N. d. t.

3. Le rouge vermillon (proprement « cinabre »), est un sulfure rouge naturel de mercure. — N. d. t.

4. Peroxyde de fer, obtenu par la calcination du sulfate de fer. N. d. t.

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