‹ L'art chinoisChapitre 32 sur 91 · Instruments de musique. [Livres · texte numérisé non relu

Instruments de musique. [Livres

9. Meubles, oreillers de jade, paravents peints, etc., entre autres une grande vasque de 1^^^30 de hauteur pouvant contenir cent litres de vin, en jade blanc marbré de verts adoucis, sculpté de nuages et de dragons à trois griffes. [Livres 91-100.)

Une vasque de jade, qui rivalise en importance avec la précédente, orne l'une des cours du palais impérial de Pékin. Il en est question dans les relations de voyage du célèbre frère Oderic, qui partit pour ses longues pérégrinations à travers l'Asie en avril i3i8 (v. Cathay and the Way thither, de Yule, vol. I, p. i3o).

c( Le palais dans lequel habite le grand Khan à Cambaluk [Pékin) est très grand et très beau. Au milieu du palais se trouve un grand vase qui a plus de deux pas de hauteur et qui est entièrement formé d'une pierre précieuse appelée merdacas et si belle que son prix., m'a-t-on dit, dépasse la valeur de quatre grandes villes. Il est tout cerclé d'or et dans chaque coin on voit un dragon en train de combattre férocement ; ce vase

possède également des franges formées de grosses perles qui y sont suspendues , et ces franges ont un empan [une main) de largeur. La boisson parvient dans ce vase par des canaux venus de la cour du palais ; et près de lui sont de nombreux gobelets Wor où boivent ceux qui le désirent. »

Cette vasque, si magnifiquement ornée de perles et d'or, disparut à la chute de la dynastie mongole. On la retrouva au xviii^ siècle, dépouillée de ses ornements, dans la cuisine d'un temple bouddhique du voisinage ; les moines ignorants en usaient pour y déposer des légumes salés. L'empereur K'ien-long la racheta pour quelques centaines d'onces d'argent et composa en son honneur une ode retraçant son histoire et destinée à être gravée à l'intérieur. C'est un grand bassin à fond plat et à flancs droits, qui ressemble à l'un de ces vases à poisson en faïence, yu kang^ que les Chinois placent dans leurs jardins pour y mettre des poissons dorés ou des fleurs de lotus ; il est hardiment sculpté à l'extérieur d'animaux fantastiques et de chevaux ailés se jouant dans les vapeurs de la mer^

Les empereurs mongols de l'Hindoustan étaient également fort amateurs de jade ; de belles sculptures furent exécutées par leurs soins en néphrite blanche et vert sauge; on les incrustait souvent de rubis, d'émeraudes et autres pierres précieuses. L'Inde reçut d'abord son jade du Turkestan oriental, de ces mêmes districts sans doute d'où les Chinois tirent leurs provisions de jade brut. Après la conquête du Turkestan oriental par les Chinois, beaucoup de ces jades sculptés hindous passèrent à Pékin ; il n'est pas rare de trouver dans les collections d'Europe telle

I. M. Pelliot (/oc. cit.) a donné des précisions sur le lieu où se trouve cette vasque. C'est dans l'enceinte qu'on appelle le Yuan-t'cheng, et qui, sous le nom de « la Rotonde » servit de « Place » au corps d'occupation français en 1900. La vasque serait « d'assez vilain grain » ; ses dimensions seules en feraient une pièce rarissime. — IV. d. t.

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pièce de travail hindou, avec son charme délicat si caractéristique, qui porte gravée une inscription chinoise en vers attestant son origine et à laquelle est attaché le sceau impérial de K'ien-long. K-ien-long aurait même adjoint à ses ateliers impériaux une section spéciale appelée Si Fan Tso, « Ecole hindoue », chargée de reproduire les objets de ce genre.

Les jades chinois décorés de pierres précieuses, que l'on rencontre parfois, datent pour la plupart de cette époque ; il faudrait sans doute chercher du même côté leur inspiration première. Ce sont généralement des plaques destinées à être montées comme de petits tableaux de paravents ; elles sont sculptées dans du jade blanc, et représentent des scènes à personnages ou tout autre sujet, avec incrustations de rubis, d'améthystes, de lapis-lazuli et de jadéite vert émeraude appliqués en lames minces ou montés en cabochon et sur lesquels les dessins se continuent en traits dorés. La belle surface douce et polie du jade donne un relief inimitable aux couleurs éclatantes des pierres incrustées.

Les Chinois ont toujours principalement tiré leur jadéite, — y compris le précieux vert émeraude feints ouei — de la Birmanie où l'on en trouve en abondance dans le cours supérieur du Ghindwin et duMogaung, affluents de l'Iraouaddy ^ La jadéite est extraite par les sauvages Kachins% achetée par des négociants chinois et transportée par mer jusqu'à Canton, où les lapidaires chinois la travaillent. La valeur de la pierre dépend de sa couleur et surtout de l'éclat et du brillant des taches ou des veines vertes irrégulièrement distri-

I. Le Mogaung, ou a rivière de Mogoung », porte aussi le nom de Namhlong. Quant au Chindwin, on l'écrit plus souvent Kyendouen. — N. d. t.

1. Il s'agit sans doute ici des Kakyen, populations barbares et à peine fixées au sol, qui avec les Khamti occupent les hautes vallées du nord de la Birmanie. Ces tribus, malgré leurs affinités ethnograpliiques avec les Chinois, sont restées un obstacle sérieux à l'établissement de relations suivies entre les bassins de Flraouaddy et du Yang-tseu kiang. Les Chinois les appellent simplement Ye-jen, « Sauvages ». — N. d. t.

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