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LES BIJOUX

les monter en cabochons. Les gemmes et les perles, fort appréciées quand leur forme et leur éclat le méritent, sont toujours percées et attachées à la monture par un fil léger. Les Chinois, comme les anciens Romains, ont un faible pour les fils de perles ou de pierres précieuses, qu'ils font complaisamment tinter à chacun de leurs mouvements.

Chinoises ou Mandchoues, toutes les femmes portent des épingles à cheveux et des boucles d'oreilles à motifs compliqués et très ouvragés. On s'en rendra compte en jetant un coup d'œil sur les deux épingles à cheveux en argent doré de la figure 211; aux têtes en forme de dragon et ornées de plumes de martin-pêcheur sont suspendus des fils de perles fausses qui soutiennent des plaques de filigrane également incrustées de plumes. Le collier d'argent doré qui les entoure était destiné à un enfant chinois ; il est en forme de serrure et doit attacher l'enfant à la vie ; ce pendentif porte en repoussé une scène taoïste incrustée d'émaux translucides ; parfois encore, on voit un léger médaillon d'argent doré, portant inscrit en bosse, comme talisman, quelque formule de bon augure ou une image du dieu de la longévité. Le collier comme les épingles à cheveux proviennent de l'Exposition d'Amsterdam (i883).

Les deux exemplaires suivants (fig. 212) ont la même origine. Le diadème nuptial est en filigrane à jour avec un ornement rapporté en forme de pavillon de temple ; on distingue aussi des dragons et des phénix ornés de plumes de martin-pêcheur et de perles, ainsi que des pompons et des glands en soie de couleur. La châtelaine qui se trouve au-dessous se compose de chaînes de métal doré et de boucles auxquelles sont suspendus divers ustensiles de toilette en argent doré. En Chine, on porte ce bijou sur la poitrine. Les vieux savants eux-mêmes épingient une châtelaine au pan de leur robe de soie pour mettre en valeur soit une vieille monnaie de bronze à la patine intéres-

santé, soit un morceau de jade sculpté rongé par le temps et découvert dans quelque tombe antique.

Les illustrations suivantes montrent deux de ces diadèmes chers aux dames mandchoues de haut rang attachées à la cour de Pékin. Le premier (fig. 21 3) est monté sur un treillis intérieur noir formé de fils de fer recouverts de soie et de morceaux de satin découpés en forme de feuilles ; la face est recourbée, la couronne plate; l'artiste l'a enrichi de bandes découpées à jour et de médaillons de métal doré incrustés de plumes de martin-pècheur et rehaussés de jadéite verte, d'améthyste, d'ambre et autres pierres précieuses, de corail et de perles artificielles ; les rubans et les médaillons filigranes ont la forme de chauves-souris, de pêches et de fleurs de pêcher, détachées sur un fond de feuilles au moyen de fils de fer. La « coiffure de cérémonie » de la figure 214 quitta le Palais d'Eté de Yuan Ming Yuan en 1860; elle est en argent doré travaillé à jour, avec des figures taoïstes, des fleurs, des papillons et autres insectes, incrustés de plumes bleues, montés sur des fils de fer et irrégulièrement semés de perles et de grains de corail; des fils de perles y sont suspendus.

Achevons ce rapide coup d'œil sur la bijouterie chinoise en nous occupant d'un vase orné de pierreries (fig. 21 5) ; la forme comme les motifs en sont assez curieux. Il est en argent doré et orné d'imitations de pierres précieuses et de panneaux représentant des fleurs incrustées d'émaux vitrifîables. La partie supérieure du vase s'ouvre et se ferme comme les pétales d'une fleur de lotus ; le pied en forme de coupe est ciselé et côtelé.

On le destinait probablement à contenir les fleurs de ïolea fragrans — jasmin — que les Chinois ont coutume de placer sur les tables pour parfumer la pièce \

I. On fait également de petits étuis en filigrane d'or et d'argent d'un travail très fin qu'on porte à la ceinture et qu'on remplit de ces fleurs odorantes ou d'un sachet parfumé qui remplace les fleurs.

