LES EGLISES DU MONT ATHOS
Malgré des découvertes importantes el des travaux de grande valeur, l'histoire de cette survivance de l'art byzantin est encore loin d'être établie; cependanl on peut tenter d en dégager les grandes lignes. Du xiv' au milieu du xvi" siècle l'influence byzantine reste prépondérante et 1 activité créatrice esl remarquable : l'école de peinture qui a produit les chefs-d œuvre de Kahrié-Djami et de Mistra couvre les murailles et les voûtes des églises de scènes continues à la manière d une Irise et revêt de couleurs éclatantes, rehausse de fonds d'architectures pittoresques, les thèmes de la tradition cappadocienne1. Mais déjà nue école d'esprit tout différent se manifeste et étend à la décoration picturale des églises les procédés de composition et de technique usités pour les icônes. La Crète serait le point de départ de cette école qui orna vers 1350 la Peribleptos de Mistra et atteignit son plein développement au XVIe siècle à Venise, où se trouvait une colonie de Cretois, et au Mont Athôs. Elle remplace les Irises continues par des tableaux que séparent de véritables cadres et étend à toute 1 église le décor réservé aux iconostases qui prennent à cette époque 1 aspect d immenses clôtures atteignant presque la voûte, quelles ont conservé jusqu'à nos jours.
C est cette école qui finit par dominer dans tout le monde orthodoxe depuis la fin du xvie siècle, mais elle prend dans les divers pays un aspect national et populaire, et sa faculté d invention n'étant pas renouvelée par lobservation de la nature, elle finit par s épuiser et tombe soit dans l'académisme hiératique, soit dans l'imagerie pieuse de caractère industriel ; I invasion de thèmes d'iconographie occidentale finit d'ailleurs par l'altérer et les mesures des princes réformateurs comme Pierre le Grand lui donnent le coup de grâce.
Telle a été lévolution générale, mais chacun des pays du monde orthodoxe n'en a pas moins son histoire iconographique particulière qu'il convient d esquisser.
La république de 1 Alhos. où chacune des nations orthodoxes entretenait un ou plusieurs monastères, est devenue après la chute de Constantinople le principal foyer de l'Orient chrétien; les détails caractéristiques de ses églises, le chœur trèfle. le double narthex, la « liti ». salle réservée à certains offices liturgiques et placée en avant de l'église, sont reproduits dans tout l'Orient et adaptés aux traditions architecturales de la Serbie et de la Roumanie. L'ornementation iconographique surtout prend dès le xve siècle dans ces églises un caractère presque immuable : c'est l'art religieux de Mistra. mais qui finit par perdre toute liberté et par se cristalliser dans les formules que reproduit l'auteur du « Guide de la Peinture ». Le trait principal qui distingue aussi bien le plan des églises que la disposition des peintures, c'est le eompartimentement à l'infini. Toute conception un peu large a
1 M. G Millet a donné à cette école le nom d école macédonienne Iconographie de l'Evangile, p 630).