FIG. 178. VASE DE VERRE COULEUR SAPHIR
Marque du règne de Kien-long- (i736-().t).
Haut. 27 cent. 9 10, diam. 13 cent. 2/3.
IG. 179. VASE JAUAE IMPEIUAL
Exposition de Paris 1867.
Ilaul. 21 cent. G 10. diam. 13 cent. 1:3.
lui
première des trois que voici est empruntée à un vase archaïque craquelé, d'un ton grisâtre, décoré de vernis de couleurs de la période Ming. Les deux autres sont des marques imprimées dans la pâte brun sombre de certains vases flambés de Kouang Yao, que leur aspect archaïque fait parfois prendre pour des produits de la dynastie des Song; elles rappellent les noms de deux potiers, des frères probablement, qui vécurent, dit-on, au début du xviii* siècle.
WOU TCHEN SIEN YAO Ko MiNG SIANG TCHE Ko YuAN SIANG TCHE
« Poterie de Wou TCHEN « Fabriqué par Ko Ming- « Fabriqué par Ko Yuan- HiEN. » siang. » siang. »
« Fabriqué avec révérence par T'ang Ying, de Chen-yang, le plus jeune des deux secrétaires de la Maison impériale et capitaine de la Bannière, promu à cinq grades d honneur, directeur en chef des Manufactures au palais de Yang Sin Tien, commissaire impérial en charge des trois stations de Douanes de Houai, Sou et Hai, dans la province du Kiang-nan; également directeur de la Manufacture de Porcelaine, et commissaire des Douanes à Kieou-kiang, dans la province de Kiang-si. Et offert par lui au Temple de la Sainte Mère du Dieu du Ciel à Tong pa afin d'y demeurer à travers les siècles éternels pour offrir des sacrifices devant l'autel; en un jour fortuné du printemps de la sixième année de l'empereur K'ien-long. »
Cette dernière inscription, remarquable par sa longueur, est empruntée à une paire de majestueux chandeliers bleus
et blancs de près de i mètre de haut; ces objets sont en ma possession et font partie d'un wou kong^ ou service d'autel, spécialement fabriqué en 1741 comme ex-voto offert à un temple taoïste des environs de Pékin, par T'ang Ying, le fameux directeur de la manufacture impériale de porcelaine de King-tô-tchen.
ÏX LE VERRE
Les Chinois eux-mêmes reconnaissent n'avoir pas inventé le verre ; l'introduction de cette substance dans le Céleste Empire paraît relativement récente.
Il existe en Chine deux mots pour désigner le verre :/?'o-Zi, appliqué aux variétés transparentes, totalement ou presque entièrement dépourvues de couleur ; et lieoii-li, nom qui s'applique aux variétés opaques de toutes nuances; cette seconde catégorie comprend les vernis de couleur employés dans la fabrication des tuiles et des ornements d'architecture, ainsi que les émaux pour cloisonnés et peintures sur cuivre, et pour la décoration de la porcelaine cuite au feu de moufle.
On peut retrouver l'origine sanscrite de ces deux mots; ils se rencontrent fréquemment dans les livres bouddhistes primitifs. P'o-li, que l'on écrit aussi parfois p'o-ti, vient du sanscrit sphatika, qui semble avoir eu à l'origine le sens de « cristal de roche «^ Lieou-li est une contraction de pi'lieou-li^ ou encore fei-lieou-liy transcription de vaidiirya, nom sanscrit dulapis-lazuli. Ces noms s'appliquent, dans les livres chinois les plus anciens, à l'obsidienne ou verre natureP, aux améthystes et autres variétés de cristal de
I. Selon GiLES [Chine se-English Dictionary, n^ 9333), « le terme p o-li a été identifié avec le turc bilbur, avec polish, et avec belor ou bolor signifiant verre ou cristal en plusieurs langues asiatiques ». — JV. d. t.
1. Les obsidiennes sont des roches éruptives, le plus souvent noires ou rouges, et présentant avec le verre de grandes analogies. — N. d. t.
roche, et à diverses pierres semi-précieuses en plus du lapis-lazuli ; mais le sens secondaire de « verre » est universellement admis à l'époque actuelle; c'est le seul qui nous intéresse ici.
Les annales chinoises de la dynastie des Han (206 av. J.-G. — 220 ap. J.-C), parlant pour la première fois de L'Empire romain sous le nom de Ta Ts'in par lequel les Chinois le connaissaient alors, signalent l'importation du verre parmi les autres produits qui arrivèrent en Extrême- Orient à cette époque par voie de terre en même temps que par voie de mer. Le verre coloré et diapré et les vases de verre importés en Chine semblent être provenus principalement des fabriques de verre d'Alexandrie qui, nous le savons par Strabon et par Pline, étaient alors le grand centre de cette fabrication*.
