LE STYLE BAROQUE
hommes de génie ou de talent ne peuvenl improviser une tradition, qui a besoin pour s'élaborer d'un développement séculaire. Or, la tradition du moyen étant officiellement reniée, aucune discipline ne la remplace. De plus en plus l'art religieux est dans la dépendance étroite de l'art profane, et les tendances qui s'affirment dans celui-ci ne vonl pas larder à faire connaître de mauvais jours à celui-là.
On peul dire que, du milieu Au xvn" siècle au début du xix", l'histoire de l'art religieux est telle du discrédit dans lequel il tombe graduellement, jusqu'au jour où les néo-classiques de l'école de David, lui appliquant avec une logique implacable les doctrines de Boileau sur le merveilleux chrétien, finissent par l'éliminer de leur programme. La rupture avec la tradition est si profonde que c'est le clergé lui-même qui détruit les œuvres les plus charmantes du passé, statues, vitraux, autels gothiques, pour les remplacer par des ornements à la mode du jour'.
Les germes de maniérisme que l'art académique des peintres bolonais portail en soi ne tardèrent pas à se développer au xvn° siècle. Le danger de la Réforme passé, il semble que l'Eglise renonce à sa défiance envers la Renaissance antique. Les excellents humanistes que sont les jésuites ont trouvé dans le programme d instruction de leurs collèges la conciliation rêvée entre les humanités et le christianisme. La mythologie a cessé de paraître dangereuse, dès qu'elle n'a plus été qu'un décor banal, destiné à faire valoir les scènes religieuses. D'autre part, le lossé que la Renaissance avait creusé entre le peuple et les classes cultivées est devenu pi us profond. L'art religieux prend un aspect de plus en plus aristocratique: I église ressemble à un salon, jusqu'au jour où elle laisse pénétrer chez elle les décors de l'Opéra. Les grands seigneurs laïques ou ecclésiastiques, qui tout couvrir leurs galeries de peintures mythologiques, aiment à retrouver dans les églises le même décor classique. Pour rehausser les peintures on dispose des marbres précieux, des architectures compliquées aux colonnes torses, aux frontons découpés en trois parties, aux guirlandes de feuillage déchiqueté : le style baroque est né et va régner en Europe jusqu'à la fin du xvme siècle.
Ce nouveau style, dont le Bernin (1598-1680) fut le principal créateur, imposa à I art religieux un véritable esclavage en détruisant chez lui toute émotion sin-
1. Ce fut ainsi qu'en 17(i6 tes chanoines d'Autun tirent détruire le tombeau de saint Lazare, une des œuvres les plus importantes de la sculpture romane, et qu'en 1771 Soufflot mutila le portail central de Notre- Dame de Paris, détruisit le trumeau du Grand Dieu et entama le tympan, afin de permettre au dais de franchir cette porte
LE BERNIN LE BRUN. MK.NAIU)
cère. Ce fui à Rome qu il s'affirma d'abord dès la première moitié <lu xvu' siècle. En 1665 le fameux voyage <l ti Bernin à Paris contribua à I implanter en France cl il ne tarda |>;is à rayonner dans toute l'Europe : à Vienne, à Munich, à Dresde, à Madrid, partout on retrouve les preuves de l'empire qu'il ;i exercé. Noble et grandiloquent au xvu' siècle, il devient précieux et mièvre sous Louis XV : le
Fig. 267. — Le Bernin (1598 1680 . L'extase de sainte Thérèse. Rome. Santa Maria délia Vittoria.
rococo est l'aboutissement fatal du baroque. Sans doute, il est impossible de nielles mérites de cet art auquel on doit des créations charmantes et un sens affiné du décor, mais son intrusion dans le domaine religieux eut des conséquences déplorables et faillit faire disparaître l'art chrétien pour toujours.
Du moins, malgré leur rhétorique, les maîtres du xvue siècle, le Bernin en Italie, Charles Le Brun" 1619-1690 et Mignard (1610-1695 en Fiance, avaient un certain souci de la vraisemblance ; la noblesse et la belle ordonnance de leurs compositions, chez le Bernin le sentiment dramatique, réussissaient à sauver les