ORFÈVRERIE
« La sainte Table, dit Paul le Silentiaire, était d'or pur, étincelante de pierres fines et d'émaux incrustés. Elle reposait sur des colonnes d'or, tandis que quatre colonnes d'argent doré portaient un dôme ou ciborium surmonté d'une grande croix d'or. »
Et nous n'avons pas parlé des candélabres, des pyxides eucharistiques, des patènes, des vases, des lampadaires en forme de couronnes suspendues aux plafonds par des chaînettes, le tout fait en métaux précieux et rehaussé de pierreries. Il est vrai que des descriptions, comme celles du Liher pontiflcalis et de Paul le Silentaire, nécessitent quelques réserves; qu'en certains cas il faut entendre, sous le nom d'or et d'argent, des feuilles de métal appliquées sur des noyaux de bois. Il n'en est pas moins certain qu'il y eut dans les basiliques une masse énorme de travaux d'orfèvrerie.
Au IV® siècle, ils relevaient de la tradition hellénistique, à qui nous devons la vaisselle somptueuse des trésors de Bernay, Hildesheim et Bosco-Reale. Indiquer les ateliers d'où ils provenaient serait impossible, car les mêmes procédés et le même idéal régissaient tout l'Empire : c'est seulement à partir du vi® siècle que Byzance accapara l'industrie des métaux et la marqua d'une empreinte facilement reconnaissable.
Nous nous bornerons donc à citer ici des œuvres de l'orfèvrerie religieuse antérieures à Justinien. Rares en sont les pièces parvenues jusqu'à nous : elles se bornent à peu près uniquement à des coffrets, parmi lesquels doit être mentionnée spécialement une pyxide du Vatican provenant de Numidie et dont le décor, probablement du v® siècle, est tout inspiré du symbolisme basilical : un saint dans le ciel représenté entre deux cierges et à qui la main de Dieu tend
la couronne, la montagne de Sion surmontée du monogranmie, es fleuves où viennent se désaltérer le cerf et la biche, les palmiers de Judée et les agneaux sortant des villes saintes (PÉRATÉ, fig. 253). Un tel objet ne démontre pas un niveau d'art bien élevé dans la pratique des arts industriels, mais l'iconographie en est intéressante 1.
Le chef-d'œuvre de l'orfèvrerie religieuse au iv® siècle est le coffret de Saint-Nazaire, de Milan, où les figures, dit M. de Mély ^ sont exquises dans leur mièvrerie délicate. La pensée chrétienne y laisse intacts la technique des anciens et leur sentiment de la forme ; elle en tire toute sa beauté (pi. XXXI).
On ne peut mettre en parallèle pour la même époque que le coffret de noces de Secundus et Projecta, au Musée britannique. L'inscription en est chrétienne : « Secundus et Projecta, dit-elle, vivez en paix dans le Christ. » Or, la décoration, exécutée par un véritable artiste, offre, sur le couvercle, la naissance de Vénus, des Néréides et des Amours, sur la paroi, des musiciennes (Kaufmann, Manuel, fig. 205). C'est là une inconséquence comme il y en eut beaucoup, sans doute, chez les nouveaux chrétiens. Mais que ces figures ont de grâce et comme la perfection du métier accompagnait fidèlement le souvenir des anciennes compositions ! Plus tard, quand Byzance fournira d'orfèvrerie le monde entier, nous trouverons peut-être plus de richesse et d'éclat, jamais autant de charme vivant.
Verrerie. Comme l'or et l'argent, le verre pouvait servir à exécuter des objets de luxe. Les Romains savaient le couler
1. Cf. Venturi, I, fig. 450-452; Dom Leclercq, Manuel, II, p. 402 et suiv.