FIG. '235. LI\ LEANG. XV^ SIECLE AP. JÉSL S-CHIÎIST
Oies sauvages et roseaux, British Muséum.
Long, loi ceiil. 4 10, lai g. TU cent. 4; 10.
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LA PEINTURE 3i3
Les aquarelles de cette époque étaient généralement peintes sur soie. Kou K'ai-tche, dans un traité sur la peinture écrit au iv^ siècle, nous dit avec quel soin lui-même choisissait toujours pour cet usage un tissu serré d'un mètre environ de largeur, et dont la trame égale ne courût pas le risque de se détendre. Quand le tableau était terminé, on le collait sur du papier épais, avec bordure de brocart, monté aux deux bouts sur des rouleaux en bois aux extrémités revêtues de métal ; et quand on le roulait, on Tattachait au moyen de cordons de soie qu'assujettissaient des ferrets de jade ou d'ivoire \ La forme ordinaire était le kiuan ou volumen^ le makimono des Japonais, dont la longueur allait de 3o centimètres à une quinzaine de mètres, ce qui est la longueur d'une pièce de soie ordinaire. On Tétendait horizontalement sur la table et on y peignait une ou plusieurs scènes, en laissant au bout un espace pour les cachets, les inscriptions, et les appréciations critiques. Il existait une seconde forme de tableau, le rouleau suspendu {kakémono des Japonais), généralemement plus court et peint dans le sens verticale
1. Dans son mémoire présenté au Congrès des Orientalistes (Paris, il M. HiRTH fait remarquer qu'avant la dynastie des Tsin on s'intéressait peu à la monture des peintures et dessins. Cet art n'atteignit ses raffinements qu'à partir du règne de l'empereur Wou ti (627-650 apr. J.-C), — N. d. t.
2. Les Chinois ont sans doute commencé à écrire et à peindre sur bambou. Ils divisaient la tige en morceaux de 3o centimètres environ qu'ils fendaient ensuite dans le sens de la longueur pour former des tablettes de dimensions diverses. Pour y graver des caractères, ils se servaient d'un style de bronze, et pour peindre, d'un roseau trempé dans la laque noire, jusqu'au jour où apparut le pinceau, pi, dont l'invention est attribuée à Mong T'ien, qui mourut en 209 avant Jésus-Christ.
Les Taoïstes, au lieu de bambou, employaient souvent des panneaux de bois de pêcher, leur arbre sacré.
Les traditions veulent que le premier papier ait été fabriqué par Ts'ai Louen, chambellan de l'empereur Ho Ti des Han (Sg-ioS ap. J.-C), à l'aide d'écorce, de filets de pêche en chanvre et d'autres matières fibreuses réduits en pâte dans des mortiers de pierre. Depuis cette époque, le papier fut d'usage fréquent chez les peintres ; ils ne lui préférèrent que la soie.
Les Chinois ont d'ailleurs employé, pour la fabrication du papier, bien d'autres fibres végétales, déchets de soie, coton, bambou, roseau commun, paille, mûrier à papier [broussonetia papyrifera), moelle de Varalia papyri-
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II. Période classique (265-960 ap. J.-C). — La dynastie des Tsin commença à régner en 266 ; elle établit sa capitale à Kien-ye, le Nankin moderne, en 817 et y résida jusqu'en 4^9? sous le nom de « Tsin de l'Est ». La culture et l'art chinois transportèrent alors leur terre d'élection vers le Sud, tandis que le Nord tombait sous le joug des envahisseurs tartares. Mais ceux-ci fur^ent ébranlés par une nouvelle vague d'influence bouddhiste : une école d'art naquit à son tour et se développa chez eux. D'où la distinction d'une école du Nord et d'une école du Midi V
Deux artistes de la dynastie des Kin, Wei Hie et Kou K'ai-tche, figurent sur la liste de K'ang-hi.
Wei Hie était élève de Ts'ao Fou-hing. Il savait donner aux figures qu'il peignait une telle intensité d'expression, que lui-même n'osait pas, dit-on, achever de leur donner la vie en leur peignant les yeux, de peur de voir ses personnages s'animer et sortir de la toile ^. Il excellait à représenter les divinités taoïstes et bouddhistes, et fut le premier artiste chinois à signer de son nom un tableau bouddhiste.
fera. Des artisans chinois de Samarcande firent, au vii^ siècle, du papier de coton ; les Maures d'Espagne l'introduisirent en Europe.
