I.A VIRTUOSITE
un roi maure portanl la myrrhe, tandis qu'un jeune page tenail sa couronne cl son épée, avec l'étoile des mages dessinée par des anges aux draperies Bottantes etj de nouveau, le Père Eternel, soutenu par des anges au-dessous d'une draperie bleue semée d'étoiles. On retrouvait dans ces œuvres toute la rhétorique qui
rét;ne dans les décors mythologiques de la galerie de Fontainebleau.
Il faut cependant mettre à pari l'un des mailles les plus glorieux de l' école vénitienne. le Tintoret 1512-1594), qui non seulement resta fidèle à la tradition réaliste des vieux mailles, mais sut par sa science de l'éclairage et la vigueur de son coloris obtenir une puissance d'expression qui n'avait guère été atteinte jusque-là. Bien que ses œuvres ornent de nombreuses églises vénitiennes. c'esl à la Scuola San Rocco, au milieu d'un cadre architectural fait à souhait, qu'il faut étudier les innovations ingénieuses et presque toujours très hardies qu'il introduisit dans l'iconographie chrétienne. La crèche de la Nativité, par exemple, n'est plus la grange au toit défoncé, vrai décor de théâtre, si chère aux Primitifs : ici nous sommes dans une étable réelle ; au rez-de-chaussée sont les animaux avec les bergers qui apportent leurs offrandes, tandis qu'un joli paon est sur son perchoir et qu'un coq boit dans une " écuelle ; dans un coin du grenier sordide. Fig. 253. -- André Mantegna [1431-1506).
d„t 1 î u e >i ,n . . Saint Sébastien provenant de la Sainte-Cha-
ont le plancher torme un étage, est réfugiée , j... F u A n- vr.,.i»
r & • & pelle d Aigueperse ^Puy-de-DomeV Musée
la Sainte Famille. De même ce n'est plus du Louvre, dans un palais ou dans une église que
s'accomplit l'Annonciation, mais dans une pauvre chambre carrelée et meublée d'une chaise de paille, tandis qu'à gauche on aperçoit l'atelier encombré du charpentier. La Cène n'a plus l'ordonnance majestueuse des compositions florentines ; ici ce n'est pas la figure du Christ qui est au premier plan, mais plutôt l'agitation désordonnée des apôtres au moment même où ils entendent les paroles redoutables : « Quelqu'un de vous me trahira ! » (fig. 254 . De même sur le chemin en lacet qui mène au Calvaire ce sont les deux larrons qui sont mis en avant. Mais le morceau capital où revit, sous une forme plus
i.k iintoiœt
somptueuse il est vrai, la tradition de l'art pathétique, est la grande Crucifixion qui orne la salle où siégeait la Confrérie. Sur un fond de lumière blafarde se détachent comme des ombres qui s'agitent. Le spectacle est d une horreur granose. Au centre, la croix du Christ vienl délie dressée et 1 on voit l'échelle qui v esl appuyée; le Sauveur, encore vivant, penche douloureusement la tête sur la
Phot Andersoll.
Fig. 254. — Le Tintoret. La Cène. Venise, Scuola tli San Hocco vers ÎÔGO .
poitrine, tandis qu'à ses pieds Marie tombe évanouie dans les bras des Saintes Femmes. A droite, les aides du bourreau, la poitrine nue, font de grands efforts pour dresser avec des cordages la croix à laquelle est cloué un des larrons. A gauche, la croix du second larron esl encore à terre et tandis que l'on creuse le trou où elle va être plantée, le condamné esl contraint de se coucher et un aide à a poitrine musculeuse, muni d'une longue tarière, perce le bois avant d'y fixer clous'. A droite et à gauche, des reîtres magnifiquement vêtus occupent le
1. Sur un croquis, aujourd'hui à Home, « le bourreau clouait à grands coups de marteau le condamné sur la croix gisante. Le maître ne l'a pas conservé dans l'oeuvre définitive. » (G. Soulier, Le Tmloret, p. 60.