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LES VARIATIONS DE ^ICONOGRAPHIE ROMANE

Dans son livre sur « l'Art religieux du \ir siècle en France » M. Mâle a montré la place considérable que K's illustrations des manuscrits tiennent dans 1 histoire de l'iconographie romane. Si sa thèse a semblé parfois trop exclusive elle n en est pas moins justifiée par I ensemble dos faits. La copie plus ou moins libre des enluminures explique les enchevêtrements de feuillages au milieu desquels apparaissent les personnages de certains chapiteaux et cet aspect « calligraphique » que présente la sculpture romane. C est aussi la raison des variantes et des incohérences dans l'interprétation des thèmes iconographiques. Avec un véritable éclectisme et sans chercher comme les Grecs à constituer un corps de doctrine iconographique les Occidentaux ont imité tout ce qu ils trouvaient et de là proviennent leurs divergences qui s expliquent par la nature différente des sources utilisées par eux. Sur 1rs chapiteaux du choeur de 1 église d Issoire (Puy-de-Dôme) un sculpteur a raconté la Passion avec une sobriété et une absence de détails pénibles qui rappellent le docétisme des sarcophages chrétiens; à quelques lieues de là. à Saint-Nectaire, un autre imagier a emprunté à des miniatures d inspiration cappadocienne le réalisme parfois brutal et le sens dramatique avec lesquels il a interprété le même sujet '.

ha multiplicité même des sources dont disposaient les artistes laissait un vaste champ à leur choix individuel, et d ailleurs, le t'ait n'a pas été mis suffisamment en lumière, ce qui les a sauvés de 1 imitation servile. ce sont les exigences mêmes des techniques qu'ils ont créées. Interpréter dans 1 espace à trois dimensions un dessin linéaire, une enluminure, une fresque, la broderie d'une étoffe, ne peut passer pour un simple plagiat. Non seulement le passage dune technique à une autre modilic gravement le caractère d'une composition, mais les formes mêmes de l'ornement architectural destiné à être historié interdisaient la copie textuelle. Pour être placé sur la corbeille d un chapiteau, sur le tympan ou le linteau d un portail, un thème devait être plus ou moins modifié. De là des trouvailles parfois heureuses, comme celui de l'ange agenouillé devant le Baptême du Christ sur un portail de Notre-Dame du Poil à Clermont : la forme même du linteau triangulaire à 1 extrémité duquel cet ange se trouve placé rendait toute autre attitude impossible, et le vieux maître auvergnat a résolu le problème de la même manière que les sculpteurs grecs qui garnissaient les extrémités de leurs frontons de statues assises et couchées.

Un attachement à des traditions parfois disparates, mais qui n'excluait ni la liberté, ni les initiatives, voilà ce qui fait l'originalité de l'art occidental. Si certains traits vénérables par leur antiquité restent immuables (nimbe crucifère et vêlement du Christ, pieds nus du Christ et des apôtres, voile de la Vierge, etc.),

1. L Bréhier. 'Les épisodes de la Passion dans la sculpture romane d 'Auvergne Cazcllc des Beaux-Arts, juillet 192.") .

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