L'amateur d'art chinois doit posséder quelques notions sur les divers papiers; ceux-ci diffèrent selon les époques et les régions; leur connaissance est importante quand il s'agit de s'assurer de l'authenticité d'un tableau.
I. Cette distinction est encore plus sensible dans l'histoire de la peinture japonaise.
1. Ce trait est généralement prêté à Kou K'ai-tche. Dans sa traduction de la biographie de Kou K'ai-tche, tirée du Tsin chou, chap. xcii, et publiée dans le T'oiing pao, année 1904, p. 325, M. Chavannes en donne une explication toute différente : l'artiste n'aurait retardé le moment où il peignait les prunelles de ses portraits que pour faire pression sur la bourse de ses modèles et en tirer un peu plus d'argent. Cette version est également adoptée par M. GiLES (Zoc. cit.). M. Hirth, dans une note additionnelle de ses Scraps from a Collecto?''s Note Book {T'oiing pao, 1906, p. 490), s'élève contre une interpritalion aussi défavorable. La notice qu'il consacre à Kou K'ai-tche [loc. cit., p. 423) donne de cette particularité l'explication même que M. Bushell reproduit ici en l'attribuant à Wei Hie. M. Pelliot [Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, t. ix, p. 673, n<^ i) a montré que M. Hirth avait raison. — N. d. t.
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Son chef-d^œuvre était un tableau représentant les Sept Anciens Bouddhas.
Il peignit aussi le festin de Mou Wang dans le paradis au lac de jade de TOuest; puis, plus tard, une suite de scènes historiques destinées à illustrer le Che ki^ dont M. Ghavannes a entrepris la traduction française.
Kou K'ai-tche était originaire de Wou-si, près du Nankin actuel ; son érudition était aussi fameuse que son talent artistique, pourtant hors de pair, et qui dépassait même celui de son maître Wei Hie. Le champ en était très vaste. Kou K'ai-tche exécuta tour à tour des portraits d'empereurs, d'hommes d'Etat et de dames de la Cour ; des scènes historiques ; des tigres, des léopards et des lions ; des dragons et autres animaux légendaires ; des oies sauvages, des canards, des cygnes ; des étendues de plaines couvertes de roseaux et des paysages de montagnes. Il peignait généralement sur soie, mais se servait aussi parfois de papier blanc fabriqué avec du chanvre. Parmi ses œuvres les plus remarquables, on cite un écran représentant un lac avec des oiseaux aquatiques, et des éventails gracieusement décorés déjeunes femmes de haut rang. Il aborda aussi les sujets bouddhistes ; certain récit rapporte qu'au jour de l'ouverture du Wa Kouan Sseu, monastère bâti à l'époque hing-ning (363-365), le peuple se pressa en foule pour venir admirer sa figure de Vimalakîrti ; la réputation de cette seule peinture remplissait le temple de visiteurs et rapporta un million au trésor. L'artiste avait inscrit cette somme en regard de son nom sur la liste de souscription qui circulait pour aider à construire l'édifice. Quand les moines vinrent recueillir l'argent, il leur dit : « Préparez un mur, fermez la porte pendant un mois et attendez. » L'affluence des visiteurs lui permit d'acquitter sa dette. Il avait d'abord attiré l'attention en exécutant sur un mur de village le portrait d'une jeune fille dont il était amoureux. Versé
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dans la science de l'envoûtement, il piqua le portrait avec une épine, dans la région du cœur ; la jeune fille, atteinte d'une grande douleur, se hâta de lui accorder sa main ; la douleur disparut dès que l'artiste eût enlevé l'épine.
Le British Muséum possède une œuvre de Kou K'ai-tche sous forme d'un rouleau de soie brune de 20 centimètres de large, sur 3 ™. 5o de long; c'est un document très important pour l'histoire de la peinture ; M. Binyon l'a décrit dans tous ses détails dans le Burlington Magazine (janvier 1904).