Le Wei lio, ouvrage historique chinois basé sur les annales des Trois Royaumes pendant la période 221-264 de notre ère, énumère dix couleurs de verre opaque [lieou-li)y importées de TEmpire romain à cette époque : le rougeœillet, le blanc, le noir, le vert, le jaune, le bleu, le cramoisi, Tazur ou gris-bleu, le rouge et le brun-violet. Pour avoir une analyse détaillée des annales chinoises, et pour se rendre un compte exact du commerce à cette époque ainsi que des routes qu'il employait, on devra consulter la mo-
I. Les différentes variétés qu'on y obtenait sont décrites dans le manuel du Soutli Kensington sur le Verre, par A. Nesbitt, F. S. A. Mr. Nesbitt conclut, d'après la notice de Pline sur le verre dans son Histoire naturelle, qu'on en produisait à son époque plusieurs qualités; il parle d'un rouge opaque, de verre blanc et de verre imitant le murrhin, la jacinthe, le saphir et toutes les autres couleurs. Pline fait également une mention spéciale du verre noir, semblable à de l'obsidienne, que l'on employait pour les vases destines à servir des mets. Il est certain que les Romains eurent à leur disposition, parmi les couleurs transparentes, le bleu, le vert, le violet d'améthyste, l'ambre, le brun et le rose ; parmi les couleurs opaques, le blanc, le noir, le rouge, le bleu, le jaune, le vert et l'orange. Le genre de verre que Pline donne comme le plus estimé à son époque est le blanc pur. imitant le cristal. Celui-ci devait être le p'o-li typique des Chinois.
nographie du professeur F. Hirth, China and the Roman Orient, i885.
Nous voyons donc que les Chinois apprirent à bien connaître le verre dans les débuts de l'ère chrétienne. Ce ne fut pourtant pas avant le v'' siècle qu'ils surent le fabriquer, d'après les témoignages concordants et les dates précises fournis par les historiens des deux royaumes, celui du Nord et celui du Sud, qui se partageaient alors la Chine \
D'après l'Histoire des Etats du Nord (386-58 1), Pei che^ ce fut pendant le règne de T'ai Wou (424-4^4)7 ^^ 1^ dynastie des Wei du Nord, que des commerçants arrivèrent à la capitale, venant du pays des Ta-yue-ti, royaume Indo- Scythe situé sur les frontières nord-ouest de l'Inde ; ces négociants prétendaient que par la fusion de certains minéraux, ils pouvaient obtenir du lieou-li de couleurs variées. Ils trouvèrent les matières nécessaires dans les montagnes, aux environs de la capitale (le Ta-t'ong fou actuel, dans la province du Chan-si) et y fabriquèrent du verre dépassant en couleur et en éclat tout celui qu'ils avaient apporté de l'Occident. L'historien ajoute que, pos-
I. Assurément, les Chinois connaissaient le verre à cette époque, mais le connaissaient-ils « bien » ? Ils l'ont considéré longtemps comme une pierre précieuse. L'opinion primitive était que le verre se produisait par une transformation de l'eau au cours d'une période de mille ans; ce fut un progrès de croire qu'il se formait dans la terre ; on distingua ensuite celui qui était « vrai », et celui qui était « faux » (obtenu par la cuisson : il renfermait, disait-on, des bulles d'air et était plus léger).
Sa rareté, dans les premiers temps, et sa valeur étaient extrêmes. L'Histoire des quatre fils du prince de Leang (citée par Pfizmaier, Beitràge zur Geschiche der Edelsteine und des Goldes, p. 204) rapporte c^n <<. un grand bateau de mer de Fou-nan vint du royaume de Thien tscho occidental et vendit des miroirs de verre bleu d'azur... On en demanda le prix et on le fixa à cent fois dix mille ligatures de pièces de cuivre. L'empereur Wen ordonna aux préposés des charges suprêmes d'en compter le montant. On vida les dépots et les magasins, et ce qu'on y trouva n'atteignait pas encore la somme fixée. »
Une inscription relevée par M. Chavannes sur un panneau des sépultures de la famille Wou [loc. cit. p. 34), présente le verre comme aussi rare que les chevaux à six pattes et les tigres blancs. — N. d. t.
térieurement, le verre devint en Chine beaucoup meilleur marché \
Il est curieux de noter l'opinion de Pline d'après laquelle aucun verre ne pourrait être comparé au verre hindou parce qu'il est fait en cristal.
Les histoires des États du Sud (420-588) reconnaissent à Wen ti, de la dynastie des Song (424-454 ap. J.-C), rival et contemporain du T'ai Wou dont nous venons de parler, l'honneur d'avoir introduit cet art qui serait venu par voie de mer, de l'est de l'Empire romain jusqu'à la capitale des Song, le Nankin moderne. Ils assurent que « le souverain de Ta Ts^in envoya à l' empereur Wen Ti, des Song, une grande variété de présents en verre de toutes couleurs ; et, quelques années plus tard, il lui adressa un ouvrier verrier qui^ par V action du feu, était capable de changer la pierre en cristal et enseigna son secret à ses élèves^ ce qui valut une grande gloire à tous ceux qui venaient de V Occident. »
L'industrie du verre, ainsi établie dans deux localités très éloignées l'une de l'autre, s'est poursuivie depuis avec un succès médiocre; on peut consulter de nombreuses notices sur cet art dans les encyclopédies indigènes.
