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Ce sont là, semble-t-il, de nobles tentatives, et qui prouvent que si l'art chrétien, affranchi pour toujours de la forme académique qui lui fut imposée au xvie siècle, continue ;i remonter À ses véritables traditions, son histoire est l < » i 1 1 d être close.
soin avait été apporté à l'exécution des pièces du mobilier el des ornements liturgiques. 1! y :i là un effort intéressant et qui promet d'être fécond Enfin, bien <|u il ne s'agisse pas de thèmes exclusivement chrétiens, il faut signaler cor
Fig. 282. — Couronnement de la Vierge Fragment de tapisserie du trésor de la Cathédrale de Sens, xv siècle.
CONCLUSION
L'arl chrétien n a de raison d'être dans noire société contemporaine que s'il redevient un enseignement véritable, adapté à toutes les exigences intellectuelles et morales de ceux sur lesquels il doit agir. L'art académique du xvic siècle n'était qu'un simple décor édifiant, d'un caractère tout factice : le manque de sincérité, l'absence de simplicité, la boursouflure, l'emphase, en un mot tous les défauts condamnés par la doctrine même qu'il prétendait prêcher, tels sont ses moindres inconvénients.
C'est par delà l'époque de la Renaissance qu'il faut remonter, si l'on veut retrouver la tradition véritable. Mais cette tradition elle-même est double et le problème qui s'est imposé aux artistes chrétiens de tous les siècles devra être abordé aussi par ceux de nos jours. Dès l'origine en effet deux tendances opposées se manifestent dans l'iconographie religieuse : tantôt les personnages et les scènes n'ont qu'une valeur symbolique destinée à démontrer la vérité d'un dogme ou d'un précepte moral ; tantôt, au contraire, c'est l'histoire dans sa réalité saisissante, avec ses détails pittoresques et son élément dramatique qui est reconstituée. On peut dire que la lutte entre ces deux tendances, la prédominance de l'une ou de l'autre, les tentatives de conciliation entre elles forment toute l'histoire de l'art chrétien.
C'est à Alexandrie, dans le milieu des exégètes subtils, juifs comme Philon, chrétiens comme Origène, que la première conception de l'art chrétien s'est élaborée au début de notre ère. C'est de cette société hellénistique, qui travaillait a réunir dans une même synthèse la sagesse grecque et les dogmes orientaux, qu'est sorti le système de symboles, véritablement hiéroglyphiques, qui a permis aux chrétiens des catacombes romaines d'affirmer en un langage d'initiés leurs espérances en la vie éternelle et leur foi aux promesses du Rédempteur. Telle est la première tradition. Appliquée d'abord uniquement à l'art funéraire, cette conception'ne tarda pas, dès le m° siècle, à embrasser l'ensemble des dogmes : toute une théologie figurée commença ainsi à se développer et. grâce aux ressources
CONCLUSION «7
d'admirables techniques, donna naissance aux deux plus grandes écoles artistiques du moyen âge, celle de l'art impérial byzantin \ï-.\n siècles . ci celle de nos maîtres gothiques occidentaux du xmc siècle. Quelles que soient les différences de
procèdes qui séparent ces deux écoles, nous avons vu qu'elles sont unies pur une conception commune de I ail chrétien; toutes deux sont idéalistes et abstraites, également éloignées de l'anecdote et du trait individuel, également soucieuses de subordonner la l'orme éphémère à l'idée éternelle.
Mais une conception tout opposée à celle-là prit naissance en Syrie au ive siècle. c'est-à-dire dans le pays même qui avait été le théâtre de l'histoire du peuple de Dieu et de la vie terrestre du Christ. Le désir qu'on éprouva de rappeler, dans les principaux sanctuaires de Palestine, les événements illustres qu ils étaient destinés à commémorer, donna naissance à 1 iconographie historique, qui enseigne aussi les dogmes, mais à sa manière. La restitution, dans leur réalité la plus précise, des événements qui sont le fondement même de ces dogmes, parut la meilleure méthode apologétique. L'art historique est né ainsi, mais tandis que la société alexandrine des premiers siècles ne connaissait d'autre moyen d'expression que la l'orme hellénistique, au rve siècle ce sont les traditions artistiques de l'ancien Orient qui sont prédominantes. A la noblesse, à la sobriété de la composition hellénique s'opposent le réalisme, la vulgarité parfois et toujours la sincérité de lait oriental.
Cette nouvelle tendance s est opposée à celle de 1 art théologique et abstrait et l'a forcé à compter avec elle, mais les motifs les plus pittoresques ou les plus pathétiques, en passant dans cet art. ne tardaient pas à s'imprégner de son caractère dogmatique : l'exemple de la Nativité et de la Crucifixion suffit à montrer comment, traitées par des théologiens, les compositions les plus vivantes se résolvaient en symboles. La tradition réaliste et historique ne garda toute sa force que dans l'art, d'un caractère spontané et populaire, qui continua à se développer dans les monastères orientaux, en Egypte, en Palestine, en Mésopotamie, à Constantinople chez les Studites, plus tard dans les laures du mont Athos. enfin dans les ermitages rupestres qui nous en ont conservé des spécimens, en Cappadoce et dans l'Italie méridionale. Nous avons constaté des infiltrations de cet art monastique populaire, et dans l'art byzantin officiel, et dans notre art roman occidental. Lorsqu'au xiu° siècle la théologie scolastique apparut comme un aliment insuffisant aux âmes éprises de mysticisme, ce fut cette école monastique d Orient qui vint satisfaire les exigences nouvelles de la piété. Sous son action l'art byzantin officiel et l'art gothique d'Occident subirent une transformation également profonde. Le réalisme mystique triompha dans toute l'Europe; c'est lui qui inspire en même temps l'école byzantine de Mistra ainsi que nos primitifs d'Occident et se prolonge dans l'art religieux des peuples slaves et roumains ou dans l'art espagnol
CONCLUSION
ilu xvin' siècle. Le reste du monde chrétien tomba au \\i siècle sous la domination de la doctrine académique.