Le mot tissu, dans son sens le plus large, s'applique à toutes sortes d'étoffes tissées au métier, quelle qu'en soit la matière première.

La Chine use surtout de la soie, qu'elle tire à la fois de vers à soie non domestiqués et de l'espèce commune du bombyx mori : celui-ci se nourrit de feuilles de mûrier; toute femme chinoise a pour premier devoir d'en faire l'élevage.

C'est en Chine que la sériciculture a pris naissance^ ; son origine, d'après les Chinois, remonterait aux âges les plus lointains. L'impératrice Si Ling che, femme de Houang Ti, aurait inventé cet art quelque 3ooo ans avant Jésus-Christ; elle aurait de même découvert le métier à tisser. On l'a divinisée sous un nom qui rappelle ses mérites; aujourd'hui encore l'impératrice prend part à son culte dans une cérémonie dont la cueillette des feuilles de mûrier constitue le principal rite : si l'empereur, en tant que premier laboureur, trace un sillon au printemps de l'année, l'impératrice, de son côté, vient poser en personne sur l'autel une offrande de feuilles de mûrier pour faire honneur à la sériciculture ^

I. Ce point semble aujourd'hui acquis. L'origine de la soie a donné lieu aux fables les plus contradictoires ; nous rappellerons seulement la légende persane d'après laquelle le premier couple de vers à soie aurait germé parmi la vermine qui pullulait sur le corps de Job. — N. d. t.

1. Le Tcheou-li nous apprend que sous la dynastie des ïcheou, l'impératrice élevait dans ses appartements des vers à soie qui donnaient la matière

28o L'ART CHINOIS

La Chine fut d'abord connue en Occident sous un nom dérivé du mot soie. Ce produit gagnait alors FEurope par voie de terre. Son nom chinois était sseu (en coréen sir); les anciens Grecs en firent <T7)p; le peuple qui le fabriquait devint les Syipss, la matière même o"Ajpu6v, d'où le latin sericum (anglais silk). On trouve la première mention des vers à soie dans Aristote^

La soie grège importée d'Orient aurait d'abord été tissée, en gazes très fines, dans File de Gos, près de la côte d'Asie Mineure. Les Ghinois gardaient très jalousement les secrets de leur art, mais la tradition veut qu'une princesse chinoise ait apporté à Khotan, vers la fin du premier siècle avant Jésus-Ghrist, des œufs de vers à soie cachés dans sa coiffure : c'est ainsi que les précieuses chenilles se seraient répandues aux Indes et en Perse. Les vers à soie arrivèrent à Byzance sous le règne de Justinien, vers l'an 55o après Jésus-Ghrist : deux moines nestoriens, qui avaient appris au cours d'un long séjour en Ghine tous les procédés d'élevage, de filage et de tissage, apportèrent des œufs dissimulés à l'intérieur des bambous qui leur servaient de cannes.

La Ghine fut sans contredit le premier pays qui ornât de dessins ses tissus de soie.

« Les Seres, constatatait vers la fin du iii^ siècle le moine Dionysius Periegetes, fabriquent de précieux vêtements à ramages qui ressemblent pour la couleur aux fleurs des

employée pour tisser les vêtements des sacrifices. Parmi les fonctionnaires de la cour, on comptait : le Préposé aux plantes textiles, le Préposé aux plantes de teinture, les Bouilleurs de soie, les Teinturiers et Brodeurs l'Assortisseur des couleurs, etc.

On trouve également dans le Tcheou-li et dans ses commentateurs des indications sur les plantes textiles et sur les plantes de teinture, sur la préparation de la soie et sur les époques les plus favorables pour la travailler. — N. d. t.

I. M. MiGEON rappelle d'autre part [les Arts du Tissu, p. 9) que le tissu de soie, nécessairement chinois, était déjà connu sous Alexandre, puisqu'on sait que son général Nearchos s'en vêtait. — N. d. t.

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Fie. 217. VELOURS BLEU FONCE. PIVOINES, CHUYSANTHEMES

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