CRISE DE L'EMPIRE BYZANTIN AU XIII SIÈCLE
Tel fut le développement de cet art monastique et populaire, véritable épanouissement des thèmes religieux créés en Syrie et en Palestine des la lin de I antiquité. On voit à quel point il s'oppose à 1 art liturgique desgrandes églises et toute la distance qui sépare les deux écoles. 1 une revêtant des formes puits de lait antique les conceptions de théologiens, l'autre cherchant à faire revivre l'histoire sacrée dans son aspect pittoresque et dramatique. Entre les évêques lettrés et humanistes qui présidaient à l'ornementation des églises et les pauvres ascètes qui barbouillaient les parois de leurs ermitages rustiques, la partie ne semblait pas égale : il est arrivé cependant que les circonstances ont favorisé 1 essor de cet art populaire et qu il a fini par se substituer à l'iconographie officielle : telle est la dernière évolution de l'art byzantin.
La raison pour laquelle 1 art populaire a évincé ainsi l'art officiel est 1 accroissement soudain et extraordinaire de 1 influence monastique dans l'Etat byzantin et dans 1 Eglise grecque à la fin du xme siècle. La prise de Constantinople par les croisés en 1204. 1 établissement des Vénitiens dans lesiles, des Lombards en Macédoine, des cbevaliers français en Grèce, les invasions des Bulgares et des Turcs avaient ruiné l'Empire et exaspéré chez les Grecs la haine des étrangers. C'est de cette époque que date vraiment la forme moderne du patriotisme hellénique, et les moines, ennemis naturels des Latins, dont ils rejetaient la communion, en furent les plus ardents défenseurs. En face des politiques comme l'empereur Michel Paléologue 1261-1282) et le patriarche Jean Veccos 1271-1285 . qui voyaient dans la réconciliation de 1 Église grecque avec lÈglise romaine le seul espoir de salut pour l'Empire, les moines se dressèrent comme les champions de 1 autonomie religieuse et de l'indépendance nationale. Le sentiment populaire fut avec eux et l'aristocratie, menacée dans ses possessions territoriales par de véritables jacqueries de paysans, les soutint '. Pendant le long règne d'Andronic II 1282-1328), la victoire des moines s'affirma décisive et ce fut désormais parmi eux que se recruta le haut clergé ; aux évèques humanistes de l'âge précédent, comme Eustathe de Thessalonique. le commentateur d'Homère, succédèrent des ascètes farouches comme ce patriarche Athanase 1 1289-1293 qui avait été ermite avant d'occuper le siège de Constantinople et entreprit de réformer l'Église en établissant une véritable inquisition monastique. Un fait révèle l'influence prise par les moines dans la société : comme en Occident, beaucoup de grands personnages revêtaient lhabit monastique à leur lit de mort et même, longtemps avant d'accomplir ce rite