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FIG. 187. — MÉDAILLON DE VERRE AVEC INSCRIPTION

Diam. 4 cent. LIO.

"K;. 188. — MKOAILLON DE VEHRE AVEC. INSCHIPTION

Diam. 4 ccnL I 10.

des murs de la ville est semée de fours et de ]abriques privées^ grandes ou petites selon la fortune des propriétaires^ dont les plus pauvres vendent leurs productions pièce à pièce aux représentants des négociants d^e Pékin. »

Les gouverneurs de district avaient défendu à ces représentants de continuer à acheter, sous peine d'amende et de confiscation : de là naquirent les troubles.

Liao est le nom vulgaire du verre et liao-k'i^ le terme qu'on emploie pour désigner l'article « verrerie » dans le tarif des douanes. Le King liao proprement dit est, en réalité, fabriqué dans la capitale même avec des baguettes «t des plaques de verre apportées de Po-chan; il est bien supérieur, comme ornementation et comme fini, aux produits des provinces que l'on décore de ce nom.

En 1680, on organisa dans le palais de Pékin une verrerie, qui prit place parmi les « ateliers » fondés par le ministère du Travail sous le patronage de l'empereur K'anghi(voy.page 137). Les lettres des missionnaires catholiques de l'époque mentionnent cette verrerie impériale; les missionnaires semblent même avoir aidé à l'organiser, car bien des motifs reproduits sur les objets de verre trahissent l'influence européenne. Dans les Mémoires concernant les Chinois (vol. Il, p.p. 462, 477)? une lettre écrite en 1770 environ dit que l'on y fabrique un assez grand nombre de vases chaque année; quelques-uns demandent beaucoup de travail parce qu'on ne souffle aucun objet; mais la lettre ajoute que cette manufacture n'est qu'un accessoire de la magnificence impériale, ce qui veut dire, sans doute, que ses produits étaient réservés à l'usage exclusif du palais ou servaient aux cadeaux de l'empereur. Les vases étaient souvent marqués par-dessous d'un sceau gravé; tel^ le vase de verre couleur saphir, à la panse arrondie et au long col évasé vers l'orifice, reproduit dans la figure 178; il est marqué au

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pied Ta Ts'ing K'ien-long nien tche, « Fait sous le règne de K'ien-long (i 736-1 796) de la grande dynastie Ts'ing. »

Les produits de la manufacture impériale sont généralement connus sous le nom de kouaii liao ou « verre impérial ». Ils comprennent toutes sortes de variétés : pièces monochromes colorées dans la masse, pièces faites de couches de couleurs diverses superposées et sculptées ensuite, et pièces en verre blanc, soit transparent, soit opaque, décorées d'émaux translucides.

Certain directeur de la manufacture impériale, nommé Hou, s'illustra par la perfection des œuvres qu'il y inspira au début du règne de K'ien-long : quelques-unes de ces pièces furent envoyées à King-to-tchen pour y être reproduites par T'angYing en porcelaine, matière que l'empereur considérait comme plus noble que le verre. Hou adopta le nom d'atelier deKou yue hiuaii, « Chambre de l'ancienne Lune ». n eut en effet l'idée amusante de couper en deux son nom de famille [kou^ yue) qu'on retrouve souvent inscrit sur ses produits, comme marque de maison (voy. p. 284), peint pardessous soit en rouge, soit en l'une des autres couleurs émaillées servant à la décoration de la pièce.

Hou fabriqua de préférence deux qualités : un verre transparent de teinte verdâtre, décoré en relief avec un vernis de couleur d'un ton très doux, et un verre blanc opaque, avec motifs gravés à la pointe, ou décoré au pinceau en couleurs. La première qualité est aujourd'hui la plus appréciée des collectionneurs chinois; c'est la seconde qui fut reproduite en porcelaine.

Les objets étaient d'ordinaire de petites dimensions : vases pour une seule fleur, tabatières, coupes à vin, étuis à pinceaux, pendentifs, etc. Des spécimens en sont exposés à la Smithsonian Institution, à Washington, par M. Hippisley qui, dans son catalogue {Report of United States National Muséum, 1900, p. 347) fait la remarque suivante :

« La nature vitreuse de la matière prête aux couleurs un ton et un éclat très admirés ; les plus beaux exemplaires valent V étude minutieuse quon en fait. Le choix du fond est heureux^ le mariage des couleurs^ doux et harmonieux ; l'introduction de figures européennes ajoute parfois à V intérêt ; l'arrangement des fleurs témoigne d'une recherche d'art très élevée et très habile. »

La cuisson qui a fixé l'émail craquelle parfois légèrement le verre. La tabatière de la figure 177, en porcelaine à décor de crabes, est revêtue d'un épais vernis jaune tacbeté et craquelé, imitant le verre ; elle porte par dessous la mention: Kou yue hiuan, « Peint sous couverte. »

L'alcali, élément essentiel du verre, est généralement fourni par la nitre, qui forme comme une efïlorescence sur le sol des plaines de la Chine septentrionale. On brûle également des fougères dans le même but, et on obtient de la potasse en lessivant les cendres ; de là, le nom commun de lieouli ts'ao^ « plantes à verre ». Au bord de la mer, au lieu de potasse, on se sert de soude qu'on extrait des cendres d'algues marines.