Il n'existe aucune raison de douter de l'authenticité de ce tableau ; il est signé par Fauteur et accompagné d'une série de cachets des collections impériales et d'attestations délivrées par les critiques célèbres qui eurent l'occasion de l'étudier. Son titre est : Illustrations destinées aux Exhortations de la Dame Historienne. Il se rapporte à un célèbre ouvrage composé par Pan Tchao, femme d'une grande érudition et sœur de Pan Kou, qui vivait au premier siècle de notre ère. Ce tableau est cité dans le Siuan ho houa p'ou, catalogue du xii^ siècle, au nombre des neuf toiles de Kou K'ai-tche qui se trouvaient à cette époque au palais de K'ai-fong fou*; il doit provenir du palais de Pékin, ainsi que le prouvent des
I. M. Chavanis'es qui, après M. Giles, étudia cette peinture, confirme les conclusions de M. Binyon : « Il faut désormais, dit-il, renoncer à considérer VInde comme la première inspiratrice de l'art chinois. Sans doute, le Bouddhisme a pu introduire en Extrême-Orient des symboles, des légendes et enfin un enthousiasme religieux qui ont singulièrement augmenté le contenu de l'art; mais il n'en reste pas moins indéniable que les Chinois ont eu un génie propre dont le pur et iiitense rayonnement, indépendant de toute influence étrangère, se manifeste dans la belle œuvre de Kou K'ai-tche. Pour l'histoire de lart, comme pour toute autre science, rien ne vaut un fait bien établi ; le tableau qui vient d'entrer au British Muséum est le fait fondamental qui devra être dorénavant le point de départ de toutes nos discussions sur révolution de la peinture en Chine. » [T oung-pao. 1904, p. SaS.)
Dans un second article {T'oung pao, 1909, pp. 76-96), M. Chavaivnes a démontré que la peinture de Kou K'ai-tche n'avait aucun rapport avec les Avertissements aux femmes de Pan Tchao, mais qu'elle était destinée à illustrer les Avertissements de l'institutrice du palais.^ opuscule de Tchang Houa (232-300 apr. J.-C). — N. d. t.
inscriptions de l'empereur K'ien-long, datées de 1746, écrites de sa main et marquées de ses sceaux. Sur le long rouleau de soie brun sombre, se succèdent huit scènes en couleurs, destinées à illustrer les Exhortations de Pan Tchao, et portant des extraits appropriés des œuvres de l'historienne, sans doute tracés d'abord en caractères du temps mais retouchés plus tard au pinceau. Au bout du rouleau se trouve la signature de Kou K'ai-tche.
Qn trouvera dans le Burlington Magazine des reproductions satisfaisantes de trois de ces épisodes. Celui que nous donnons ici [Çig. 280) permet de se rendre compte de la délicatesse et du beau mouvement de pinceau qui caractérisent l'artiste. On y voit la « dame historienne » Pan Tchao, en costume de Cour avec de longs vêtements flottants, tenant un pinceau dans la main droite et écrivant ses Exhortations destinées aux concubines impériales. En haut, à gauche, un cachet impérial avec cette inscription : Tien tseu kou hi^ « Une antiquité précieuse parmi les Fils du Giel^ » ; au-dessous, à droite, le cachet privé de Hiang Yuan-p'ien^ célèbre critique d'art du xvi^ siècle, avec son nom littéraire Mo-lin chanjen « habitant des montagnes de Mo-lin ». Ce tableau, remarque M. Binyon, est rœuvr,e d'un grand peintre qui florissait 900 ans avant Giotto. Pourtant rien de primitif en lui, son art dénote une époque de raffinement, de pensée, et de grâce civilisée. Une telle maîtrise suppose une longue élaboration de siècles nombreux. La phrase dont usait l'artiste lui-même pour définir le but de la peinture : « noter le vol du cygne sauvage » prouve combien l'art chinois se préoccupait déjà du mouvemement et de la vie des animaux et des plantes ; il n'est pas éton-
1. Les deux caractères kou hi, ainsi que le fait observer M. Giles, signifient ordinairement l'âge de soixante-dix ans, comme dans le vers du poète Tou Fou : « Des temps les plus anciens jusqu'à nos Jours, les hommes de soixante-dix ans furent rares. »