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Cf. mon Oriental Ceramic Art, p. i34. — N. de l'a

3i8 L'ART CHINOIS

liant que pour traiter ces sujets particuliers, les peintres d'Extrême-Orient soient parvenus à une si remarquable supériorité sur ceux d'Europe.

Le peintre et critique Sie Ho devait formuler un peu plus tard, sous la dynastie méridionale des Tsi (479"5oi ap J.-G). les six fameux canons [lieou fa) de la peinture chinoise.

Ce sont : la vitalité rythmique, la structure anatomique, la conformité avec la nature, l'harmonie de la couleur, la composition artistique, la perfection du fini ^

« Ainsi, dit M. Binyon, trouvons-nous exprimée et acceptée en Chine à une époque si reculée la théorie des lois essentielles de la peinture, lois qu'aucun autre temps et qu aucun autre peuple ne semblent avoir comprises avec autant de clarté ni appliquées avec autant de fidélité. Ces six canons du P siècle ne faisaient que cristalliser un idéal dont s'étaient déjà inspirés bien des artistes antérieurs . Et la façon dont ils furent universellement et facilement acceptés prouve qu'ils étaient bien dans l'essence de la race et de Vesprit chinois. La théorie soutenue par le D' Anderson et d'après laquelle la peinture chinoise devait son existence virtuelle à Vinspiration des images et des tableaux bouddhistes importés de Vlnde, devient dès lors absolument caduque. Prétendre qu'une race, qui n' a produit aucun art vraiment digne de ce nom, ait pu créer et vivifier Vart d' une race remarqua-^ ble par la pureté et la puissance de ses sentiments artistiques y semble une opinion non seulement gratuite mais condamnable. L'existence de ces six canons, avec les idées sur Vart qui en découlent, suffirait déjà à rendre improbable une telle sup-

\. M.HiRTH, d'après Tchang Yen-yuan [Li tai niing hoiia ki , chap. i, p. i5), traduit ainsi ces six canons : l'Elément Spirituel, le Mouvement de la Vie, — le Dessin Anatomique par le Pinceau, — la Correction des Contours, — la Couleur correspondant à la Nature de l'Objet, — une Division correcte de l'Espace, — la Copie des Modèles.

La version reproduite par M. Bushell dans le présent ouvrage est cellede M. GiLEs {îoc. cit., p. a8). — N. d. t.

LA PEINTURE Sig

position^ que la connaissance des tableaux de Kou Kai-tche achève de rendre tout à fait absurde. Les œuvres hindoues^ — les fresques qui recouvrent les murs des grottes d'Ajanta^par exemple^ pour imposantes qu^elles soient^ manquent entièrement de ces qualités essentielles, de mouvement de composition et d'unité synthétique qui ont toujours distingué les Chinoise »

L'éminent critique japonais Kakasii Okakura, dans son Ideals ofthe East , dit de son côté (p. 02) :

« Dans les six canons de la peinture du \^ siècle, Vidée de la représentation de la Nature passe au troisième rangy cédant le pas à deux autres principes primordiaux. Le premier est « le Mouvement de la Vie dans VEsprit au moyen du Rythme des Choses ». Le second traite de la composition et des lignes et se formule : « la Loi des Os et du Pinceau ». Selon ces lois, V esprit créateur, lorsqu'il conçoit un tableau, doit s' appliquer à la structure organique. »

Le souci de la ligne et de la composition a toujours apparu comme la grande force de l'art chinois. Le calligraphe est convaincu que chaque coup de pinceau porte en luimême son principe de vie et de mort, et que ses combinaisons avec les autres lignes viennent augmenter la beauté formelle des idées qu'il veut exprimer. De même, la perfection, pour un grand peintre, réside-t-elle dans l'expression des lignes et des contours, chaque ligne possédant par ellemême sa beauté abstraite.

I. Cette opinion de M. Binyon semble parfaitement justifiée. L'art chinois nous apparaîtra de plus en plus original à mesure qu'on le connaîtra mieux.

On ne saurait toutefois accorder une grande valeur démonstrative aux six canons cités plus haut. Il faut y voir surtout un exemple du goût méticuleux que les Chinois ont toujours eu pour les classifications. Ces canons servaient en réalité à diviser les peintres en six classes, selon qu'ils s'en étaient plus ou moins bien inspirés.

