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LES SOUFFRANCES DU CHRIS

outre, à la même période de construction appartient le thème byzantin, absolument unique en Occident, de la » Divine Liturgie s>, développée au chevet. Ados-» sées aux contreforts qui séparent les chapelles rayonnantes, douze statues d'anges revêtus du costume des diacres environnent la figure du Christ qui tienl le livre des Evangiles. Chacun des anges porte un des instruments liturgiques, aspersoir, livre, voile, encensoir ou un emblème destiné à rappeler le sacrifice de Jésus (ligures du Soleil et de la Lune qui évoquent la Crucifixion , ou s;i souveraineté (globe du monde, sceptre '. Une messe divine de ce genre l's' décrite dans une vision de Cèsaire d'Heisterbach (vers 1209 el la description de I office du Saint- Graal dans le roman de « la Queste » en trahit 1 inspiration2. Avec des variantes de détail la Divine Liturgie occidentale est trop près de celle de la Perihleptos de Mistra pour ne pas être une manifestation de l'influence byzantine.

Ce programme des deux avènements du Fils de l'Homme s'est modifié brusquement dans le dernier quart du nui' siècle : à ce moment apparaît sur les façades un motif nouveau, eelui des souffrances et de la Passion du Chrisl. Jusque-là les scènes de la Passion n'avaient figuré sur les portails que d'une manière épisodique et dans des séries historiques. C'est tout au plus si le Christ du Jugement Dernier, découvrant sa poitrine pour montrer la plaie sanglante et si les anges qui l'entouraient avec la lance, [la croix, F éponge et la couronne d'épines, rappelaient le drame du Calvaire. C'était à l'intérieur de l'église, sur les sculptures du jubé surmonté du Crucifix, que la Passion était commémorée. Les fragments du jubé retrouvé à Bourges nous montrent dans quel esprit purement théologique, rappelant les traditions de l'art triomphal du v" siècle, ce sujet était traité. Au pied delà croix gemmée sur laquelle est cloué Jésus. Marie, droite, les mains jointes, les yeux baissés, demeure ferme dans sa résignation; de même, sur le chemin du Calvaire, un Christ recouvert de draperies, majestueuses dans la simplicité de leur chute verticale, porte sans effort la grande croix ornée d incrustations qui semble le trophée de sa victoire sur la mort3.

La nouveauté du programme adopté à la fin du xiue siècle consista à exposer sur les façades ce sujet, jusque-là réservé à l'intérieur, et à opposer les souffrances du Christ au triomphe de sa seconde venue.

1. L. Bréhier. La divine liturgie de la cathédrale de Reims. La Vie et les arts liturgiques, novembre 1919.)

2. A Pauphilet. Étude sur la Queste del Saint Graal. 1921, p. 94-98.

3. O. Roger. L'ancien jubé de la cathédrale de Bourges. Bourges. 1892. pi IV. IX.

LA GRANDE FAÇADE l>K REIMS

La façade occidentale de Reims exécutée vers 1285 et les portails latéraux de Rouen 1280-1329 en offrent les premiers exemples. A Reims la Crucifixion, sculptée sur le gable qui surmonte le portail nord' dig. 191), forme le centre d'une m lie décompositions relatives à la Passion, dont les épisodes sont racontés dans les voussures, tandis que les statues des saints et des martyrs qui ont rendu témoignage au Christ sont adossées aux pieds-droits ; au tympan de l'arcade qui

Phot. MnrtlD-Sob n.

Fig. 191. — La Crucifixion. Gable du portail nord de la façade de la cathédrale de Reims, vers 1285.

aeeoste ce portail au nord, est figurée l'Invention de la Croix par sainte Hélène Bg. 192 . Au portail sud. le Christ juge s'oppose au Christ souffrant; sur le gable, Jésus assis sur son trône est entouré des anges qui portent les instruments de la Passion, tandis que des visions de 1 Apocalypse emplissent les voussures et se continuent sous 1 arcade pleine qui accoste la porte méridionale; aux pieds-droits sont des statues de prophètes et de patriarches. Comme un lien naturel entre le Chrisl souillant et le Christ triomphant, la Vierge règne au portail central et son rôle d intercession éclate ainsi à tous les yeux. Son couronnement au ciel, au milieu des anges à genoux sur les marches du trône, sous une voûte pittoresque de stalactites, orne le gable; sa statue (restaurée) se dresse au trumeau comme celle

1. (.e portail nord est malheureusement celui qui a le plus souffert du bombardement du 19 septembre 1914.

LA GRANDE FAC Mit. DE REIMS

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