‹ L'art chrétienChapitre 171 sur 442 · LES ÉGLISES SERBES · texte numérisé non relu

LES ÉGLISES SERBES

disparu île cet art : sur les murailles les li^ ires des saints placées à la file sont surmontées de plusieurs registres de tableaux représentant les fêtes liturgiques fig. 85 . Les sujets les plus grandioses soûl comme dissimulés, le Pantocrator au sommet d'une coupole surélevée par un tambour, si haul et souvent si étroit, iiu il faut lever la tête pour 1 apercevoir, la Panagia orante et la Communion des Apôtres de I abside cachées à peu près par 1 immense barrière de l'iconostase, le Jugement Dernier réduit à une juxtaposition de scènes particulières surchargées de détails.

El cependant une beauté, un peu étrange pour nos yeux d'Occidentaux, et un

Fig. 85 La Cêiie. Fresque du réfectoire de Lavra Mont Atlios , datée de 1512.

.Indus, sans nimbe, le troisième à la gauche du Christ, porte sa main au plat. Ins. : 0 Ml'CTIKOC 4E1HN0C.

Le banquet mystique.

sentiment religieux profond se dégagent de ees églises : le grand nombre même de leurs subdivisions augmente l'impression de mystère ; les peintures sur fond d azur les tapissent comme une tenture aux tons harmonieux relevés par les cadres d argenterie ou d orfèvrerie qui ornent 1 iconostase ou par les plats de reliure des livres saints: enfin les détails mêmes de la décoration se trouvent admirablement adaptés à la destination liturgique de chacune des parties de l'église.

Il en est ainsi dans tout l'Orient chrétien, bien que chaque peuple ait réussi a adapter à son tempérament particulier cette tradition un peu étroite.

Il s'est développé en Serbie au xiv siècle un art religieux très brillant qui procède de la même école que les peintures «le Mistra, mais qui a subi dans une certaine mesure 1 influence de Giotto et de Duccio. C est un maître grec. Eutycbios. qui a exécuté en 1317 les peintures de Nagoritcha, comme le prouvent la signature

LES EGLISES SEKBES

e1 la date (pi il a laissées au bas de la robe d'un saint1 et, à défaut de ce témoignage, la composition des fresques suffirail à nous renseigner sur leur origine. Les détails pittoresques, les fonds de gracieuses architectures, la multitude des personnages, le mouvemenl passionné qui 1rs anime et aussi le sens dramatique, la piété avec laquelle son! détaillés les épisodes de la Passion ou les scènes de la vie de la Vierge, toul nous rappelle Mistra et Kahrié-Djami. (liions entre autres le cvcle

Fig. 8G. — L'Enfance de la Vierge. Peinture de Stoudénitza Serbie 1314 .

de la jeunesse de la Vierge de Stoudénitza 1314) et la Passion de Nagoritcha 1317 racontée dans le plus grand détail. Vn tableau y représente par exemple les préparatifs de la Mise en croix : on dresse le gibet qu'un bourreau assis par terre maintient de son mieux, tandis qu'un autre est grimpé par derrière jusqu'aux bras de la croix pour fixer l'inscription Ululas , qui surmontera la télé du supplicié, et qu'un troisième tient la boite qui contient d'énormes clous. Une échelle est dressée en avant contre la croix et Jésus escorté des légionnaires romains y monte vivement, tandis qu'à gauche apparaît la figure douloureuse de la Vierge. A Gratchanitsa (avant 1321), la Dormition de la Vierge a donné lieu à une composition grandiose et pittoresque : le cercueil sur lequel est étendue Marie est porté par les

1. (i. Millet. L'ancien art serbe Les églises. 1919, p. 26. Une autre signature mutilée d'un peintre grec se trouve au monastère de Lesnovo

178 l. A.RT BULGARE

apôtres et les anges, mais le Christ qui apparaît, tenant dans ses mains l'âme de sa mère, est environné de la lumière du Thabor, de 1 auréole singulière composée de trois triangles entre-croisés qui montre, suivant les spéculations dos Ilésychasles que la lumière incréée émane des trois personnes de la Trinité. Jésus est entouré iei d une foule innombrable de saints dont les nimbes sont superposés tandis qu'en haut des anges tiennent ouvertes les portes du Paradis. Dans la même église, sur la Fresque du Jugement Dernier, un détail particulier à l'iconographie byzantine est interprété dune manière pittoresque qui atteste l'inspiration des modèles antiques : un monstre au dos recourbé emporte sur son dos le char de la Mer. une large conque montée sur des roues d'où se dégage le buste nu de la déesse, pareil à certaines ligures qui ornent les vases grecs '.

