‹ L'art chinoisChapitre 67 sur 91 · FIG. 207. FLACON POUR L EAU DE ROSE. EMAIL DE CANTON · texte numérisé non relu

FIG. 207. FLACON POUR L EAU DE ROSE. EMAIL DE CANTON

Forme persane, ornements floraux de dessin chinois.

Haut. 27 cent. 9,10, diam. 10 cent. 2/10,

Passant aux émaux champlevés, nous trouvons un bel exemplaire de travail chinois dans la figure 199. C'est un Bodhisattva céleste, avec la marque iinia au front, fondu en bronze dans le style Indo-tibétain du canon lamaïque ; il porte une coiffure et une tiare ornées de bijoux, une cuirasse et un ceinturon décorés de perles, et de larges boucles d'oreilles circulaires dont le poids alourdit les lobes ; un kashaya retombe autour de lui en plis flottants. Un genou en terre, il repose sur un piédestal de lotus, "décoré d'émaux champlevés; les motifs consistent, vers la partie supérieure, en un fond ouvré, puis en nuages parmi lesquels volent des chauves-souris; le tout exécuté en couleurs sur fond bleu turquoise.

La figure 200 nous montre un vase, de travail assez rare; c'est une combinaison de repoussé et de cloisonné, datant de la période de K^ien-long. Les détails de la décoration sont martelés dans la surface pour donner une profondeur plus grande aux cloisons ; les rebords de celles-ci sont également en saillie et se dressent vigoureusement sur le champ qui est tout simplement doré. Les émaux, représentant des fleurs, qui décorent le vase gardent leurs surfaces sans aucun travail, telles qu'elles sortirent du four; elles n'ont été ni passées à la pierre ponce, ni polies. Chacune des cloisons qui composent les fleurs est emplie de deux couleurs, qui viennent se fondre l'une dans Fautre au point de rencontre, avec le plus heureux effet.

Figure 201 : brûle-parfums, (le pendant existe) ; en forme de quadrupède ailé à l'aspect fabuleux, avec une tête à double corne , faite pour servir de couvercle mobile ; le cheou lou traditionnel, « vase -monstre » de l'antiquaire chinois. Cuivre doré ; les détails travaillés en relief et remplis d'émaux de couleur, puis finis au burin.

Figure 202 : boite et son couvercle ; (le pendant existe) ; forme circulaire, contour lobé, motifs de fleurs habilement

et délicatement repoussés ; les festons floraux dorés se détachent sur un fond d'émail bleu sombre ; l'intérieur est émaillé en bleu turquoise. Provient du Palais d'Eté.

Les émaux peints sur cuivre sont généralement connus en Chine sous le nom de Yangts'eu^ littéralement « Porcelaine étrangère )>, ce qui prouve bien que cet art fut importé. On les appelle souvent aussi « émaux de Canton », cette ville étant leur grand centre de fabrication \

La technique des émaux chinois peints sur cuivre est exactement la même que celle des émaux de Limoges en France et de Battersea en Angleterre. Les premiers missionnaires français emportèrent des émaux limousins en Chine pour les faire copier ; les motifs de décoration des émaux proprement chinois trahissent eux-mêmes cette influence.

Ces imitations chinoises d'émaux français remontent à l'époque de Louis XIV (K'ang-hi régnait alors en Chine), et plus spécialement à la période qui s'étend de i685 à 17 19; c'est le moment où prospérait la Compagnie de la Chine fondée par Mazarin ; des services de table aux armes de France, de Penthièvre, etc., sans compter une quantité d'autres objets, étaient commandés par les Français et exécutés à Canton. D'Angleterre, de Hollande et d'autres pays, on envoyait également vers la même époque des commandes analogues de (( porcelaine à armoiries » ; les ouvriers cantonais les exécutaient avec une rare fidélité et les vaisseaux des Compagnies hollandaises et anglaises des Indes Orientales les rapportaient en Europe. Ces objets étaient émaillés sur porcelaine aussi bien que sur cuivre ; il n'était pas rare que certains, appartenant au même service et à la même série,

I. Les ateliers de Canton décorent également la porcelaine; on l'y apporte « en blanc » de King-tô-tchen, par voie de terre, pour la peindre avec la même palette de couleurs émaillées ; mais, chose étrange, elle ne porte pas le nomdcjare«- ^s'e?«; on l'appelle j«7îo^<s'ai, littéralement « couleur étrangère » en sous-entendant le mot « porcelaine ».

fussent exécutés sur des matières différentes : par exemple, un pot à eau chaude et une théière émaillés sur cuivre s'accompagnaient d'un pot à lait, d'un sucrier et de tasses à thé en porcelaine coquille d'œuf.

