CONDAMNATION DE L'ICONOGRAPHIE DU MOYEN AGE
tante devait aller plus loin encore et condamner le principe mémo d'un art religieux C'était la conséquence logique de l'établissement du culte en esprit et de la
négation ilu dogme de l'intercession de la Vierge et des saints. Vn mouvement iconoclaste commença donc dans toute l'Europe; très limité dans l'Allemagne luthérienne, il atteignit surtout son intensité en Suisse après les prédications de Zwingle 1523 et dans tous les pays qui acceptèrent les doctrines calvinistes. Pour la première l'ois depuis le mouvement iconoclaste du vm" siècle, la légitimité même d'un art religieux était niée catégoriquement. La Réforme protestante fut suivie de la Réforme catholique du concile de Trente (1545-1563). Dans sa 25" session décembre 1563 le concile reconnut solennellement le culte des images et reproduisit la doctrine du deuxième concile de Nicée. Cependant les termes mêmes dont il se servait pour interdire l'exposition dans les églises d'images susceptibles d'égarer les simples, ou en désaccord avec les dogmes, ou contraires à la pureté, contenaient une condamnation implicite de la forme qu'avait prise l'art religieux depuis un siècle. Un mouvement d'épuration et de réaction allait commencer.
Dans les années qui suivirent la clôture du concile de Trente, une véritable terreur règne sur l'art chrétien. Partout on condamne et on excommunie ce qu'on admirait jadis. Dans une lecture faite à 1 Université de Louvain en 1568, Molanus Vermeulen . commentant les décrets de Trente, fait le procès de l'ancienne iconographie1. Toutes les traditions lui paraissent absurdes et devant son rationalisme intransigeant, aucune légende, si touchante soit-elle. ne trouve grâce : les récits de la Légende Dorée, les traditions des évangiles apocryphes sur la jeunesse et la mort de la Vierge sont frappés de suspicion. Le merveilleux est ramené par lui à la réalité vulgaire : saint Christophe n'est plus le bon géant qui porte le Christ, mais un missionnaire qui prêche sa doctrine ; saint Georges est dépouillé de son armure chevaleresque et il conteste à saint Nicolas sa résurrection des trois écoliers. Il repousse, comme contraires au dogme, les motifs de l'art pathétique, l'évanouissement de la Vierge au pied de la croix et surtout la douleur de Dieu le Père. L'élément pittoresque ne lui semble pas moins blâmable et il est choqué par les beaux costumes du banquet d Hérode et des Noces de Cana.
Dès lors une surveillance étroite et chicanière est établie sur l'art. En 1573 Raid Véronèse est traduit à Venise devant l'Inquisition; on lui demande compte
1. De historia sanctarum imaginum cl picturarum. Louvain. 1Ô7S. Voy. Mâle. L' Art religieux à lu fui du moyen âge, p. 535.