Dans les temps modernes la vie s'est retirée lentement de l'art religieux et l'erreurdes maîtres «lu xix' siècle a été de vouloir ressusciter un passé bien mort : rencontrant sur leur chemin les deux traditions fondamentales, ils ont prôné tour a tour l'une e1 l'autre, ils n'ont su ni choisir entre elles, ni les renouveler. De là 1 incohérence et la stérilité de leurs efforts : figures abstraites d'Hippolyte Mandrin, symbolisme compliqué des préraphaélites, pompes liturgiques de l'école de Beuron, reconstitutions archéologiques de Bida et de Tissot. fantaisies néo-chrétiennes de Fritz von l'Iule et de Béraud. 1 art chrétien a connu tous les avalais et e est au moment où l'on pouvait désespérer de sa renaissance que quelques artistes animés d'une foi sincère sont allés demander aux maîtres d'autrefois non plus des modèles à copier ou des thèmes à démarquer, mais le secret même de la vie qui règne dans leurs œuvres, la méthode nécessaire pour faire de lait chrétien autre chose qu'un simple exercice d'atelier et lui restituer sa véritable mission.
La jeune école d'art chrétien est née d'hier, mais les preuves de vitalité qu'elle a déjà données font bien augurer de son avenir, et il n'est plus aujourd'hui trop té)t pour essayer de marquer la place qu'elle peut prendre dans l'histoire de l'art religieux.
Et d'abord ce que tous ceux qui participent à ce mouvement rejettent, c'est l'art académique avec son manque de sincérité et son inaptitude à exprimer un sentiment quelque peu profond : c'est ensuite le pastiche, le plagiat du passé, la fausse couleur locale: c'est enfin le caprice de la fantaisie individuelle. L'art chrétien doit être sincère, ce qui signifie que les sentiments qu'il exprime auront été vraiment éprouvés par les artistes : c'est à ce prix seulement qu'il cessera d'être un décor de salle de spectacle, une rhétorique creuse et banale, pour redevenir un langage spirituel.
Mais comment dans des sociétés aussi bouleversées, aussi disparates que les nôtres, atteindre à un pareil idéal? Où trouver les accents qui entraîneront les élites et les foules? Comment instituer cette prédication par la beauté? En revenant simplement à la grande tradition.
L'art chrétien, qui s'efforce depuis près de deux millénaires, d'interpréter la pensée religieuse, a pu revêtir les formes les plus variées; il n'en est pas moins essentiellement une prière et un enseignement; il illustre en quelque sorte aux \eux la prière liturgique, il pénètre même jusqu'aux mystères de l'oraison individuelle et, comme l'homélie, il agit sur les âmes. Telle est sa seule raison d'être et c'est parce que le sens véritable de sa nature s'est obscurci qu'il a failli périr.
L'art chrétien ne peut vivre en effet que s'il est alimenté par une pensée; il est le contraire de « l'art pour l'art ». et « conter pour conter lui semble peu
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(1 affaire ». La beauté n es! pour lui qu'un moyen d exprimer 1 idée sous une forme plus saisissante e1 plus durable que ne l'es! la parole humaine. (^ esl en ce sens qu'il estle langage des siècles, c'esl ce qui donne à son histoire un intérêl si puissant, et c'est seulement si ces principes son! adoptés sans réserve que la renaissance d'un ail religieux est possible.
Mais déjà, nous 1 avons vu. c'est autour de ce programme fécond que se sont unis les hommes de bonne volonté qui ont entrepris la tache immense de fonder une nouvelle école d art chrétien. S'ils i -estent fidèles aux principes qui ont dirigé leurs débuts, s'ils gardent à leur symbolisme une largeur de pensée et une clarté suffisantes, s'ils s'adressent vraiment, suivant la belle dédicace de Sainte-Marie Majeure. « au peuple chrétien o tout entier, si enfin ils parviennent à imposer à toutes les techniques mises au service de la pensée religieuse, et principalement à l'architecture, l'unité d'inspiration qui est la marque d'une grande époque, alors l'art chrétien pourra redevenir entre leurs mains ce qu'il fut à certains siècles de son histoire, un instrument d'une puissance incomparable, un langage d une poésie merveilleuse et accessible à tous, capable d'exprimer dans la variété infinie de ses nuances, toutes les adorations, toutes les joies, toutes les douleurs, toutes les espérances, toute la vie spirituelle de l'humanité.
Fig. 283. — Saint Louis, roi de France. Commencement du xv siècle. Ms Ars. 622 F 278 v°).