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Période classique^ 265-960 après Jésus-Christ

3. — Période de développement et de décadence^ 960-1643 après Jésus-Christ.

I. Période primitive jusqu^à 264 après Jésus-Christ. — On attribue généralement l'invention de la peinture, ainsi que nous l'avons vu, à Ghe-houang, ministre du légendaire Empereur Jaune ; mais nous ne savons rien des œuvres exécutées à une époque si reculée.

Les vêtements et les coiffures d'apparat, les bannières et les étendards symboliques dont on usait dans les cérémonies publiques et religieuses étaient, assure-t-on, tantôt peints en couleurs sur de la soie unie, tantôt tissés et brodés ; mais cette distinction n'est pas toujours bien nette dans les documents primitifs ^

La peinture murale fut sans doute Tune des premières que Ton pratiqua. Les annales chinoises parlent fréquemment d'empereurs primitifs qui faisaient orner de peintures les

I. On consultera utilement le Tcheoii li, « Rituel de la dynastie des Tcheou )) (traduction française de Biot), en ce qui concerne les règlements relatifs à l'application et à l'arrangement des couleurs, promulgués au xii** siècle avant Jésus-Christ.

murs de leurs salles d'audience; les sujets de ces fresques semblent avoir été analogues à ceux des bas-reliefs que nous avons reproduits quand il a été question delà sculpture sur pierre. La Vie de Confucius^ attribuée à l'un de ses disciples, raconte la visite que fit le sage en l'an 617 avant Jésus- Christ au palais de King Wang, de la dynastie Tcheou, à Lo-yang. Il aurait vu, sur les murs delà salle d'audience, les portraits des empereurs primitifs Yao et Ghouen ainsi que les figures des tyrans Tcheou et Kie, les derniers princes dégénérés des dynasties Hia et Chang; ces portraits se distinguaient par leur expression vertueuse ou dégradée ; ils portaient des inscriptions de louange ou de blâme. Derrière le trône, le duc de Tcheou était représenté assis, son petit-neveu le roi Tch'eng sur ses genoux, et donnant audience aux princes féodaux (voir fig. 5). Confucius, rapporte son biographe, contempla tout cela en un silence ravi, puis se tournant vers sa suite : « Vous voyez là, dit-il^ corn-ment la maison de Tcheou devint si puissante. De même que nous nous servons d'un mii'oir de bronze pour réfléchir une scène qui se passe à V instant, de même U antiquité peut être reproduite pour servir de leçon à la postérité. »

Déjà les peintres primitifs avaient choisi le tigre et le dragon comme sujets favoris.

On peignait le tigre sur l'écran de maçonnerie placé devant la porte des tribunaux; il s'agissait, dit-on, de frapper de terreur les assistants ; quant au dragon, les odes antiques [Che king, I, xi, 3) nous le représentent décorant le double bouclier qui, dressé sur le fond des chariots de guerre, protégeait les combattants contre les traits de Tennem.i. Le phénix n'apparut qu'ensuite ; on le représenta tout d'abord comme un aigle colossal emportant dans ses griffes formidables des animaux de grande taille ^ Dans la

I. Cet oiseau fabuleux rappelle le griffon grec, le garuda hindou et le rukh persan.

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suite, on le décora de plumes de paon : il devint le fonghouang typique, signe particulier de l'Impératrice de Chine. On ne négligeait pas non plus le dessin d'architecture : le Che ki rapporte, dans la biographie de Ts'in Ghe Houang (221-210 av. J.-C), que le ce premier empereur universel », après avoir successivement vaincu tous les princes féodaux, fit faire des dessins de leurs palais afin de pouvoir les reconstruire sur les pentes septentrionales du parc de son palais neuf à Hien-yang.

Les d^aïasties des Han, qui succédèrent à celle des Ts'in, virent un remarquable développement de la peinture ; tous les genres se développèrent à la fois ; l'Encyclopédie de Kang-hi cite, d'après les annales contemporaines, des galeries pleines des portraits de ministres célèbres, de généraux fameux, de dames de la Cour, de savants et de divinités taoïstes.

Les peintures bouddhistes apparaissent sous le règne de Ming Ti (08-75 de notre ère) ; on sait qu'une mission spéciale venait en effet de rapporter de Tlnde les vénérables spécimens de cet art nouveau.

La plupart des tableaux primitifs décoraient les murs des temples et des palais ; ils ont péri avec ces édifices ; la littérature seule nous a transmis leur souvenir. Ils étaient généralement exécutés par des artistes attachés au palais ; on demandait également à ces artistes des illustrations en couleurs pour les livres classiques et pour les ouvrages d'histoire, des dessins de vases rituels et des plans de guerre, des cartes de géographie, des diagrammes astrologiques et astronomiques, etc.

Quant aux peintures historiques, les annales des Han, au cours de la biographie de Sou Wou, parlent d'un intéressant portrait : « Sous le règne de Siuan Ti de la dynastie des Han^ dans La troisième année (5i av. J.-C.) de l'époque kan-lou.