Quant à la silice, elle est tirée du sable, ou, s'il la faut plus pure, de roches de quartz réduites en poudre. On colore la matière en ajoutant à la masse une légère proportion d'oxydes minéraux. Les trois couleurs les plus communes sont celles dont nous avons parlé dans le chapitre sur l'Architecture (p. 68) : le bleu -violet sombre, obtenu par une combinaison de silicates de cobalt et de manganèse, le vert brillant produit par le silicate de cuivre, et le jaune impérial, se rapprochant de la teinte profonde du jaune d'œuf, dérivé de l'antimoine. La figure 179 reproduit un bel exemplaire de cette dernière couleur ; c'est un vase qui figura à l'exposition de Paris en 1867, avec la mention : « Email pur de porcelaine, tel qu'on l'emploie

à la Manufacture impériale » ; le British Muséum le paya I 200 francs.

On obtient un rouge sang de bœuf éclatant en mêlant du cuivre à une coulée désoxydante, et un bleu turquoise charmant, du ton le plus tendre, en mettant le même élément en présence d'un excès de nitre. Le blanc opaque doit sa teinte à l'arsenic ; le fer donne un gris-vert céladon, ainsi que des rouges-brun foncés, tandis que For produit des roses dont la gamme sombre va jusqu'au cramoisi. Selon M. Paléologue, l'intensité et la pureté des tons prêtent parfois à la matière l'apparence d'une pierre dure, d'une agate orientale sans défaut. « Les Chinois ont excellé également^ dit encore M. Paléologue, à fondre ensemble des verres de couleurs différentes, soit sans les mêler ^ soit en introduisant dans la pâte même Vune des matières composantes^ sous la forme de macules ^ de veines ou de rubans. »

En somme, tous les procédés techniques usités en Occident pour le travail du verre — soufflage, coulage, moulage — ont été, à leur tour, employés dans l'Empire du Milieu. Mais c'est par la taille et surtout par la ciselure profonde et le travail à jour des verres à plusieurs couches de couleurs que les Chinois ont créé leurs œuvres les plus originales. Dans ce genre spécial, ils ont atteint à une sûreté de touche, à un raffinement de goût, et à une perfection de travail que n'a pas surpassés la maîtrise des artisans de Bohême au xvf siècle.

Les sculpteurs sur verre, en Chine, se sont toujours inspirés de la glyptique sur jade et autres pierres dures ; ils se servent de la roue à pédales et de tous les autres outils de lapidaire que nous avons décrits dans le chapitre sur le jade. Mais leur travail est comparativement aisé, car le verre n'offre jamais la résistance de la néphrite, de la jadéite ou du cristal de roche, sans parler des pierres précieuses telles

que le rubis et Fémeraude, que sculptent aussi les lapidaires chinois avec les mêmes outils, pour en faire de minuscules images du Bouddha ou d'autres objets de ce genre.

Les verres chinois sont en général de petites dimensions : guère plus grands que les objets sculptés en jadéite ou en agate qui servent de modèle. Le fond, transparent ou opalin, est teinté de façon à donner à Tobjet sa ressemblance avec le modèle. On ne s'aperçoit de sa nature véritable que par un examen minutieux, ou bien en le heurtant, à la façon chinoise, avec l'ongle ; le son trahit alors son origine.

Les petits vases, les coupes et les soucoupes de verre sont destinés à reposer près de la palette à encre de l'écrivain et du savant, de manière à charmer leur fantaisie. Ils sont formulés en ove, en calice de magnolia ou en feuille de lotus enroulée ; un dragon archaïque, un phénix, une branche de prunier, telle autre fleur emblématique ou quelque figure spéciale, symbole sacré du Bouddhisme ou du Taoïsme, les décorent en relief. Les tabatières présentent des motifs plus variés : au gré de l'artiste on y voit des fleurs, des animaux, des scènes familières ou des paysages, légèrement tracés sur un fond plus sombre pour former contraste. Il arrive qu'une tabatière de verre uni soit décorée à la main, à la sépia ou en couleurs. Dans ce cas, les couleurs sont appliquées à l'intérieur, afin de les préserver du frottement ; manier le pinceau à travers l'étroit goulot et tracer le motif sur la paroi intérieure du verre exige des prodiges de patience et d'habileté dont est seul capable Fartiste chinois, tout en trouvant plaisir à les accomplir.

Parmi les couleurs simples, le jaune semble en faveur, surtout à la Manufacture impériale. La figure i8o reproduit deux formes courantes, en verre jaune semi-opaque : à gauche, un brûle-parfum {iing) à trois pieds, panse ronde, anses en forme de masque ; à droite, un petit vase à fleurs

[houa-p' iiig) gracieusement arrondi, ovoïde, anses à tête de monstre. La tabatière à Tovale aplati de la figure 182 imite l'écaillé ; elle est en verre opaque tacheté rouge et jaune et montée avec couvercle d'argent.

