LE RÉALISME DANS L'ART RELIGIEUX
L'usage s'introdui
du xiv' siècle créent la gracieuse figure de la Vierge légèremenl inclinée à gauche, de manière à faire ressortir sa hanche droite : la courbe harmonieuse donnée ainsi à son corps est encore soulignée par le mouvement des draperies dont les plis forment une série d'ondulations concentriques. De même la beauté tout idéale des figures du xiue siècle fait place à des portraits individuels où aucune des imperfections et des lares naturelles n'est dissimulée, mouler en plâtre
funts et de reproduire ces masques funéraires sur leurs statues tombaler.
L'art du xm" siècle ne connaissait ni l'enfance, ni la décrépitude, ni la douleur. Ses ligures portent toutes le même âge ; ses patriarches même ont les traits réguliers et la fermeté d'attitude de la jeunesse. Sa répulsion pour la laideur est telle que dans les Jugements derniers de Reims ou de Bourges, les damnés eux-mêmes
s avancent en
e régulière, e
es
Phot. liullui-
mains jointes (fig. 195; ; leur malheus éternel n'est indiqué que par la corde qui relie leurs cous et par la tristesse de leur expression.
Au xive siècle au contraire l'art n a plus aucune répugnance pour la laideur, la vieillesse, la souffrance.
Chaque personnage a désormais les traits qui conviennent à son âge et à sa condition. Les artistes savent représenter les enfants potelés et joufflus
aussi bien que les vieillards cassés par l'âge. Gette recherche de la réalité finit même par devenir le principal souci de l'artiste, quelquefois au détriment de l'inspiration religieuse. L'équilibre entre 1 idée et l'expression, véritable formule du grand art, a fait place à la virtuosité. Dès la fin du xive siècle, dans les œuvres exécutées pour Charles V, sur le Parement de Narbonne 1 1364-1377 par exemple, les traits des visages s'accentuent de manière à les rendre presque grimaçants et les plis des draperies se tourmentent d'une manière inquiétante. Aux draperies du xiue siècle dont les plis verticaux expriment la noblesse et la paix intérieure.
Fig. 209. — Martyre de saint Marc à Alexandrie. Très Riches Heures du duc de Bercy, par les frères de Limbourg (1416). Chantilly, musée Condé.
l.\ COULEUR LOCALE
suceèdenl U's étoffes compliquées, bouillonnant avec impétuosité ou cassées par des plis obliques qui viennent contrarier leur chute naturelle. On arrivé à faire nbler les figures « à un paquet de loques agité par le vent » '. Ce naturalisme que 1 on regardait autrefois comme une création des maîtres flamands a été en réalité commun à toute l'Europe : à l'époque de Charles V il règne également en
France, en Allemagne, en Espagne et même en Italie.
Le même souci d'exactitude apparaît dans tous les détails de la composition. Autant ([ii ils l'ont pu, les artistes ont cherché la couleur locale : les maîtres flamands ont eu à leur disposition des documents précis que la fréquence des pèlerinages en Terre Sainte, des voyages à Constantinople, des pérégrinations des missionnaires en Extrême-Orient, en Perse et jusqu'en Chine, leur permettaient de se^ procurer *. Des reproductions approximatives de Jérusalem, des lieux saints, des portraits authentiques de Juifs, de Turcs, de Mongols (lig. 209 indiquent cette recherche curieuse de la vérité historique, mais à tout ce qu'ils ignorent les artistes, à 1 imitation des trécentistes italiens, suppléent hardiment par la reproduction des costumes de leur temps et des vues de e ut pays. A travers l'iconographie reli-
... „,,. . ., , .,, . „ Oo .... , gieuse, l'anachronisme leur permet de Fig. 21(1. — Le maître de Hemalle, 2 moitié du n '
xv° siècle. La Vierge et l'Enfant Jésus. Pétro- peindre le milieu qui les entoure (fig. 209 erad, musée de l'Ermitage. D'après la Revue . «vin rr i- î î « j -i
de TAri Chrétien, 1911, p 198. e1 21() ■ l andis (Iue la PluPart des maitres
flamands ou italiens reproduisent la mosquée d'Omar pour figurer le Temple de Jérusalem, Jean Fouquet remplace hardiment la Sion biblique par la ville de Sion en Valais. Son « Temple » ressemble tantôt à une église de Sion. tantôt à celle d'Or San Michèle à Florence. En revanche il montre à l'intérieur du sanctuaire les colonnes torses qu'il avait vues a Saint-Pierre de Rome et qui passaient pour provenir du Temple de Salo-