CONDITIONS NOUVELLES DE L'ART RELIGU I
rique en effet n'a pas été abandonné entièrement. Si les serins de I Enfance »■! de
la Passion ainsi que les légendes des sainls tiennent désormais dans I ail une place prépondérante, l'Eglise n'a pas renoncé à la prédication morale donl l'arl religieux lui fournissait les moyens. Les thèmes nouveaux se sont doue mêlés aux thèmes anciens el l'iconographie occidentale a repris l'aspect un peu touffu et incohérent qu elle avait à 1 époque romane. De plus, les guerres du xiv' siècle et la diminution de l'enthousiasme religieux ont arrêté la construction des grandes cathédrales. A l'œuvre collective du peuple chrétien succèdent les fondations individuelles, hien souvent œuvres de vanité autant que de foi; chaque corporation consacre ses ressources à orner la chapelle de son patron; chaque prince fait exécuter dans son oratoire privé les chefs-d'œuvre dont il se réserve la jouissance:
le temps des grands ensemhles est passé; les façades monumentales deviennent plus rares, tandis que les rétahles sculptés, les tableaux de chevalet, les triptyques et les autels portatifs se multiplient. En même temps l'exécution de 1 imagerie pieuse prend un caractère industriel : l'Angleterre inonde l'Europe de ses
rétables d'albâtre, de facture très inégale, et c'est an xve siècle que la gravure sur bois commence à mettre l'iconographie religieuse à la portée de tous.
La pins ancienne gravure connue, le bois Protat Mâcon . provenant de l'abbaye bourguignonne de la Ferté-sur-Grosne. remonterait même aux dernières années du xive siècle : il représente une Crucifixion1. On peut citer ensuite la Vierge entre quatre saints du Cabinet de Bruxelles, datée de 1418. et le saint Christophe de 1 423 (Manchester), qui appartiendrait à l'école d'Avignon2. Ce sont d'ailleurs
1. Mâle. L'arl allemand et l'art français du moyen âge, ch. v. 2 Rosenthal. La Gravure, 1909. p. 7 et suiv.
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Gravure sur bois, éditée par Vérard xv' siècle. L'âme du mort emportée au ciel.
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des thèmes religieux qui sont représentés sur ces premières gravures, mais le temps n'est pas loin où l'invention de l'imprimerie (vers 1 U54) va répandre le livre illus- Cet événement considérable esl le point de départ d'uni' transformation profonde. Les premiers graveurs ont reproduit 1rs thèmes illustrés dans les églises, mais ils ne tardenl pas à en créer de nouveaux qui deviennent des sources d'inspiration pour les artistes. Désormais l'ornementation de 1 église cesse d'être exclusivement a la Bible des illettrés » : les images de dévotion, les livres de piété illustrés vont se substituer de plus en plus à l'iconographie monumentale et con-
Fig. 215. — Vittore Carpaccio (1430-1520). Présentation au Temple, détail. Venise, Académie des Beaux-Arts.
tribuer à hâter sa décadence. Telles sont les conditions vraiment nouvelles dans lesquelles s opère la transformation de l'art religieux.
Gomme dans l'art italien du xiv" siècle, les innovations iconographiques ont porté surtout sur l'Enfance du Christ et la vie de la Vierge, sur le récit de la Passion et les légendes des saints. Sur l'arbre théologique fleurissent sous l'influence mystique des dominicains et des franciscains les dévotions nouvelles dont la glorification devient le programme presque exclusif de l'art religieux.
C esl d abord l'adoration de l'Enfant Jésus de la crèche et la dévotion à la Sainte Famille fig. 216). Innombrables sont les Nativités qui, avec des variantes, présentent presque toujours les mêmes dispositions pittoresques : au-dessus d'un hangar couver! de chaume volent les anges, tandis que l'âne et le bœuf sont à l'intérieur, auprès de la crèche; sur le devant, la Vierge et saint Joseph sont agenouillés de chaque côté de l'Enfant couché sur la paille; parfois on aperçoit les