JUMEAUX
(Collection Salting.)
Haut. 29 cent. 1/5, larg. 12 cent.
IIG. lOl. VASE DOUBLE EN CRISTAL DE ROCHE
Sculpté avec anses en forme de têtes d'éléphant, phénix, chauves-souris, et feuillage
symbolique.
Haut. 21 cent. 1,2, larg. 14 cent. G, 10.
buées à travers la matrice blanche ; ce vert se trouve même parfois aggloméré en quantité suffisante pour fournir un grain de la plus pure teinte émeraude. La jadéite lavande est presque aussi appréciée, qu'elle soit de teinte uniforme ou tachée de vert ; il en est de même pour la jadéite rouge aux tons translucides, quand elle se trouve sur une bande que l'on peut sculpter à jour comme un camée afin de révéler le fond en un curieux contraste. Il existe une autre variété de jadéite de Birmanie, à laquelle les Chinois donnent poétiquement le nom de hoUa siue tai tsao^ « mousse mélangée de neige fondante » ; sa matrice, d'un blanc cristallin pareil à de neige fondue, puis glacée, est en effet veinée de nuages d'un vert atténué. Le vase de la figure 92 en donne une idée assez exacte^
Canton, Sou-tcheou et Pékin sont, à Theure actuelle, les principaux centres de production des jades sculptés. Nous allons résumer les principaux procédés employés, d'après des observations faites sur place dans les ateliers de Pékin. Il n'est pas aisé d'être clair en cette matière sans l'aide de planches explicatives ; on nous permettra de noter ici que ces planches, exécutées par un aquarelliste indigène, figureront tout au long dans le grand ouvrage de M. Heber Bishop sur le jade, ouvrage qui sera prochainement publié à New-York, comme suite au catalogue de la splendide collection que M. Bishop a léguée récemment au Metropolitan Muséum 2.
1. Le professeur W. Gowland a eu l'obligeance de déterminer le poids spécifique de ce vase ; il est de 3,343.
2. Cet ouvrage a été publié hors commerce à New-York en igoS ; il forme deux gros volumes, sous le titre de the Bishop Collection Investigations and Studies in Jade. La bibliothèque du Victoria and Albert Muséum en possède un exemplaire que l'on peut venir consulter. C'est dans le tome I que se trouvent les treize aquarelles de Li Che-ts'iuan, exécutées en originaux sur papier de Chine ; l'artiste a pu illustrer dans les mêmes conditions les 100 exemplaires auxquels le tirage a été limité.
Le lapidaire chinois possède tous les outils nécessaires à son art, — cet art que l'on peut faire remonter jusqu'à la Chaldée et à la Susiane antiques, d'où il semble s'être étendu, à une époque inconnue, vers l'ouest jusqu'à l'Europe, vers le sud jusqu'à l'Inde et vers l'est jusqu'à la Chine. L'artisan moderne n'a point inventé d'instruments nouveaux. En Europe, on se borne à multiplier la puissance des vieux outils par Fusage du tour continu dont la vapeur ou l'électricité augmentent la rapidité. L'ouvrier chinois arrive au même résultat par sa patiente industrie ; il demeure seul, assis à sa table pendant de longs jours, faisant manœuvrer la pédale avec ses pieds afin de garder les mains libres. Ses outils sont nombreux, mais, à l'entendre, ils doivent tous leur efficacité au mordant des abrasifs* dont on les frotte. La préparation de ces abrasifs nécessite des opérations variées ; on les broie, on les moud, on les passe au crible, on en fait une pâte avec de l'eau ; ils sont alors prêts à être employés. Il en existe à Pékin quatre qualités courantes, dont la force va croissante : le sable jaune, cristaux de quartz; le sable rouge, grenat ou almandin^, dont on se sert avec les scies circulaires; le sable noir, sorte d'émeri, avec les roues de coutelier, etc. ; et la poussière de bijou, cristaux de rubis du Yun-nam et du Tibet, dont on enduit la roue de cuir qui donne au jade le poli final.
On arrondit d'abord le bloc de jade brut avec une scie de fer à quatre mains, dépourvue de dents, que manœuvrent deux hommes ; cette opération a pour but « d'enlever Técorce ». Il est ensuite grossièrement façonné par une des scies circulaires, formée d'une série graduée de disques de fer ronds, aux bords aigus et coupants, et disposée pour être montée sur l'axe de bois de la pédale qui la met en
1. On désigne sous le nom d'abrasifs les matières usantes (grès, sable, émeri, verre, corindon, etc.). — N. d. t.
2, L'almandin n'est qu'un des six types théoriques du grenat. — N. d. t.
révolution verticale. Les angles dépassants laissés par la scie une fois aplanis au tour, le morceau de jade est de nouveau travaillé au moyen d'une série de petits anneaux de fer massif, successivement montés sur l'extrémité du même axe horizontal ; après quoi on efface les marques de striures avec des petites roues qui le polissent et sont manœuvrées de même façon par les pédales.
L'ot)jet est prêt maintenant, soit à être sculpté en relief, ce qui se fait avec la roue de coutelier, soit à être percé de part en part avec une fraise à pointe de diamant, et taillé ensuite à la bouterolle.
Les roues de coutelier sont de petits disques de fer semblables à des clous courts à tête plate ; cette ressemblance leur a valu en Chine le nom de « clous ». Le lapidaire les enfonce à coups de marteau dans l'extrémité creuse d'un léger pivot de fer mis en mouvement par une courroie de cuir que font fonctionner les pédales. C'est la main droite de l'opérateur qui dirige la pointe de diamant actionnée au moyen de l'archet ordinaire ; la main gauche tient le morceau de jade qu'il s'agit de travailler. La tête de la pointe de diamant, qui a la forme d'une coupe ^, est fixée au-dessus à une barre horizontale à laquelle est suspendue un contrepoids de pierre très lourd, destiné à donner l'effort nécessaire. La pointe de diamant apparaît sous un autre aspect dans le forage d'objets plus petits ; pour percer ceux-ci, on les place sur des supports en forme de bateaux, posés dans un récipient en bambou, plein d'eau ; la tête en forme de coupe de la pointe de diamant, repose maintenant dans la paume gauche de l'artisan qui la tient appuyée, tandis que de sa main droite il manœuvre l'archet 2.