L'INFLUENCE I)KS MYSTÈRES DRAMATIQUES
au el c'est sur la doublure Fourrée de martre zibeline qu'elle a posé son i ii prenanl la précaution d approcher sa main du feu avant de le manier1. La recherche de la vérité a surtout amené les artistes à reproduire îles paysages réels. Ceux rie Giotto et des livrent isles renferment encore une grande part de fantaisie et de convention : les détails dont ils se composent semblent avoir été
juxtaposés avec une certaine gaucherie ; ce n'est pas une vision organique, c'est un travail de patience naïvement exécuté. Les montagnes ne sont que des rocailles de jardins agrandies, les arbres nains ressemblent à des rosiers greffés sur des hâtons. Les proportions sont presque toujours irréelles : dans la scène des stigmates de saint François. 1 église de la Portioncule est grande comme un jouet d'enfant. C'est au commencement du xv° siècle que le paysage réel apparaît en France dans les peintures des Très Riches Heures du duc de Berrg conservées à Chantilly et exécutées avant 1416, date de la mort du duc (fig. 211). Pour la première fois la relation entre les monuments et les personnages est observée correctement, mais surtout, comme on l'a montré2, c'est à cette époque que les peintres découvrent l'atmosphère. La perspective aérienne, entrevue par les Grecs, apparaît avec les dégradations de teintes de ses différents plans. L éclairage uniforme de convention est remplacé par la lumière réelle; dans le calendrier qui orne ce manuscrit les aspects du ciel convenant à chacun des mois sont rendus avec exactitude. La scène du Jardin des Oliviers montre l'ombre noire de Jésus se détachant sur un ciel bleu semé d'étoiles, tandis qu'on aperçoit dans la nuit la lueur des torches et le reflet des armes. On voit toute la nouvelle puissance d'expression dont dispose désormais l'art religieux.
Enfin, bien qu'on ait eu quelque tendance à exagérer cette action, l'iconographie religieuse a subi aussi l'influence de la mise en scène des mystères dramatiques et des processions figurées qui tiennent une si grande place dans la vie des hommes du xv siècle' et dont le programme est d'ailleurs le même que celui de 1 iconographie religieuse. Sans doute il est impossible de faire sortir des mystères
Phot. Neurdein.
Fi». 212. — Le prophète Daniel. Statue du chœur de la cathédrale d'Albi, 2' moitié du xv siècle
1. Cf. < La Vierge a la soupe au lait •> de Gérard David (Musée de Bruxelles'