De même, sous les Han, distinguait-on neuf classes de Beaux-Esprits, depuis les Saints des Saints jusqu'aux Sots. Les calligraphes ont fait l'objet de classements aussi minutieux, qui furent ensuite étendus aux peintres et qu'on leur applique encore aujourd'hui. — N. d. t.

Lou T'an-wei, qui vient ensuite sur notre liste, fut l'artiste le plus distingué de la première dynastie des Song (420- 478 ap. J.-C). Il excellait dans les portraits, fut attaché à la Cour et reproduisit les traits des empereurs, des princes et autres personnages célèbres de son temps. On raconte aussi qu'il peignit à coups de pinceau vigoureux « aussi nettement tracés que s'ils avaient été burinés à Vaide d'une alêne », des groupes de chevaux, de singes, de canards en train de se battre et d'autres oiseaux et insectes, sans compter des paysages hardiment dessinés^ et des scènes à personnages.

Le Siuan ho houa p'ou le représente comme singulièrement versé dans les six canons de son art, et le classe parmi les peintres de sujets taoïstes et bouddhistes ; voici la liste de dix de ses tableaux qui se trouvaient alors dans le palais (xif siècle) : Amitâbha, le Pays du Bouddha, Manjuçri^ Vimalakirti, Devarâja a la Pagode, Devarâja de la porte du Nord y Devarâjas^ Portrait de Wang Hien-tche, Cinq chevaux^ et le Bodhisattva Marichi,

La Chine était alors partagée entre les « dynasties du Nord et du Sud» ; le Nord était sous la loi des Tartares de la maison de Toba, sous le titre dynastique chinois de Wei (386- 549 ap. J.-G.) ; puis vinrent deux dynasties tartares de moindre importance, dont la seconde fut renversée par le fondateur de la dynastie Souei en 58i.

Le Bouddhisme traversa une période de faveur sous les Toba qui l'adoptèrent comme religion d'Etat; on peut se faire quelque idée de la technique religieuse du temps et de ses affinités hindoues d'après les sculptures sur pierre

I. Cependant, si l'on doit en croire Tchang Yen-yuan, ses paysages, ses arbres et ses plantes n'étaient pas très appréciés.

On admirait la sûreté avec laquelle il traçait d'un coup de pinceau des traits qu'une main moins habile n'eût pu tracer qu'en s'y reprenant plusieurs fois. Son mérite, comme peintre, égalait à ce point de vue celui de Wang Hi-tchc comme calligraphe. (Cf. Hirth, T^oung -pao, igoS, p. 429). — N. d. t.

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de nos planches 21 et 23. Encore ne faut-il voir là que des fragments singulièrement restreints si on les compare aux basreliefs gigantesques et aux fresques qui décoraient les monastères, tels que les décrit le Wei chou, histoire officielle de la dynastie, et que les représente M. Ghavannes dans le Journal asiatique (1902)^

La dynastie des Leang, contemporaine de celle des Wei, qui régna sur la Chine méridionale de 5o2 à 556 après Jésus- Christ et dont la capitale était Nankin, se distingua aussi par sa dévotion au Bouddhisme. Wou Ti, fondateur de cette dynastie, accueillit les nombreux missionnaires qui, de Flnde, se rendirent à sa Cour par voie de mer; parmi eux se trouvait le célèbre Bodhidharma, vingt-huitième patriarche hindou et premier patriarche chinois qui arriva en l'an 52o (voir fig. 237).

Le règne de Wou Ti fut illustré par l'artiste Tchang Sengyeou, le Chô-sô-yu des Japonais. Le pieux monarque l'attacha à la Cour, et le chargea d'exécuter de nombreux tableaux destinés aux temples bouddhistes qu'il avait fondés.

De Tavis unanime, Tchang Seng-yeou peut être classé au nombre des premiers maîtres, bien que son nom ne figure pas sur la liste impériale, fort brève il est vrai, que nous avons sous les yeux. 11 était éclectique dans ses sympathies; un jour, il peignit dans « la salle de TArbre de Vie » d'un vieux temple de Nankin une figure de Locanâ Vairotchana Bouddha en compagnie de Confucius et de dix sages de l'école confucianiste. L'empereur étonné, lui demandant pourquoi il avait représenté Confucius et ses sages à l'intérieur d'un temple bouddhiste: — « Ils serontutiles plus tard », répliqua l'artiste.

