LE XIX- SIÈCLE
le mérite de signaler 1 importance des monuments byzantins pour les études d'iconographie religieuse. Dans un voyage qu'il lit en Grèce el en Turquie en compagnie de Durand 1839-1840 . il rassembla un nombre considérable de dessins, de peintures et de mosaïques. Il fonda en 1X11 les Annule* archéologiques et il y commença la publication d une « Iconographie chrétienne ». réimprimée sous le titre d'Histoire de Dieu. D'après le plan qu'il avait dresse, il devait examiner successivement Dieu - l'ange -- le démon — les sept jours de la création, la chute de l'homme et la mort — le relèvement de l'homme parle travail — l'Ancien Testament — la Vierge et Jésus-Chrisi -- les apôtres, les saints et les martyrs — l'Apocalypse. Il ne put réaliser que la première partie de ce programme, qui suit avec une exactitude parfaite les grandes lignes de l'histoire sacrée, telle que la comprenaient les encyclopédistes du xiii'' siècle, un Vincent de Béarnais par exemple. Didron s'attacha d'ailleurs à montrer le caractère encyclopédique et pédagogique de l'art du moyen âge : il découvrit même la liaison entre les représentations peintes ou sculptées et les mystères dramatiques qui mettaient en action les mêmes personnages.
Le mouvement inauguré par Didron ne tarda pas à produire des résultats féconds. Le père Charles Cahier (1807-1882) publiait en collaboration avec le père Martin sa belle Monographie des Vitraux de la cathédrale de Bourges 1 84 1-181 1 . dirigeait des Mélanges d' Archéologie et d Histoire 1848-1856 et Nouveaux mélanges (1874-1877'. et étudiait la Caractéristique des saints dans l'art populaire 18(>7 . En 1848 l'abbé Crosnier publiait dans le Bulletin Monumental le premier traité complet d Iconographie chrétienne ; on y trouve déjà nombre d'observations ingénieuses et d'interprétations exactes, mais l'auteur, qui attribue une importance exagérée au symbolisme, a le tort de confondre les époques. A la même période se rattachent les études de Mme Félicie d'Ayzac (1801-1882), celles du père Marchi à Rome sur l'art chrétien primitif 1844 . le Manuel de l'Art chrétien de Grimouard de Saint-Laurent 1 1878 I, qui se propose de fournir des conseils pratiques pour l'ornementation des églises, et. en Allemagne, les recherches de Piper sur La mythologie et la symbolique de VArt chrétien des origines au XVI siècle Weimar, 1847-1851).
Malgré le mérite incontestable de tous ces travaux il leur manquait encore la méthode historique, sans laquelle il est impossible de comprendre le caractère des monuments. Didron et ses successeurs étudiaient séparément chacun des types religieux, le Christ, la Vierge, les saints, sans s inquiéter suffisamment des grands mouvements artistiques et religieux qui ont transformé à plusieurs reprises toute l'iconographie. Il est vrai que dans tout l'art chrétien il existe un fonds d'idées et de traditions communes. Par exemple, les draperies hellénistiques et les pieds nus du Christ et des apôtres, le voile qui entoure la tête de la Vierge, les
S rRAVAUX MODERNES
ailes des anges, le bœuf et l'àne de la crèche et beaucoup d'autres traditions très anciennes se sonl perpétuées à travers les siècles et, sauf quelques exceptions qui se rapportent à des cas très spéciaux, il a fallu attendre les reconstitutions archéologiques de Bida pour voir ces traditions abandonnées.
Et pourtant, malgré ces détails communs à la plupart des artistes chrétiens, l'esprit des représentations religieuses varie suivant les pays et les époques. Les études d 'iconographie ne peuvent donc produire de résultats féconds que si elles sont conduites d'après une méthode historique rigoureuse, et c'est seulement à la fin du xix' siècle qu'on s'en est aperçu.
Quelques ouvrages d'ensemble ont encore été publiés : le Traité d Iconographie chrétienne de Barbier de Montault 1890), la Christliche Ikonographie de Detzel 1894-1896 . le magistral ouvrage de Rohault de Fleury sur Les Saints de la Messe et leurs monuments 10 vol.. 1893-1900), mais de plus en plus les spécialistes ont concentré leurs efforts sur une seule période de l'art chrétien. En Italie J.-B. de Rossi. fondateur du Bollettino di arckeologia cristiana 18(51 1. auteur de la Roma sotterranea cristiana 1<S04 . a renouvelé l'histoire des origines de l'iconographie chrétienne et son œuvre a été continuée par de nombreux disciples. En France l'iconographie médiévale a été établie sur des bases vraiment scientifiques par M. Emile Mâle, qui a publié L'Art religieux du XIIIe siècle en France 1<SU8 , L'Art religieux de la fin du moyen âge 1908 . U Art religieux du XIIe siècle en France. 1922. M. Mâle a montré dans le détail le caractère encyclopédique de l'art gothique, que Didron n'avait fait qu'indiquer ; il a surtout fait ressortir le caractère théologique et dogmatique des œuvres du xin" siècle et il a mis en lumière le contraste qu'elles forment avec celles de la fin du moyen «âge, où dominent le mysticisme dû à la piété franciscaine et le goût du pittoresque, qui s'est développésous l'influence des représentations dramatiques. Dans son dernier volume, il est remonté aux sources de cette iconographie et a montré comment elle s'est constituée et renouvelée, grâce à la diffusion des miniatures de manuscrits, dont beaucoup reproduisaient des thèmes créés en Orient, et aussi sous l'influence des pèlerinages de la pensée théologique, du drame liturgique.