Enfin dans les narthex des églises serbes apparaissent les portraits en pied des fondateurs oll'ranl le modèle de I église : krals. despotes. Isars, simples voiévodes sont la. revêtus des costumes de soie ou de brocart constellés de perles et de pierreries empruntés à la cour byzantine, parfois entourés de leur famille : les tsars, Miloutin 1281-1321 à Gratchanitsa, Douschan 1331-1355 à Lesnovo portent la couronne fermée et. conformément à l'iconographie impériale, le nimbe autour de la tète. Ces portraits sont vivants et la précision de leurs traits laisse supposer la ressemblance avec les modèles.

Après la mort du tsar Douschan. ce fut la région de la Morava qui devint le centre de la nation serbe. Le même art religieux se développa avec moins de richesse et d exubérance dans les églises fondées par le prince Lazare (1371-1389) et son lils le despote Etienne 1389-1427) à Ravanitza, à Manasiya, à Kalenilch. etc.. A cette époque la Serbie fut conquise comme les autres pays d'Orient par la peinture d icônes de I école crétoise. et la tradition s'en conserva jusqu'au xviu' siècle.

En Bulgarie les murailles des églises, dégagées de leur badigeon, offrent d intéressants ensembles de fresques exécutées du xi" au xvnr siècle. La période la plus brillante paraît avoir été celle de la dynastie des Assen (1186-1277) et de leurs successeurs du xive siècle. C'est à cette époque que remontent les fragments de décoration des églises de Tirnovo églises des Quarante Martyrs et des saints Pierre et Paul . du monastère de Zemen. de Saint-Georges de Sofia, mais l'ensemble le plus remarquable est le cycle iconographique de I église de Boïana2, daté de 12.")'.) par une inscription. Dans le narthex les portraits des fondateurs, le « sebastocrator » Kaloian et sa femme Dessislava. en vêtements somptueux, brodés

1. G. Millet. Byzance et non l'Orient. Revue archéologique, 1908, I, ]>■ 171-189) et la Serbie glorieuse L'Art et les Artistes. 1917, p. .".1

2. A 8 kilomètres au sud de Sofia. A. Grabar. L'église de Boïana Monuments de larten Bulgarie.. -, Sofia, 1021 Voir aussi A Protitch. Guide à travers la Bulgarie. Sofia. 1921

l.AHI RUSSE; L'ÉCOLE DE NOVGOROD

d'animaux héraldiques, font face à ceux du tsar Constantin Assen et de la tsarine Irène. Par leurs thèmes iconographiques, par leur style caractère dramatique donné aux épisodes de la Passion . enfin par leurs procédés techniques ces peintures annoncent celles de Mistra auxquelles elles sont antérieures de près d'un demi-siècle, mais, si dans leur ensemble elles relèvent de larf byzantin, le particularisme s'y manifeste par les inscriptions en langue bulgare et par certains détails iconographiques portraits des donateurs et des souverains, armure bulgare des soldats romains, abondance des saints guerriers qui occupent la bordure inférieure de la décoration, récit détaillé en dix-huit tableaux très pittoresques de la vie et des miracles de saint Nicolas . Parmi les œuvres modernes on peut citer les fresques des églises d'Arbanassi et du monastère de Batckovo, dues à des artistes bulgares formés à l'école de 1 Athos xvne et xvin" siècles . L'ornementation iconographique des églises russes a été renouvelée également au xiv' siècle par la merveilleuse école de Mistra. Les chroniqueurs russes énumèrent les églises que des maîtres grecs ont construites ou décorées, et les peintures de l'église de la Transfiguration de Novgorod datées de 1378 sont attribuées à Theophanes le Grec. Tel a été le point de départ de lécole de peinture de Novgorod

dont l'activité se poursuit jusqu'au xvi siècle. Elle ne tarde pas à prendre un caractère indigène avec André Roublev, élève de Theophanes début du xve siècle , dont l'œuvre a été malheureusement trop restaurée, et avec le maître Denis qui exécuta en 1500 les fresques du monastère de Théraponte'. La puissante école dont la république de Novgorod fut le centre, conserva la tradition de la peinture impressionniste, des compositions exubérantes présentées dans un cadre pittoresque, du sentiment dramatique de fart de Mistra. Mais, transplantée en Russie, liconographie byzantine se transforme et s'adapte aux formes particulières

Fig. 87. — Saint militaire.

Peinture de Boïana (Bulgarie) (1259

D'après Grabar Léijlise de Boïana, pi. \IX

1. Sur le développement de la peinture russe, voir le beau livre de Louis Réau : L'arl russe, des origines à Pierre le Grand, 1921, p. 136-190, p. 281-296. p. 332-350.

Page 1