I. Les sculptures dans des grottes auxquelles Fauteur fait ici une brève allusion ont été récemment étudiées en détail par M. Ghavannes [Mission archéologique dans la Chine septentrionale, 1 albums publiés en 1909). — N. d. t.

Quatre siècles après, lorsque la dynastie postérieure des Tcheou proscrivit le Bouddhisme et détruisit tous les monastères et toutes les pagodes du royaume, ce temple seul fut épargné à cause de ses fresques confucianistes.

Un tableau célèbre intitulé a Groupe de Moines ivres » prouve que l'artiste n'était pas aveugle sur les petits faibles des religieux de son temps.

On raconte plus d'une légende sur son adresse merveilleuse à dessiner les dragons. 11 avait coutume de laisser les monstres incomplets en ne touchant pas à leurs yeux ; mais un jour, défié par des incrédules, il indiqua d'un trait les prunelles de deux dragons sur une fresque ; aussitôt les murs s'écroulèrent et les créations du peintre s'étant animées, s'envolèrent parmi des nuages, accompagnées d'éclairs et de tonnerre \

Yuan Ti, qui régna de 552 à 554 après Jésus-Christ, était lui-même peintre. Quand il était gouverneur de Tsing tcheou, avant de monter sur le trône, il peignit les « Tableaux des Porteurs de Tribut o [tche koiig fou) ; on y voyait en procession les représentants de plus de trente nations étrangères; c'est le premier exemplaire connu d'un sujet qui, par la suite, devait tenter de nombreux artistes chinois ^

Revenons à la liste de l'empereur K'ang-hi. Sous la dynastie des Souei(58i-6i8) qui redonna son unité à l'empire, et trans-

I. D'autres dragons, qu'il avait peints dans le monastère de K'ouen-chan, près de Sou-tcheou, se mirent un jour à donner des signes d'impatience pendant un orage : l'artiste fut obligé de peindre en toute hâte des chaînes pour les maintenir.

Des pigeons étaient venus habiter un autre temple et souillaient de leurs excréments les saintes images ; Tchang Seng-yeou n'eut qu'à représenter quelques faucons sur le mur pour que les pigeons irrévérencieux prissent la fuite. — A. d. t.

1. Yuan-ti périt tragiquement. Cerné par les troupes de la dynastie rivale dans sa capitale Nankin, il mit le feu à sa bibliothèque — qui ne contenait pas moins de 140.000 volumes — afin d'éviter que ses trésors littéraires et artistiques ne tombassent entre les mains ennemies. Lui-même fut fait prisonnier et mis à mort. — TV. d. t.

porta sa capitale à Tch'ang-ngan — le moderne Si-ngan fou au nord-ouest de la Chine — on cite quatre grands artistes. Deux d'entre eux, TongPo-jen et Tchan Tseu-k'ien, qui arrivèrent en même temps dans la nouvelle capitale, Fun venant du Hou-pei et l'autre du Kiang-nan, reçurent aussitôt des emplois à la Cour; ils fondèrent une nouvelle école qui, au cours de la dynastie suivante, devait donner ses chefsd'œuvre les plus parfaits. Aussi les représente-t-on généralement comme les ancêtres de la peinture des T'ang.

Le premier de ces artistes peignit des tableaux de chasse, des scènes rustiques, des pavillons, des portraits et les diverses transformations du Bouddha Maitreya.

Le second exécuta sur papier de chanvre blanc des scènes d'histoire et de légende et des épisodes de la vie de son temps; on y voit telles rues de la capitale avec des chars et des chevaux, des cortèges de fonctionnaires et des citoyens en vêtements de gala.

Le troisième, Souen Ghang-tseu, moins connu d'ordinaire, aimait à peindre de gracieuses jeunes filles, des génies légers sortant des bois ou des eaux; il est aussi l'auteur de figures de Vimalakîrti et d'autres saints bouddhistes.