Enfin le domaine de l'art byzantin, découvert par Didron, a été véritablement défriché par une pléiade d'archéologues, tant en France qu'à l'étranger. Les ouvrages généraux de Bayet '. de Diehl \ de Dalton' font une large part à l'iconographie. Plus spéciales sont les études de Kondakov', de Strzygowski • '. de
1. L'Art byzantin. Paris, 1883, et Recherches pour servir à l histoire de la peinture et de la sculpture chrétienne en Orient avant la querelle des iconoclastes. Paris. 1879.
2 Manuel d art byzantin Paris, 1910 2ra" éd. 1925 .
3 Byzantine ard and archœologg Oxford, 1911.
4 Iconographie du Christ. 1905, de la .Mère de Dieu. Pétrograd, 1911-191.'). 5. Ikonographie der Taùfe Chrisli. Leipzig. 1885
G. Millet1, de Heinsenberg4, deSchmitl . pour uni citer que quelques-unes. Les découvertes du père de Jerphanion dans les églises rupestres de Cappadoce et la magistrale étude de (i. Millet. Recherches sur Viconographie de VÉvangïle aux A71". XVe, XVI siècles, dont les conclusions intéressent l'histoire de l'art chrétien tout entier, ont véritablement étendu et presque renouvelé notre connaissance de l'art byzantin. Le prolongement de cette tradition artistique jusqu'aux temps modernes chez les peuples chrétiens d'Orient, en Bulgarie, en Serbie, en Roumanie, en Russie, a fait l'objet dans ces divers pays de travaux importants. Nous avons déjà mentionné pour la Russie les études de Kondakov et de Schmitt, auxquelles il faut ajouter le beau livre de Louis Réau 4. En Serbie et en Roumanie les archéologues relèvent avec zèle les traces de la puissante école artistique qui a couvert de ses fresques si originales l'intérieur et parfois même l'extérieur des églises. Signalons pour la Serbie les travaux de V. Petkovitch et K. Jovanovitch. ainsi que ceux de G. Millet", et pour la Roumanie l'œuvre magnifique entreprise par la Commission des Monuments historiques de Roumanie" qui a déjà abouti aux belles publications d'ensemble de N. Iorga et Rais7 et à la luxueuse et savante monographie consacrée à l'église princière de Gurtea-de-Argés K.
Si l'on considère les transformations qui ont fait varier au cours des siècles les aspects de l'art chrétien, on peut diviser son histoire en six grandes périodes qui correspondent chacune à un point de vue différent.
1° La période des origines. L'art chrétien, presque limité au domaine funéraire, a un caractère surtout symbolique : soit à l'aide de signes mystérieux, soit par des représentations figurées qui n ont de sens que pour les initiés, il cherche à exprimer les espérances des âmes dans la venue du royaume de Dieu, puis à définir les dogmes essentiels du christianisme.
2° Du IVe au vi" siècle s'étend la période de l'art triomphal et apologétique.
1. Le monastère de Daphni. Paris. 1899. L'art byzantin (dans Michel. Histoire de l art, t. Paris, 1905 et III, Paris, 1908). Monuments byzantins de Mistra. Paris, 1910. 2 Die Apostclkirche. Leipzig, 1908.
3. Kahrié-Djami ^Bulletin de l'Institut russe de Constanlinople , XI. 1906. Paris, 1916.
4. Louis Réau. L art russe, des origines à Pierre le Grand, 1921.
5 G. Millet. L'ancien art serbe. Les églises. 1919 sera suivi d'un volume sur la peinture serbe .
6 Ses travaux sont publiés dans le « Buletinul eomisiunii Monumentelor istorice » édité à Bucarest depuis 1908.
7 N. Iorga et G. Bals. Histoire de l'art roumain ancien. Paris, 1922.
8. Buletinul eomisiunii Monumentelor istorice Années 1917-1923. Bucarest, 1923.