‹ L'art chrétienChapitre 361 sur 442 · RUPTURE AVEC LA TRADITION · texte numérisé non relu

RUPTURE AVEC LA TRADITION

des lansquenets buvanl ou mangeanl ei du bouffon, le perroquel au poing, qu il ;i introduits dans sou Repas chez Simon le Pharisien ; il est condamnéàcorrigei'son tableau

à ses Irais. Deux ans plus lard, il est vrai, il reproduit des détails analogues dans le cadre monumental de son « Repas chez Lévi » fig. 255 . Le sculpteur Ammanati de Florence désavoue dans une lettre à l'Académie des Beaux-Arts toutes ses statues voluptueuses et se repent du scandale qu'il a causé. Le réalisme de Caravaggio (1569-1609), qui essaye de réagir contre le style académique, fait horreur : son saint Mathieu, assis à une table modeste, un genou sur le banc, le style à la main, est refusé pour Saint-Louis des Fiançais à cause de sa tournure vulgaire.

Un Christ médiateur. d'Abraham Hloemaert. commandé en 1619 pour l'église Saint-Jean de Bois-le-Duc, comparait devant un aréopage de docteurs de Louvain qui déclarent sa composition contraire aux décrets du concile de Trente et le font écarter. Symptôme significatif, la statuaire est délaissée en Italie et ce sont surtout des bas-reliefs qui ornent les tombeaux des papesde cette époque à Sainte-Marie Majeure1.

1. Tombeaux de Pie V (1566-1572), Sixte-Quint 1588-1590). Clément VIII (1591), Paul V 1605-1621). Reymond. L art de la Contre-Réforme. Revue des Deux Mondes, 1911. II. 393.

RUPTURE Wl.c i. \ TRADITION

Il est impossible de nier que l'aspecl entièrement profane qu avait pris 1 arl eux ne rendit cette réaction nécessaire, mais comme il arrive toujours, le but fut dépassé et le principal inconvénient de ce mouvement de réforme catholique fut une rupture presque complète avec une tradition vénérable qui remontait à I époque constantinienne. Les usages les plus respectés tombent désormais dans l'oubli : mi n'attache plus aucune importance à l'orientation des églises ; personne

ne sail plus déchiffrer le symbolisme' ingénieux qui faisait de l'ornementation religieuse une doctrine figurée. Le nouveau type adopté pour les édifices, celui de la nef unique, accostée de chapelles entre les contreforts, terminée par une seule abside, a un caractère pratique et utilitaire. Elle esl faite pour la prédication et le « (îesù » de Home, élevé en 1558, devient un modèle sans cesse répété. La substitution des vitraux blancs aux verrières historiées achève de détruire le mysticisme poétique qui émanait jusque-là de la maison de Dieu.

Le point de vue de l'art religieux s'est donc modifié. Ce n'est plus à la décoration monumentale qu'on demande de compléter l'instruction des fidèles, mais bien plutôt au livre illustré, à 1 image de piété. Le champ des artistes s'est d ailleurs rétréci en même temps que les grandes verrières, les grandes façades historiées des églises,

I ig 256. -Carrache. TransHgùration [eg ml)k>s (k, ierre des portails ont disparu sans

1) après un- gravure, bologne, 1 ma-

cpthèque. retour : au lieu des ensembles grandioses d autre-

lois, on ne voit que îles portails plaqués sur le nu du mur et dont la décoration esl en général mesquine, ou des statues isolées surmontant les galeries extérieures ou les toitures pour l'aire valoir les lignes d'architecture. Sans doute à l'intérieur des édifices la place réservée à l'iconographie est plus grande, mais de plus en plus le tableau de chevalet envahit l'église et, sous la forme du retable d'autel encadré par un décor sculpté, qui atteint en Espagne ei en Italie des dimensions colossales, finit par devenir la décoration essentielle. I. art religieux n a plus qu'un rôle accessoire : il est tout au plus un objet d'édification, un ornement destiné à flatter la vue et n'exprime plus aucune grande idée. Les sujets même des compositions dépendent désormais du caprice individuel et connaissent la tyrannie de la mode.

Dès lois une véritable scission se produit dans l'art religieux. Au moyen âge

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