Il est question de miroirs de 5o centimètres de diamètre faits en verre vert {liup'o-li) et de lentilles lieou-li pour allumer le (( papier de touche » et emprunter au soleil du « feu pur » (ces deux genres d'objets étaient importés d'Indochine), — de larges jattes brunes et globulaires, aussi légères que du duvet, — de lanternes couleur de vin, plus claires que les meilleures lanternes de corne du pays, apportées de Corée; tandis que les Chinois eux-mêmes, nous diton, fabriquent des jattes et des coupes à vin en imitation
I. On peut se rendre compte du caractère du verre indo-scythe par quelques spécimens qui se trouvent au British Muséum et ont été dernièrement exhumés par le D*" Stein sur l'emplacement de l'antique cité de Khotan.
de cristal [Ma choitei tsiiig) et reproduisent de petits objets d'art de jade, d'a^'ate et d'autres pierres dures, en cette matière nouvelle et moins coûteuse que Ton teinte à son gré.
Les Chinois, pourtant, se sont toujours relativement peu souciés des manufactures de verre, préférant leurs propres produits céramiques ; les Romains, au contraire, se rendaient compte que leur verre était supérieur aux poteries de Samos, les meilleures qu'ils pussent faire.
Quand les Arabes s'établirent dans les villes de la côte, dans la Chine méridionale, aux environs des ix® et x^ siècles, une certaine impulsion fut donnée à l'art du verre, mais très passagère. Il n'en est resté qu'un seul spécimen qui se trouve au Japon, dans le trésor de Nara, l'antique capitale des Mikados, et qui, dit-on, y fut déposé au viii® siècle et inscrit dans la liste primitive de l'époque. C'est une aiguière de verre blanc cie 3o centimètres de haut environ avec un couvercle de verre coloré ; on prétend qu'elle est, selon toute probabilité, de fabrication chinoise, mais de type persan *.
La géographie d'El Edrisi , écrite en Sicile en ii54, contient le passage suivant, dans le chapitre concernant la Chine (premier climat, dixième section) : a Djan-Kou est une cité célèbre... On y fait du verre chinois. » Mais on n'a pu encore identifier Djan-Kou de façon satisfaisante avec aucune cité chinoise existante.
Dans les temps modernes, le grand centre de fabrication du verre chinois est Po-chan bien dans la province du Chantong; le Rév. A. Williamson qui visita ces fabriques en 1869,
I. Une aiguière d'argent, provenant du même vieux temple bouddhiste de Nara, a figuré à l'Exposition de Paris en 1900, ainsi qu'une sorte de bannière représentant quatre cavaliers qui combattent des lions; ces deux objets s'inspirent évidemment de l'art persan des Sassanides. On trouvera une reproduction de l'aiguière, qui est décorée d'un quadrupède ailé, dans V Histoire de V Art au Japon (p. 61), publiée par les commissaires japonais à l'Exposition de Paris, 1900.
en donne l'intéressante description suivante dans ses Journeys in North China (Vol. I, p. i3i) :
fiJly a longtemps^ on découvrit que les roches guise trouvent dans le voisinage de Po-chan hien^ une fois pulvériséeSy fondues et mélangés de nitrate de potasse, formaient du verre; et pendant bien des années^ les indigènes se sont appliqués à cette fabrication. Je les ai vus faire du verre de vitre excellent^ souffler des bouteilles de diverses grandeurs y mouler des coupes de tous genres, et produire des lanternes, des perles et des ornements infiniment variés. Ils en font aussi des baguettes de trente pouces de long environ, quHls lient en faisceaux et exportent dans toutes les régions du pays. Les baguettes de verre brut se vendent 100 « cash » par « catty » {c'est-à-dire environ 6 pence par livre) à la manufacture. Le verre est extrêmement pur; ils le colorent admirablement et possèdent une grande dextérité de manipulation; plusieurs articles arrivent à un fini parafait. » ;
Po-chan est situé au pied d'une chaîne de montagnes et et les « roches » dont parle le D"* Williamson sont probablement du quartz : d'autres parties de la province et les environs de Yong-tcheng et Tsi-mei fournissent également en abondance du cristal de roche de diverses couleurs.
Une lettre parue dans le North China Herald (27 janvier 1903) décrit une émeute qui eut lieu à Po-chan et dont la cause était la tentative qu'on fit de créer une verrerie, monopole du gouvernement. La voici :
i<. Po-chan est une ville connue en Chine pour la fabrication et le fini de ses articles de verrerie qui imitent le jade blanc, pour ses tuiles vernies^ etc. Ces objets sont achetés surtout par des négociants de Pékin qui les vendent comme King liao ou « verre de Pékin », bien qu'ils aient été fabriqués en réalité à Po-chan dans le Chan-tong. Près des sept dixièmes de la population de Po-chan, hommes, femmes et enfants sont employés à la manufacture. Toute la région qui s'étend hors
FIG. l83. TABATIÈRE. VERRE BLEU ET BLANC
Taillé en forme de symboles. (Collection Bushell.)
Haut. G cent. 1,3.