ORNEMENTATION PROFANE ET CYCLES BIBLIQUES
en argent du musée de Genève, qui peut dater du iv siècle, est orné de lièvres sortant à mi-corps de rinceaux '. Un bassin d'argent découvert à Cartilage montre des scènes pastorales séparées par des mascarons '. Des cuillers d'argent du trésor de Chypre, destinées à administrer l'Eucharistie et datant du vf siècle, sont ornées dans leur partie creuse d'animaux galopant '. Toute une série de rebords de marbre, découverts dans tous les pays méditerranéens et qui ont dû faire partie de bassins destinés aux ablutions, offrent sur les reliefs qui les décorent, les uns des thèmes simplement ornementaux ou même mythologiques, les autres les mêmes sujets bibliques ou évangéliques que les sarcophages chrétiens4.
Mais, la mode des cycles bibliques se répandait tellement qu'on les représentait sur les vêtements de soie brochée dont se paraient les riches patriciens. Dans un sermon d'Asterius, évéque d'Amasèe lin du iv" siècle i. on voit énumérées quelquesunes des scènes qui ornaient ces vêtements, et Théodoret, évèque de Cyr, en Syrie
V 158 . raconte que toute l'histoire du Christ était tissée sur la toge d'un sénateur'. Les étoiles coptes à sujets bibliques trouvées à Antinoé ou Akmin-Panopolis
Daniel dans la fosse aux lions, saint Pierre, le Christ en croix) 6 fournissent un commentaire suffisant à ces textes. Enfin sur la bordure de la robe que porte Théodora dans la mosaïque de Saint-Vital de Ravenne figure une jolie Adoration des mages. C est donc au début du v° siècle que s'est constituée la nouvelle méthode d'ornementation religieuse.
Mais ce ne fut pas sans soulever des résistances que 1 art religieux devint la parure consacrée des églises. Le souvenir de l'ancienne défiance contre l'idolâtrie s était conservé et se manifestait parfois pour combattre les tendances nouvelles. Le développement de 1 art religieux n'avait pas tardé à donner naissance au culte des images. Les figures sacrées ne sont pas seulement un enseignement, elles sont vénérables en elles-mêmes et le respect qu'on leur témoigne est une forme de la piété envers l'original qu'elles représentent. Déjà dans sa profession de foi adressée à l'empereur Julien (361-363), saint Basile affirme hautement sa vénération poulies images ". Dès le ive siècle apparaissent les images miraculeuses, exécutées aux temps évangéliques ou même non faites par la main d'un homme (acheiropoiètes) : telle la statue du Christ élevée, disait-on, par l'Hémorroïsse dans laville de Panéas ";
1. L. Bréhier. Le calice d'argent du musée de Genève. Genava. Bulletin du musée d'Art., 1925. p. 121-128. 2 Dictionn. Archéol. chrét., 11,607, fig. 1456.