LE COURANT MYSTIQUE
suprême, quelques-uns faisaient représenter dans 1rs églises qu'ils avaienl dotées une double effigie de leur personne : on voyait d'un côté le haut dignitaire avec les insignes officiels du sieele. de l'autre le même personnage recouvert de la « numdya » monastique dont il voulait l'aire sa dernière parure ici-bas1.
Il n est donc pas étonnant que les moines, devenus les directeurs de la pensée religieuse, aient introduit dans les églises l'art qui leur était familier. Mais il s'est trouvé en outre que cet art répondait dune manière merveilleuse aux aspirations nouvelles de la piété populaire. Le mouvement de mysticisme qui a ébranlé toute 1 Europe au xiv' siècle, s'est lait sentir aussi bien dans I empire grée qu en Occident. Ce fut des monastères de l'Athos que sortirent les Hésyebastes (Quiétistes) qui prétendaient, a I aide d un système de méditations et d exereiees, dont quelques-uns ressemblent à ceux des fakirs, parvenu* jusqu'à la contemplation divine et voir la lumière incréée qui parut sur le Thabor au jour de la Transfiguration. Attaqués par des humanistes comme Barlaam, ils se défendirent avec vigueur et mirent en déroute leurs adversaires : le triomphe du mysticisme dans 1 Eglise suivi! de près celui du monaehisme dans l'Etat". La littérature religieuse reflète ces tendances; les sermonnaires délaissent l'arsenal de la dialectique pour s'adresser au sentiment. Dans un sermon de Maxime Planudes 1260-1310) sur la sépulture du Christ, ee n'est pas l'idée du salut qui est mise en lumière, mais l'auteur décrit par le menu toutes les souffrances endurées par Jésus en y associant celles de Marie. La Vierge pleurant sur le cadavre de son fils énunière tous les supplices t[u il a subis et montre que chacun d'eux a été pour elle" la cause d'une douleur plus grande encore. L'idée d'une « Passion de la Vierge » parallèle à celle du Christ se dessine et plus tard l'art occidental la développera '. A cette méditation des épisodes de la Passion s'associe celle des « vingt-quatre stations ». oïxoi, de la Mère de Dieu, telles qu'elles sont célébrées dans l'hymne Akathistos, qui a dans la dévotion orientale un rôle analogue à la méditation des « mystères du Rosaire » chez les Occidentaux ". Ces vingt-quatre épisodes sont représentés fréquemment
1. Voy. les exemples de Mistra Millet. Poitrail* byzantins Revue de l'Art chrétien, 1911, p. 445 451 Portrait de Théodore Patéologue, despote de Mistra .
2 Sur ees faits voy. Tafrali Thessalonique nu XIV" siècle. Paris. 1912