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Maître vêtu d'une lumineuse robe blanche se suspendent les deux sœurs en cape violette avec une expression d'épouvante, tandis qu an groupe de jeunes lilles
occupe le devant île la scène et que (les montagnes voisines accourent des paysans
avides de contempler le spectacle.
A Georges Desvallières on doit le Drapeau du Sacré-Cœur 1919, Verneuilsur-Avre . qui montre le Christ dans les tranchées arrachant son cœur et le plaquant sur le drapeau français, mais son œuvre eapitale est 1 immense ensemble destiné à wnv chapelle du département du (lard appartenant à M. Jacques Mouché et dont le thème est « la Faute et la Rédemption ».
C'est au centre la vision effrayante du Père Eternel dans sa grande robe blanche, maudissant la Faute, le poing fermé vers la gauche, annonçant la Rédemption de sa main ouverte vers la droite. A sa gauche Adam et Eve fuient. poursuivis par les anges au milieu de ronces et de lianes entremêlées de hideux serpents, puis se déroulent les conséquences de la Faute : le meurtre d'Abel, la Croix du Calvaire se détachant sur un ciel d'orage, enfin le Saint- Sépulcre avec 1 Ange et les Saintes Femmes de la Résurrection. La Rédemption, à droite, est évoquée par un soldat et une infirmière qui ont donné leur vie pour la Fiance et qu'accueille
la figure tragique du Sacré-Cœur, puis viendra la Résurrection des Morts réveillés par les Anges. On a fait à cette magnifique composition des critiques de détail, mais ce qu'on ne peut nier c'est la grandeur de la conception et la hauteur de la pensée. Avec Desvallières et Denis l'art chrétien est redevenu non seulement un langage mais le plus sublime des enseignements. A une discipline appauvrie et desséchée ils ont rendu la vitalité et l'ont enrichie des trésors d'un symbolisme, plus accessible à tous, mais tout aussi profond que celui qui régnait dans les œuvres littéraires. Cette renaissance n'est d'ailleurs que l'un des aspects du réveil de la sensibilité religieuse : les élans de foi d'un Verlaine ou d'un Péguy.
Fig. 280. — Georges Desvallières. Le Christ déclarant son amour aux hommes.
GEORGES DESVALLIÊRES. EUGÈNE BURNAND
le lyrisme d'un Claudel, le naturalisme religieux d'un Francis Jammes, la musique symphonique d'un César Franck et d'un Vincent d'Indy expliquent l'œuvre parallèle d'un Maurice Denis et d'un Georges Desvallières.
Et leur exemple a été suivi dans toute l'Europe; dans tous les pays et jusque clans les confessions protestantes des efforts sont tentés pour renouveler l'art religieux, lui Suisse. Eugène Burnand 1850-1921, a traduit avec une sincérité et une toi profondes dans son illustration des Paraboles i M08 , les images vivantes qui constituent l'enseignement évangélique. Il a surtout cherché à exprimer le sens
Fig. 281. — Eugène Burnand. La drachme retrouvée. Dessin extrait des Paraboles.
Berger-Levrault. éditeur.
éternel, applicable à tous les temps et à tous les pays, des préceptes divins. Ses décors et ses personnages ont un caractère assez abstrait pour convenir à tous les hommes et assez expressif cependant pour éveiller l'émotion religieuse. Les détails les plus familiers le levain, la drachme retrouvée) ifig. 281), y conservent toute la noble simplicité, qui est l'essence même du récit évangélique. Ce n'est plus, comme dans l'ancienne iconograpbic. une interprétation symbolique, c est le récit lui-même dans toute sa grâce pittoresque. Eugène Burnand a aussi composé pour l'église suisse de Herzogenbuehsee une série de vitraux dont il a reproduit les dessins dans son Illustration du Sermon sur la montagne.
En Finlande la cathédrale de Yiborg a reçu de Joakim Skovgaard une décoration en fresques d'un style à la fois simple et large: d'immenses compositions aux tonalités claires, une Crucifixion à la fois pittoresque et dramatique, une Ascension, un Christ dans sa gloire occupent toute la hauteur des murailles 1900-1905 . Aux environs de Stockholm, l'église de la Bévélation. due à l'ar-
LA VISION DE I.KCUNK l'IITWKK ll.l
chitecte Ferdinand Boberg, apparaîl inondée de lumière s;ms que l'on aperçoive les baies percées en arrière du portail el <!;ms les croisillons. Aussi toute l'attention se porte-t-elle sur le grand crucifix d'orfèvrerie qui surmonte l'autel et vers lequel convergent toute l'architecture et la décoration de l'édifice.
Ainsi notre génération assiste au renouveau le plus important qui se soit produit dans 1 art chrétien depuis le concile de Trente, mais si encourageants que soient les résultats déjà obtenus ils ne sont pas encore suffisants. Des à présent I ornementation des églises sort de la banalité; leur mobilier même et leurs vêtements liturgiques se renouvellent, nniis c'est de leur construction même qu'il s agit d'abord. La renaissance des arts décoratifs n'a pas eu jusqu'ici pour fondement la création du style architectural nécessaire à une grande école. L'architecture de fer el le ciment armé ont succédé de plus en plus à la construction en pierre, en particulier pour la réédification des innombrables églises des pays du nord de la France détruites pendant la dernière guerre. Ces matériaux ne sont pas condamnables en soi; tout ce qu'on peut dire, c'est qu'ils n'ont guère révélé jusqu'ici leur caractère artistique et qu'ils ne sont pas faits pour l'éternité. Leur emploi pourra-t-il du moins devenir le point de départ d'un nouveau style?