Yang Ki-tan enfin exécuta la Réception du premier de V An au Palais, un Voyage impérial a Lo-yang et beaucoup d'autres tableaux du même genre. On peut juger du caractère naturaliste de son œuvre d'après l'anecdote suivante . Gomme il était en train de peindre les fresques d'une pagode , un camarade, artiste comme lui, sollicita la faveur de jeter un coup d'œil sur les dessins et les esquisses d'après lesquels il travaillait. Souen Ghang-tseu le conduisit aussitôt au palais et désignant les pavillons, les robes de brocart et les coiffures, les chars et les chevaux : — « Voici mes seuls modèles y>, lui dit-il.

Les monastères bouddhiques s'étaient transformés en autant d'écoles d'art qu'inspirait Tardent idéalisme de la

religion nouvelle. Leurs premières productions furent des œuvres de foi plutôt que des ouvrages d'art. Les pieux artistes retraçaient sur la soie cette contrée des songes mystiques à travers laquelle erraient leurs pensées, terre peuplée de ces apparitions divines que les ancêtres de leur race n'avaient point connues.

Un flot continuel de missionnaires venus d'Occident gardaient intactes les traditions hindoues; les noms de plusieurs d'entre eux figurent parmi les artistes chinois dans les listes de notre Encyclopédie. Il suffira de citer Tche-ti-tehou et Mo-lo-p'ou-t'i (Mâra Bodhi) qui vint de l'Inde sous la dynastie des Leang (5o2-556) ; Ts'ao Tchong-ta, originaire du royaume de Ts'ao (Boukhara), près de Samarcande ; Weiteh'e Po-tchena et son fils Wei-tch'e Yi-seng, « Wei-tch'e l'ancien et Wei-tch'e le jeune », rejetons de la maison royale de Khotan dans le Turkestan oriental^; le moine hindou Dharma-Koukcha (en chinois T'an-mo-tcho-tcha) et son collègue Kabodha (Ka-fo-t'o). Kabodha jouit successivement de la faveur de l'empereur Wei et du fondateur delà dynastie des Souei qui construisit pour lui le temple de la montagne de Ghao-lin-sseu. On vante ses tableaux représentant des personnages et des scènes de l'empire byzantin, qu'il appelait Fou-lin (voir p. 258), ainsi que ses dessins d'animaux étranges et d'esprits {kouei chen) terrestres ou célestes.

Nous arrivons maintenant à la dynastie des T'ang (618-906 ap. J.-C). La Chine entant que puissance asiatique atteignit alors son plus haut degré de splendeur : la littérature et la poésie étaient dans tout leur éclat, et les deux arts jumeaux, la peinture et le dessin, touchaient à la perfection. L'empereur K'ang-hi cite Yen Li-tô et Wou Tao-tseu, dans

I. L'oi-igine de ces deux pciotres a été discutée par M. Hirth [Toung pao, 1906, pp. 436 et 442). — N. d. t.

sa préface, comme artistes-types de cette dynastie; il n'en nomme point d'autres après eux.

Yen Li-tô florissait au vii° siècle de notre ère; c'était un important fonctionnaire attaché à la Cour du fondateur de la dynastie; en 63o, il fut nommé président de la commission des Travaux publics. Son frère cadet, Yen Li-pen, a aussi la réputation d'un bon artiste ; il lui succéda dans son emploi, en 657, et devint premier ministre sous le règne de Kao Tsdng, en 668.

Yen Li-tô peignit des tableaux taoïstes : les Immortels cueillant le Champignon de longévité, les Esprits incarnés des sept Planètes^ etc.; il exécuta en outre des scènes historiques, dont la plus célèbre est le Mariage de la princesse chinoise de Wen-tch' eng avec le roi du Tibet Srongtsan en 6^1 ^ et des dessins représentant des étrangers apportant des tributs; il passe pour avoir surpassé ses prédécesseurs des dynasties Wei et Leang. On lui doit également des tableaux de divers palais, des cérémonies et sacrifices impériaux, des batailles de coqs, et des oies sauvages en plein vol, destinées à illustrer les poèmes de Chen Yo.

Son frère fut plus fécond encore ; il traitait à peu près les mêmes sujets, si nous nous en rapportons à la liste de ses quarante-deux tableaux qui figurent dans le catalogue Siuan-ho (xii® siècle).

