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VISIONS DE SAINT JEAN

bien dune vision apocalyptique qu'il s'agil Ml;. 1<">1 . Parfois les sculpteurs si- sont contentés de reproduire la première partie du récit de s;iinl Jean, et alors ce n 'est pas Jésus, c'est L'Eternel qui trône au milieu des quatre symboles. Nous savons que d'après une tradition très ancienne, qui apparaît dans I illustration de la Genèse, la même figure serl à représenter le Prie el le fils. D'ailleurs, sur un

Fig. 164. — Le Christ de la vision apocalyptique. Fresque de la crypte Saint-Savin, fin du xi' siècle.

D'après Gclis-Didot et Laffillée.

bas-relief de Saint-Menoux (Allier) et au tympan du portail de Charlieu Loire . l'agneau, symbole du Christ, qui intervient dans la vision de saint Jean, est montré au-dessus de l'Eternel. Au contraire, sur un tympan provenant d'Issy et au portail sud de Notre-Dame du Port de Clermont, on voit seulement la gloire de l'Éternel entre deux séraphins el les quatre animaux '.

Une interprétation plus complète de la vision est donnée sur le tympan de la porte méridionale de Saint-Sernin de Toulouse et à la façade de Moissac. Les vieillards de l'Apocalypse assis, la couronne sur la tête, environnent le trône. A Moissac

1. A Clermont, les deux animaux supérieurs sont mutilés: les deux séraphins appartiennent à la vision d'Ezéchiel qui est combinée avec celle de saint Jean.

JUGEMENT DERNIER

on trouve une interprétation originale el peut-être unique de la figure de l'Eternel : iV si un souverain à longue barbe, vêtu de la robe brodée et coiffé de la couronne à plusieurs pans des empereurs, qui se détache sur le nimbe crucifère ; les quatre symboles et les doux séraphins sonl proportionnés à sa taille gigantesque, tandis que les vieillards sont représentés comme tirs nains (fig. 165).

Enfin, sur d'autres portails la vision de saint Jean s'est combinée avec la prédiction du Jugement Dernier qui se trouve dans saint Mathieu (xix, 28), Au portail

Fig. 163 — La deuxième vision de saint Jean. L'Éternel et les 24 vieillards. Apoc., IV. 1-7. Tympan du portail de Moissac. 1" moitié du xn° siècle.

sud de la cathédrale de Bourges, à Saint-Trophime d'Arles, à la cathédrale d'Angoulême, au Portail Royal de Chartres' (fig. 167), à Carennac (Lot), les douze apôtres assis sur des trônes « pour juger les douze tribus d'Israël » environnent la gloire où se détache non plus l'Eternel, mais le Fils de l'Homme apparaissant sur les nuées.

C'est aussi en réunissant le récit de saint Mathieu i'chap. xxiv et xxv) aux visions de l'Apocalypse, que Ton a composé les Jugements derniers qui s'étalent au XIIe siècle sur certains portails et dont les détails ont inspiré un grand nombre de chapiteaux [et de peintures. Le sujet venu d'Orient a été interprété avec de nombreuses variantes et ce n'est qu'au xme siècle qu'il trouve en Occident sa formule définitive.

1. A Chartres, les vieillards de l'Apocalypse occupent les voussures. A Saint-Trophime d'Arles, le Fils de l'Homme porte aussi la couronne royale.

.11 GEMENT DERNIER

Du xf siècle datent les peintures de l'église Saint-Georges d'Oberzell monastère de Reichenau . Comme dans I arl byzantin, le Christ apparaît dans une gloire, mais il est déjà plus grand que 1rs personnages qui l'entourent, Marie, les apôtres et un ange tenant la croix, pour rappeler son supplice: on voit la transformation que subit ici la Deisis byzantine. Dans la zone inférieure les morts sortent de leur tombeau. Très rudimen taire aussi est la composition sculptée sur la façade de I église Saint-Jouiu de Marne xi* siècle . Le Christ, assis contre la croix, abaisse ses deux mains ouvertes et deux anges s'apprêtent à sonner de la trompette: de

PL il. Neurdein

Fig. 166. — Le Jugement Dernier du sculpteur Gislebert, 1"- moitié du xir" siècle. Tympan de la cathédrale d Autun.

chaque 'côté du trône une suite de bas-reliefs mutilés représentait la Résurrection des morts.

Sur le tympan de Saint- Lazare d' Autun, exécuté par Gislebert dans la première moitié du xne siècle, on retrouve le Juge assis dans la gloire et les mains étendues, mais cette fois c'est une figure colossale qui occupe presque toute la hauteur du tympan et sépare [la scène en deux parties (fig. 166). A sa gauche a lieu le pèsement des âmes : un affreux démon cherche à faire pencher de son côté le plateau dune balance sur laquelle l'archange saint Michel pèse une âme, représentée par un enfant : plus loin on a indiqué les supplices infernaux. A sa droite est une grande figure de saint Pierre suivi des apôtres, et à 1 extrémité on aperçoit les baies ouvertes du paradis xrers lesquelles des anges sont occupés à hisser des âmes. Marie occupe un trône à la droite de son fils et, dans les coins, des anges sonnent de l'olifant. Sur le linteau se déroule une procession pittoresque de morts ressuscites conduits par des anges et dont quelques-uns sont saisis par les démons.

JUGEMENT DERNIER

C'est sur les portails méridionaux qu'on trouve les interprétations nouvelles destinées à prévaloir. A Beaulieu Corrèze . un Christ colossal est assis sur un trône, la poitrine découverte, étendant ses bras en croix dans un geste sublime, entouré des apôtres assis sur des sièges. Deux anges soufflent dans des olifants: d autres apportent une grande croix et les instruments de la Passion'. Sur le linteau deux rangées d'êtres fantastiques dévorent des damnés. A Conques Avevron le Christ reparaît dans une gloire comme à Autun, mais derrière lui les anges por-

l'hul. Lel.vre-Ponl.ilis

Fig. 167. — La seconde venue du Fils de l'Homme. Tympan du Portail Royal de Chartres.

lent la grande croix et sonnent de la trompette. A sa droite se déroule le cortège des justes conduits par la Vierge et sous la protection des anges qui portent des banderoles avec les inscriptions : charitas, humilitas, fides, spes. A sa gauche, des anges, armés du bouclier et du glaive, veillent à l'entrée de 1 Enter où les démons torturent les damnés. Au-dessus du Christ a lieu le pèsement des âmes et les morts sortent de leurs tombeaux, dont les anges soulèvent les couvercles; à gauche est l'église de Conques où sont suspendues des chaînes de prisonniers, avec sainte Foy prosternée sous la bénédiction divine. A la base, sur deux linteaux triangulaires, sont le Paradis Abraham et les justes assis sous des arcatures et l'Enfer, dont l'entrée est loi une par la gueule d'un dragon par laquelle un démon précipite

1. Sur l'imitation du tvmpan de Beaulieu au portail de Saint Denis, vers 1135. voir Mâle. Art religieux au \u siècle, p. 407.

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