Les quatre dernières tabatières que l'on peut voir ici sont faites de deux couches de couleurs différentes ; le motif sculpté dans la couche externe se détache ainsi avec plus de relief.

Celle de la figure 181, en verre rouge et blanc, imitation de calcédoine, avec un cyprin sculpté dans le verre rouge, date de la période de K'ien-long (1736- 1795). Celle de la figure 184 est en verre bleu et blanc, avec motif de lis taillé dans le bleu. La figure i85 offre une combinaison d'ambre et de verre transparent, avec le double monogramme hi, emblème du bonheur conjugal, gravé dans la couche d'ambre. On donne les deux autres tabatières comme des exemplaires du xix^ siècle « fabriquées à Pékin avec des matières préparées dans le Chan-tong ». La figure i83 porte une couche de bleu de cobalt sur son corps blanc semi-opaque ; on y reconnaît les pa-koua — les huit trigrammes de l'ancienne philosophie chinoise— disposés en cercle, avec, au centre, le symbole 3/m yang — monade créatrice se divisant en éléments mâle et femelle.

La technique de ces petits flacons est la même que celle du célèbre vase de Portland (British Muséum), qui date des temps classiques. On peut voir en ce vase un échantillon de l'école qui, soit directement, soit indirectement, donna aux Chinois leurs premières leçons. Mais les objets de verre sculpté de dimensions aussi importantes sont extrêmement rares en Chine.

Les pièces les plus minimes, quand elles sont d'un travail ancien et délicat, coûtent réellement fort cher ; un élégant, en Mandchoiirie, est prêt à donner de grosses sommes pour une

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tabatière, une breloque à ceinture, ou une bague d'archer à passer à son pouce. Les plus appréciés de ces objets sont sculptés, à la façon des camées, en imitations de pierres précieuses; on sème sur la surface des gouttes de verre coloré en fusion, que l'on travaille ensuite à la roue de lapidaire.

Les porte-bonheurs avec inscriptions de bon augure que les Chinois portent suspendus à leur ceinture, sont souvent en verre coloré.

Sur les trois médaillons des figures i86, 187, 188, qui ont la forme de la monnaie courante en Chine, on lit en relief les inscriptions suivantes: Lien tchongsanyuan (« Puissiez-vous avoir successivement la première place à vos trois examens!»), vœu qui fait allusion aux deux derniers examens pour les diplômes officiels, et au concours qui vient ensuite ; THeii siang ki jen (« Que les ministres célestes soient propices à rhomme! »); Tien siensong tseu (« Que les divinités célestes vous envoient des fils ! »)

C'est aux Arabes, sans doute, que les Chinois doivent la technique du verre émaillé. L'introduction de cet art date probablement de la dynastie mongole (i 280-1 867). C'est en effet le moment où les verriers arabes produisirent leurs œuvres les plus accomplies, le moment aussi, comme nous l'avons vu, où les rapports entre la Chine et l'islam, par voie de terre ou de mer, furent le plus fréquents. Nous trouvons une confirmation de cette théorie dans la découverte, faite récemment à l'intérieur des mosquées des provinces occidentales de la Chine, d'un certain nombre de lampes et de flacons évasés de formes caractéristiques, émaillés en couleurs et décorés de motifs et de caractères arabes ; quelques-uns de ces objets figurent maintenant dans les collections américaines.

11 n'est pas rare de trouver des caractères arabes analogues

sur des verres chinois de notre époque, tels les deux objets des figures 189 et 190, dont les étiquettes sont ainsi conçues:

« Vase (le pendant existe). Verre bleu sombre, corps sphérique, aplati, portant gravées en relief des inscriptions arabes dans des compartiments lobés. Au-dessous, en relief, le cachet de Yong-tcheng (1723-1735). Support de bois, recouvert de brocart de Chine. »

« Flacon (le pendant existe). Verre violet, corps bulbeux, col évasé, décoré de lettres arabes en médaillons ovales, en forme de feuilles. »

Les inscriptions musulmanes, pareilles à celles que porte le brûle-parfums de bronze de la figure 44 ^ répètent des formules religieuses gravées en ces caractères bâtards propres aux mahométans chinois. Ces grands flacons semblent tout à fait modernes ; peut-être, après tout, ont-ils été gravés par un marchand de curiosités chinois désireux de leur donner une valeur fictive. Ce qui le ferait croire, c'est que la cloison du vase étant évidemment trop mince pour supporter ce travail, le graveur n'a pu faire autrement que de la percer en un point.

On pouvait voir, il y a quelques années, à la vitrine d'un marchand de Pékin, une rangée de vases de porcelaine monochrome, d'un bleu de cobalt mat et sombre, alternant avec des vases couleur turquoise, d'une nuance de qualité inférieure. Ce marchand avoua qu'il venait d'y faire graver des caractères de ce genre par des sculpteurs sur jade.

Il convient de se méfier toujours, même lorsque le scepticisme semble inutile. Le négociant chinois ne le cède à aucun autre pour vous donner des assurances ingénues alors qu'il ne songe qu'à vous duper.

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