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LA RÉFORME ET L'ART RELIGIEUX H

premier plan, tandis qu'au fond on aperçoit la foule confuse el tourbillonnante

(1rs .luils. maintenus par les cavaliers.

Enfin dans la Salle du Grand Conseil, au Palais Ducal, le Tinlorcl peignit en 1589 sa grandiose « Gloire du Paradis ». la plus grande toile <|u un peintre ail jamais exécutée '. Le vieux maître, âgé de soixante-dix-sept ans. retrouva dans celle composition toute la fougue et la fécondité de sa jeunesse. Ce sérail faire lorl à son œuvre que de la comparer à celle de Michel-Anne. Le sujet de la Si\line el celui du Palais Ducal sonl d'ailleurs entièrement distincts. Il ne s agil plus ici du Jugement Dernier, mais de l'éternité bienheureuse qui le suivra, (.esi un chanl de triomphe en l'honneur des myriades d'élus qui se poussent innombrables, en cercles concentriques, suivant les degrés de la hiérarchie céleste, autour de l'auréole centrale où rayonnent le Christ el la Vierge. Un accent profondément religieux anime celle belle composition qui esl en quelque sorte le chanl du cygne de 1 ancien art chrétien '.

Malheureusement, 1 œuvre du Tintoret resta isolée et il ne fonda pas 1 école qui eût pu donner une nouvelle vie à la vieille iconographie religieuse. C esl vers d'autres horizons que regardent ses contemporains. A Rome même, au centre de la catholicité, le néo-paganisme s'affirme par les manifestations les plus éclatantes avec Michel-Ange et surtout avec ses élèves. Vasari. Zucchieri, Cavalière d'Arpino qui n'ont plus ni la hauteur de pensée, ni le sens dramatique du maître et ne retiennent de son enseignement que la science du nu el le culte de la forme.

Déjà à la fin du XVe siècle Savonarole avait tonné contre les peintres qui montraient les belles Florentines sous les traits de la Vierge et révélaient les saintes des habits des courtisanes. Au carnaval de 1 l'.'T. les Florentins, pris d'un véritable délire, entassèrent sur un bûcher, à côté des oripeaux de leurs mascarades, un grand nombre de tableaux, de statues, de manuscrits précieux, condamnés sans appel3. Les protestations contre les tendances de l'art religieux se multiplient dans toute l'Europe. Angélus Rumpler, abbé de Formback-sur-1'Inn (1501-1513 . se plaint de voir les églises, transformées en musées, donner matière à la curiosité plus qu'à la prière. Il admel qu'on y figure la Passion du Christ et les supplices des martyrs, mais il proscrit sans pitié tout l'art ornemental, et raille ces baldaquins d'autels, si hauts qu'on ne peut en voir le bout '. La Réforme protes-

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