‹ L'art chrétienChapitre 221 sur 442 · L'ANCIEN TESTAMENT · texte numérisé non relu

L'ANCIEN TESTAMENT

montre dans un arc-en-ciel l'Agneau adoré par les vieillards de l'Apocalypse.

L inscription : c Qui erat. qui est. qui venturus est » prouve qu'il s'agit de l'Ancienne Loi, de l'Eglise actuelle et de la Jérusalem céleste Sg. 119). L'Église est aussi représentée dans la Bible de Charles le Chauve par une femme distribuant du grain à une poule '.

Mais la plus belle de ces créations est celle de la couronne de lumières qui était suspendue aux voûtes de beaucoup d'églises et servait à supporter les cierges. Celle d'Aix-la-Chapelle, offerte par Frédéric Barberousse et l'impératrice Béatrice entre 1152-1165 . se compose d'une grande roue de cuivre relevée de distance en distance par des tours crénelées qui abritent des statuettes de prophètes et d'apôtres; à la base, des tours des reliefs de cuivre représentent les principales scènes de l'Evangile2. A Hildesheim la couronne offerte par Févéque Hézilon (1054-1079) avait la forme d'une enceinte crénelée : douze tours alternaient avec douze portes, et soixante statues d'argent occupaient les niches ménagées dans les tours. C'était la figure de la Jérusalem céleste qui planait ainsi environnée de lumières, au-dessus de l'assemblée des fidèles \

Les sciences humaines ne sont, nous l'avons vu. que les échelons qui permettent d'atteindre jusqu à la révélation divine ; si grande que soit leur part dans l'art religieux, elle n'est donc rien à côté de la place qu'y tient l'histoire de cette révélation, dont l'Ancien Testament forme comme le premier degré.

Le caractère complexe de l'art occidental se manifeste par la double tendance qui s'affirme dans les compositions bibliques. Parfois elles se succèdent en séries ininterrompues en suivant pas à pas le texte sacré; plusieurs tableaux successifs détaillent les divers épisodes d'une même histoire. Des fragments d'une illustration de la Genèse sont conservés dans les fresques de Sainl-Savin et sur les sculptures du fronton de la cathédrale de Nîmes. La Bible en mosaïques de la Chapelle Palatine de Païenne, toute occidentale d'inspiration, nous montre dans un premier tableau la construction de l'Arche de Noé, dans un second f Arche voguant sur les flots et le patriarche recevant la colombe au rameau d'olivier, dans un troisième enfin l'Arche échouée entre les deux sommets du mont Ararat, les animaux sor-

1. Cf. la sculpture en or du trésor de Monza de la poule et des poussins : elle est attribuée au XIIIe siècle. La comparaison résulte des paroles du Christ, Math. 23. 37.

2 L. de Farcy. Revue de TArt chrétien, 1909, p. 186 et sulv.

3 Des couronnes analogues existaient à Saint-Remi de Reims (la couronne actuelle est moderne . à la cathédrale de Toul, à Cluny, à Baveux, a Spire, à Combourg-en-Souabe. Sur celle de Baveux, voy. Bull archéol. Com. Trav. histor-, 1896, p" 351 et suiv.

LE SENS VLLEGORIQUE

tanl par une échelle et se mettani aussitôt à brouter l'herbe. Le point de vue de l'auteur de ces compositions est purement narratif el anecdotique : il se préoccupe avant tout de représenter Les conditions réelles dans lesquelles ont pu se passer les événements qn il raconte. En un mot, conformément à la tradition de l'homélie chrétienne, c'est le sens historique de la révélation qui est en premier lieu mis en pleine lumière. Un grand nombre de miniatures (fig. 120 . de peintures murales et même de chapiteaux historiés n ont pas d'autre signification : telle est par exemple

I'hol. L. Bréhier.

Fig. 120. — Interprétation anecdotique de la Bible Le combat des Macchabées contre les soldats d'Antiochus. Bible du xn,j siècle. Bibliothèque de Clerniont-Ferrand. p. 223.

Les deux registres représentent d'une part le duel des chevaliers, d'autre part la lutte entre les piétons, selon un usage fréquent dans les batailles de cette époque.

la série des fresques de Saint-Savin, dont on ne possède plus que des fragments, mais qui formaient une Bible complète.

Mais nous savons que derrière le sens historique se cache l'allégorie, la figure ou la signification morale que l'homéliste doit révéler à ses auditeurs. L'art religieux a aussi adopté ce point de vue. La concordance des deux Testaments, tradition de làge précédent, a inspiré encore la décoration de certaines basiliques romaines du vir° au ix° siècle1, mais, à côté de ces compositions d'ensemble, on trouve surtout des figures ou des scènes spécialement choisies pour manifester cette doctrine. La Glose ordinaire de Walafrid Strabo était un arsenal inépuisable

1 Sainte-Marie Antique vu0 siècle), ornementation de Saint-Pierre de Borne par le pape Formose 891- 896 (Mùntz. Biblioth. de VEcoh franc, de Rome. I. 1S77. p. 247 .

Page 1