LE CHRISTIANISME ET L'ART RELIGIEUX
dans les temples. L'auteur montre le caractère immoral de ces effigies el conclut qu'il est défendu à un chrétien d'exercer un art aussi trompeur : à celui qui désire le salut, la sagesse divine suffit1. De même dans les Stromates il soutient que l'art, à cause de son caractère matériel, ne peut être digne de Dieu, lui quoi, dit-il. une enceinte de pierre dressée par des artisans peut-elle être une œuvre sainte? Le temple digne de Dieu est la communauté des fidèles et sa véritable effigie n'est que dans lame du juste". Ce texte important semble impliquer une condamnation non seulement des idoles païennes, mais même d'un art religieux qui serait mis au service du christianisme.
Un peu plus tard, Tertullien (160-245) se place au même point de vue. Les arts sont pour lui une invention des démons, imaginée pour le culte des faux dieux8. 11 rappelle aussi la prohibition biblique, tout en essayant de justifier le serpent d'airain, ligure de la croix et la présence des chérubins dans le temple de Salomon \ Dans le traité De pudicitia, écrit sous l'influence des idées montanistes, il s'élève vivement contre l'usage de représenter le Bon Pasteur sur les calices, mais, comme 1 a l'ait remarquer un de ses commentateurs ', ce n'est pas précisément l'art religieux qu'il condamne, c'est lindnlgence, excessive à ses yeux, dont le Bon Pasteur est le symbole. Au contraire il se montre irréductible en face de 1 art païen et s'élève violemment contre les peintres d idoles qui conservent leur métier après s être convertis au christianisme6. Sans proscrire absolument l'art religieux, il ne se résout pas à le justifier. Il en est ainsi d'Origène 185-249) qui, comme Tertullien. se montre moins absolu que Clément d'Alexandrie, mais redoute les préoccupations absorbantes et étrangères à la foi qui s'imposent à un artiste 7.
Les Pères de 1 Eglise trouvaient même des arguments contre 1 art dans les écrits des païens et c'est à eux que nous devons la conservation cl un certain nombre de textes fort curieux, qui révèlent lexistence dans l'antiquité païenne d'un mouvement d'opinion opposé à l'idolâtrie. Six cents ans avant l'ère chrétienne les pbilosophes ioniens comme Xénophane ou Heraclite avaient condamné l'anthropomorphisme, et l'on a la preuve que le culte « aniconique » était aussi un des articles de foi des communautés pythagoriciennes.
De même pendant la période classique les protestations isolées ne manquent