Du Sartel reproduit dans son ouvrage sur la Porcelaine de Chine une curieuse écuelle, comme exemple du talent des artistes chinois pour imiter les émaux limousins. C'est une pièce décorée d'émaux de la famille verte ^

Si, du style primitif de la famille verte, nous passons aux décors delà famille rose, la remarquable analogie des émaux peints sur cuivre et des pièces contemporaines sur porcelaine coquille d'œuf suffît à les désigner comme sortant des mêmes ateliers. On trouve, en cuivre comme en porcelaine, des assiettes et des plats ronds, avec les mêmes fonds couleur de rose, décorés de motifs ouvrés et de bandes diaprées identiques qu'interrompent des panneaux foliés occupés par des tableaux absolument semblables, exécutés avec les mêmes émaux aux couleurs tendres.

Les couleurs émaillées qu'on emploie à Canton sont parfaitement connues ; Ebelmen et Salvetat en ont analysé une série, prises directement sur la palette del'émailleur pendant qu'il travaillait, par un attaché français en i844 ^

Les Chinois eux-mêmes considèrent le cuivre comme un objet beaucoup moins noble que la porcelaine. Si mince soitil, il rend toujours un son métallique quand on le frappe, au lieu de la note claire et musicale qui distingue la porcelaine. Sa surface, en outre, est rarement dépourvue de tares

1. Du Sartel, La Porcelaine de Chine, p. ii5. Il s'agit dune écuelle peu profonde, aux anses en forme d'anneaux. Elle faisait partie de la collection Marquis. De Sartel la décrit ainsi : « Ecuelle à anse en porcelaine fine et légère, imitant à s'y méprendre par la forme et le décor la pièce en émail de Limoges qui a servi de modèle en Chine. L' extérieur est fond noir avec ornements blancs, rehaussés d'or ; l'intérieur orné de peintures polychromes, fleurs et fruits exécutés avec les émaux de la famille verte. Près d'une corbeille de fruits qui occupe le fond de la pièce se trouve fidèlement reproduit le monogramme I. L.,de V émailleur limousin Jean Laudin. »

2. \oir le Recueil des Travaux scientifiques de M. Ebelmen (vol. I, p. 377).

et les couleurs y prennent un aspect voyant qui, déclarent les Chinois, rend les émaux sur cuivre déplaisants et impropres à toute autre décoration qu'à celle des appartements intérieurs '.

La peinture émaillée sur cuivre, discréditée dès l'abord par les Chinois comme art étranger, ne prit jamais réellement racine dans le pays. Elle a même peu à peu disparu à Canton ; on n'a rien produit d'important en ce genre depuis le règne de K'ien-long qui se termina en 1790. Tous les spécimens dont nous allons parler peuvent donc être considérés comme antérieurs à cette date.

La plus belle pièce est une élégante aiguière à vin, aux plans carrés, aux coins dentelés, à Tanse verticale et au couvercle recouvert d'or vers le sommet (fig. 2o3). Sur un fond rose-rouge d'or courent des festons floraux et des papillons ; les quatre pans et l'anse sont occupés par des panneaux représentant des fleurs et des papillons délicatement peints sur fond blanc ; le bec recourbé porte une tête de dragon poursuivant un joyau enflammé.

Figure 204 : plat circulaire, décoré d'un médaillon peint, à six lobes ; la déesse taoïste des fleurs, Houa sien, accompagnée de deux suivantes et d'un phénix, traverse les flots de la mer, montée sur un dragon qui poursuit un joyau tournoyant : toutes trois portent sur leurs épaules des paniers de fleurs ; les suivantes sont vêtues de feuilles de lotus et de roseaux; sur la bordure diaprée, des panneaux foliés, oiseaux, fleurs et papillons, entourés d'une légère

I. L'auteur du Wenfang sseii k'ao, ouvrage sur les accessoires de la table de l'écrivain, publié en 1782, dit en parlant du Yang ts'eii :

a On voit souvent des vases à encens et à fleurs, des coupes à vin et des soucoupes, des jattes et des plats ^ des aiguières, des hottes rondes à bonbons et à fruits, peints des couleurs les plus vives. Mais bien qu'on les appelle vulgairement porcelaine, ces objets n'ont rien de la pure transparence de cette matière. Ils sont faits uniquement pour i usage des appartements féminins — et nullement pour V ameublement sévère destiné à la bibliothèque d'un savant aux goûts simples. »

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