LA PEINTURE 3ii

le Chan-yu [chef des Turcs Hiong-nou) vint pour la première fois à la Cour. Vempereur^ admirant la beauté superbe de ce guerrier^ fit peindre son portrait dans le Pavillon de la Licorne., au Palais. C'était une image artistique de sa forme et d.e ses traits ; une inscription mentionnait son rang., ses dignités, ainsi que son nom de tribu et son nom personnel^ . »

Les deux peintres les plus renommés du ii^ siècle de notre ère furent Ts'ai Yong (133-192), à la fois haut fonctionnaire, poète, musicien, peintre et cailigraphe, qui, attaché au service de l'empereur Ling Ti, peignit pour lui maint personnage illustre en accompagnant les portraits de vers de sa composition -, et Lieou Pao, gouverneur de la province de Sseu-tch'ouan, renommé pour ses paysages: « Ses tableaux de plaines embrasées causaient une impression de chaleur étouffante^ tandis que ses champs balayés par le vent du nord donnaient le frisson, »

Puis vint Tchou-ko Leang (181-234 ap. J.-C), qui soumit les peuples frontières du Sud-Ouest de la Chine ; il gagna à la civilisation nouvelle les sauvages tribus aborigènes du Tibet et des États Ghans par ses seules peintures qui, dit-on, firent sur eux unegrande impression. Il peignaitsurtout: le ciel

1. Ce même personnage revint en qualité d'ambassadeur en 33 avant Jésus-Christ ; il reçut en mariage une femme du sérail impérial, nommée Tchao kiun, qui devait devenir plus tard une des héroïnes favorites du théâtre dramatique et dont l'histoire a été traduite par Sir John Davis, sous ce titre : The Sorj^ows of Han. L'Encyclopédie en donne une esquisse que l'on peut trouver au nom de Mao Yen-cheou, le peintre de portraits.

« IJ Empereur Yuan Ti avait tant de concubines dans son harem qu'il ne connaissait même pas de vue certaines d'entre elles. Il chargea ses artistes de peindre leurs portraits et sa faveur leur fut acquise. Toutes les dames du palais corrompirent leur peintre, à l'exception de Tchao kiun qui s'y refusa et ne vit donc jamais l'empereur. Plus tard, quand le chef Hiong-nou vint à la Cour chercher une beauté comme épouse, l'empereur choisit Tchao kiun d'après son portrait, mais il s'en repentit lorsqu'elle vint lui demander une audience d'adieu et qu'il vit pour la première fois ses charmes incomparables. Le contrat était signé et il était trop tard pour se dédire; mais la justice s'empara de Mao Yen-cheou et de ses peu scrupuleux confrères qui furent exécutés le même jour sur la place du palais. »

2. On connaît surtout de Ts'ai Yong un album intitulé Lie niou tchouan. « le Livre des Femmes Vertueuses )>. — A'', d. t.

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et la terre, le soleil et la lune, le souverain et ses ministres, les cités et les palais ; les dieux du ciel et les dragons ; les animaux domestiques, bœuf, cheval, chameau, chèvre ; les cortèges de vice-roi, avec cavaliers porteurs de drapeaux et de bannières ; des troupes d'étrangers conduisant des bœufs chargés de vin, et apportant de l'or et des objets précieux.

Ts'ao Fou-hing, plus célèbre encore que Tchou-ko Leang, dont il était presque le contemporain, est considéré comme le premier des maîtres primitifs de l'art chinois ; c'est son nom qui vient en tète de la liste dressée par l'empereur K'ang-hi. Originaire de Wou-hing, le moderne Hou-tcheou fou de la province du Tcho-kiang, il fut attaché à la cour de Souen K'iuan, chef de la principauté de Wou. Ses dessins de dragons et d'animaux sauvages et domestiques jouissaient d'une grande réputation, ainsi que ses scènes à personnages.

On a conservé de nombreuses légendes sur les merveilles de son art. Ayant à peindre un écran, il y fit une tache par mégarde et la changea en mouche avec tant d'adresse qu'en Tapercevant l'empereur essaya de la chasser avec sa manche. Une autre légende conte dans le plus grand détail qu'au dixième mois, pendant l'hiver de l'année 238 de notre ère, on vit un dragon rouge fondre du haut du ciel et nager çà et là dans le lac ; Fartiste en put dessiner les formes et Fempereur écrivit sur le tableau une inscription laudative ; deux siècles plus tard, après une sécheresse prolongée et de nombreuses prières sans résultat, on sortit enfin le tableau, on le déroula au-dessus de l'eau : des nuages s'amassèrent aussitôt dans le ciel et furent bientôt suivis d'une pluie abondante comme si elle avait été appelée par un dragon vivant \

I. Le lecteur curieux d'anecdotes de ce genre sur les peintres chinois consultera avec intérêt l'excellent ouvrage de Giles : An Introduction to the History of Chinese Pictorial Art. (Chang-hai, iQoS.) — N. d. t.

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Cavalier Taiigut revenant de la chasse. (Collection Bushell.)

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