L'INFLUENCE DES MYSTÈRES DRAMATIQUES
voile monastique. Quelques-uns de ces détails appartiennent déjà à l'art italien et même à l'arl byzantin monastique. Si les mystères ont pu inspirer 1rs artistes, le phénomène contraire s'est certainement produil ettoutce qu'on peut affirmer c esl la liaison intime qui unit, comme autrefois dans 1 Eglise grecque, 1 art religieux aux représentations théâtrales. Il est probable que le spectacle qu'offraient les mystères a surtout contribué à donner aux artistes le sens de la vie et des attitudes naturelles, mais il fàul se garder d'attribuer à leur influence tous les changements qui se sont l'ait sentir dans l'iconographie. Si le procès du Paradis, où la Miséricorde et la Paix plaident la cause des hommes contre la Justice et la Vérité el obtiennent la promesse d'un rédempteur, est passé du texte des Méditations dans l'arl religieux par l'intermédiaire du théâtre, ce n est là qu'un exemple isolé. Des motifs qui semblent au premier abord des innovations récentes peuvent avoir des antécédents beaucoup plus lointains1. Un exemple va nous montrer les réactions mutuelles du théâtre et de l'iconographie. On lit dans les indications pour la mise en scène de la Passion de Semur2 que le serpent enroulé autour de l'arbre de la Science aura la poitrine d'une femme. Or, une magnifique sculpture de la cathédrale de Rouen montre un buste féminin terminé par une queue de serpent et émergea ni du feuillage, chargé de fruits, de l'arbre fatal, mais il ne faut pas se hâter de conclure que le décor scénique a complètement inspiré ce thème, car dans les « Tentations » du xuic siècle, à la façade de la cathédrale d'Auxerre, au soubassement de la statue de la Vierge à Amiens, etc.... le serpent a toujours la tète d'une femme. De même le cadre nouveau dans lequel se présente la Nativité, la Vierge et saint Joseph agenouillés auprès de l'Enfant Jésus étendu sur la paillé, a des antécédents extrêmement anciens". Des échanges mutuels se sont produits entre la mise en scène des mystères et l'iconographie religieuse, comme le montrent les curieuses miniatures du manuscrit de Valenciennes (1547)qui illustrent dans le plus grand détail la mise en scène du mystère de la Passion'.
La conséquence de ces innovations fut de taire perdre à l'art religieux la belle unité qu'il avait acquise au xme siècle. L'ancien programme théologique et allégo-
1. Par exemple la disposition si fréquente aux xiv-.xv siècles de l'Ascension montrant seulement les pieds et le bas de la robe du Christ disparaissant dans un nuage. Voir plus haut. p. 265-266.
2. Premier tiers du xv siècle Roy. Revue bourguignonne de l'enseignement supérieur, 100,'i, p. 13.
3. Médaillon de corne d'Akhmin-Panopolis (Egypte), début du VIe siècle. Diclionn. Archéol. Chrét., II. 368, 6g. 1302.
4. Bibliothèque Nationale, manuscrit français 12536. Cf. Gustave Cohen. Hist. de la mise en scène dans le théâtre religieux français au moyen âge, 1906.