Dans la « Jeune Fille Violaine », Paul Claudel a [esquissé en termes magnifiques ce que doit être selon lui l'église de l'avenir « où tous les chrétiens réunis se « trouvent — assimilés dans l'unité d'un même corps mystique », triple vaisseau à l'intersection desquels se dresse « l'Autel-Roi ». De ces trois nefs, la première, destinée aux cérémonies liturgiques, semble « un site religieux comme un paysage ou un jardin de pierre ». Ses piliers semblent descendre de la voûte comme de longs filets ; ses chapelles, dispersées de toute part, sont creusées dans la paroi à diverses hauteurs. La seconde église, au contraire, entièrement vide, sans piliers ni arcades, est réservée à la méditation. « C'est l'habitation de Dieu " avec l'homme où l'un vient pour voir l'autre face à face. » « A la voûte est repré- « sente en une immense sculpture sombre et tachée de couleur et relevée çà et « là de cuivre et d'argent, telle que la déchirure de la vision — le Jugement mêlé « à l'histoire du monde et à sa création ». Enfin la troisième église est « le cachot « de la Pénitence... C est là où tous les cœurs déchirés, où tous ceux qui souffrent « passion de l'esprit — sont assurés d'une nuit pareille à celle de la tombe... « Une lampe brûle devant un tabernacle, et d'un côté une vague lueur — éclaire « l'image de la Vierge, de l'autre les fonts baptismaux se dressent dans le créa puscule — entre l'ombre et le flamboyant autel ». A l'extérieur de l'édifice « qui « se dresse au-dessus de la ville comme un trône et comme un refuge aussi ». on a disposé les rampes et les terrasses pour la montée des processions '.
1. Faut Claudel. La Jeune Fille Violaine (Théâtre, 1" série, tome III). Paris, 1911, édit. du Mercure de France, p. 139-148.
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Or, cette magnifique évocation de l'église dos temps futurs n'esl pas seulement un beau développement littéraire. Elle répond à des aspirations si profondes qu'elle est déjà en voie de réalisation. Bien que son programme ne soit pas absolument identique à celui de Paul Claudel, l'architecte Gaudi élève à Barcelone une grande cathédrale gothique dont la disposition pittoresque et l'inspiration vraiment religieuse font songer à l'église décrite dans « la Jeune Fille Violaine ». Avec une piété sincère et une conscience scrupuleuse dignes des maîtres d œuvre d'autrefois, Gaudi travaille depuis 1882 à 1 édification de 1 église de la Sainte Famille'.
La décoration est déjà disposée à l'extérieur, sur les chapelles absidales à double étage, où se joue toute une l'aune gigantesque, et au grand portail nord, dont le pinacle atteindra la Hauteur des voûtes et portera la grande rose dans son tympan. L'iconographie de chacun des portails sera une merveilleuse synthèse du programme théologique et de l'art naturaliste de la tradition franciscaine. Au portail nord déjà construit le monogramme du Christ apparaît au sommet, comme le soleil bienfaisant qui fait fondre la neige accumulée sur les rampants. Autour de la crèche figurée sur le linteau, au milieu des adorations des anges, des hommes, des enfants, le réveil de la nature est représenté par les oiseaux de tout genre qui manifestent à leur manière leurs sentiments d'allégresse. Par la fraîcheur de sa poésie ce programme évoque le Cantique du Soleil et ramène 1 ail religieux à ce naturalisme chrétien qui fut celui du Poverello. Mais l'iconographie telle que la conçoit Gaudi est à la fois un tendre appel au coeur de l'homme et un enseignement qui s'adresse à sa raison. Le symbolisme de la composition sera accentué par la couleur qui revêtira les portails et flamboiera à l'intérieur de la cathédrale a travers les verrières, dont les tons dominants changeront suivant les heures de la journée. Ainsi seront unis intimement dans un édifice grandiose les deux aspects qui firent la grandeur de l'art chrétien au moyen âge, le symbolisme théologique de Chartres et le tendre naturalisme d Assise".
1. (. Desdevises du Dézert. Barcelone Les Villes d'art célèbres . Paris, 1913. p. 56-61.
2. En France la reconstruction des églises. dans les régions dévastées a donné lieu à des tentatives intéressantes, par exemple l'édification aux portes de Reims de 1 église Saint-Xicaise (plan en croix grecque avec clocher central dû à Auburtin : décoration peinte parti Jaulines et Menu: chemin de croix, remarquable par la largeur de son style simple et expressif, du peintre Jean Berque). — L'art religieux a été aussi largement représenté à l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs de Paris (1925). Signalons en particulier l'église en ciment armé de l'architecte Droz, qui s'élevait au milieu du *• Village Français » (Plan en croix grecque, un carré central flanqué de trois chapelles et du porche surmonté d'un clocher à jour/. Bien qu il y ait des réserves à faire sur l'exécution des œuvres qui la décoraient, sur leur caractère disparate, sur leur polychromie parfois un peu violente, sur leur entassement dans un espace trop restreint, on ne peut que louer la clarté du plan de décoration iconographique à laquelle ont collaboré les quatre groupements de la Société de Saint-Jean, le grand crucifix du clocher sculpté par Henri Charlier, à l'intérieur l'ornementation des trois chapelles dédiées au Sacré-Cœur, aux Sain I s de France, au Christ Rédempteur, avec leurs statues, leurs peintures murales, leurs vitraux, dont les thèmes sont subordonnés au sujet principal, au porche la rose du Couronnement de la Vierge au milieu des saints et des peintures illustrant l'Apocalypse. Le même
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