WouTao-yun, généralement connu sous son pseudonyme de Wou Tao-tseu (Go Dôshi en japonais) est, comme le remarque très justement le professeur Giles\ unanimement considéré comme le premier de tous les peintres chinois, anciens ou modernes. 11 naquit à Lo-yang, alors capitale de l'Est ^, et fut nommé peintre de la Cour par l'empereur Ming houang (718-755 ap. J.-C). 11 s'inspirait des

1. Introduction to the History of Chinese Pictorial Art. (Changhai, 1905.)

2. HiRTH et Cha VANNES lui donnent comme lieu de naissance Yangli, dans la province du Ho-nan. — N. d. t.

chefs-d'œuvre de Tchang Seng-yeou avec lequel il s'identifia même par la métempsycose. Lui-même fonda une école de paysage.

Lorsqu'il avait à peindre le portrait d'un général fameux^ il lui faisait exécuter une danse guerrière au lieu de le faire poser assis suivant la coutume; il obtenait ainsi des œuvres merveilleuses de mouvement et de vie. Ses scènes bouddhiques, dont la plus célèbre est Çâkyamoiini Bouddha entrant au Nirvana^ inspirèrent les artistes religieux primitifs du Japon ; il était également renommé pour ses divinités taoïstes, parmi lesquelles se trouvaient diverses représentations de Tchong K'ouei, le grand exorciste, le dompteur des démons malins.

L'Encyclopédie donne les noms de quatre-vingt-treize de ses tableaux, empruntés smSiuan ho houa pou^ catalogue de la collection impériale au xii^ siècle; on pourrait en citer bien d'autres.

De nombreuses légendes attestent son talent; le Catalogue of Chinese and Japanese paintings d'Anderson rapporte celle-ci :

« Dans le palais de Ming houang, les murs étaient d'une grande étendue; sur l'un de ces murs V empereur ordonna à Wou Tao-tseu de peindre un paysage. L'artiste prépara son matériel^ et cachant le mur derrière un rideau commença son œuvre.

« Lorsque, quelque temps plus tard, il tira le voile, un admirable paysage s étendait devant les yeux, avec des montagnes, des forêts, des nuages, des hommes, des oiseaux et tout ce qu'on peut voir dans la nature. Tandis que V empereur le contemplait avec admiration, Wou Tao-tseu, désignant un point du tableau, dit : — « Regardez cette grotte au pied de la montagne : c'est un temple; un esprit l'habite ». Puis, il frappa dans ses mains et la porte de la grotte s'ouvrit aussitôt. — c( L'intérieur en est incomparablement beau, continua

r artiste; permettez-moi de vous montrer le chemin^ afin que Votre Majesté puisse admirer toutes les merveilles quil renferme )). Il entra dans la grotte^ se retournant pour faire signe à son maître de le suivre^ mais la porte se referma brusquement avant que le monarque stupéfait ait pu avancer d'un pas ; le pat/sage tout entier s'évanouit^ laissant le mur aussi blanc quil Vêtait avant que le pinceau du peintre Veut touché. Et Von ne revit plus Wou Tao-tseu. »

Parmi les célébrités secondaires de la dynastie des T'ang, nous mentionnerons Wang Wei et Han Kan.

Wang Wei (699-769 ap. J.-G.) doit sa notoriété à ses dons littéraires autant qu'à son talent de peintre; on disait de lui que « ses poèmes étaient des tableaux et ses tableaux des poèmes*)). Il atteignit à la haute dignité de ministre. Mais il a surtout laissé le souvenir d'un bon peintre de paysages, q ui rivalisait avec la nature elle-même. Le paysage reproduit dans la figure 282 peut donner quelque idée de son talent; s'il n'est pas de W^ang Wei lui-même, son auteur s'est vanté dans une inscription d'avoir cherché à imiter la manière de ce peintre.

Han Kan, protégé de Wang Wei, fut lui aussi un peintre de valeur; il exécutait des portraits, mais excellait dans les chevaux. Quand il fut appelé à la Cour, l'empereur lui désigna un maître; mais il répondit : — « Les chevaux des écuries de Votre Majesté seront mes maîtres. )) Le British Muséum possède un de ses tableaux qui représente Un Rishi enfant à cheval sur une chèvre (fig. 28 1) et que M. Binyon décrit ainsi :

« Peinture représentant un esprit taoïste, sous la forme d' un petit garçon à cheval sur une chèvre des montagnes

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