SAINTE-CONSTANCE
sujet, qui, on Ta vu, était familier aux mosaïstes romains. A peine peut-on supposer, d'après Ugonio, qu'une des barques était mystique : la nef de l'Église avec les apôtres pour rameurs et le Christ au gouvernail. De distance en distance, des touffes d'acanthe, cantonnées de fauves héraldiques, montaient à l'intrados, donnant naissance à des atlantes et terminées par des rinceaux qui montaient jusqu'au lanterneau central. Ugonio crut discerner, dans les espaces vides de cette sorte de berceau végétal, une série de scènes de l'Ancien Testament. L'influence de la décoration domestique et celle des cimetières étaient donc, à cette époque, également puissantes; on devine en même temps l'amour de la grâce antique et le souci des chrétiennes images. Au reste, la composition générale était belle et s'adaptait parfaitement aux surfaces de la coupole.
De même, les mosaïques de la voûte annulaire (pi. XXVI), intactes celles-là, offrent un curieux mélange de tradition ancienne et de pensée rajeunie. Le berceau circulaire de la voûte est divisé en onze travées, que complète une abside précédée d'une petite coupole surmontant l'autel. Sur le fond gris-blanc des travées, s'entremêlent quatre séries de thèmes décoratifs (pi. XXV II, 2 et 3) : un dessin géométrique, composé de croix et de rosaces; des jonchées de fleurs et de palmes entremêlées de cornes d'abondance, d'amphores, de corbeilles et d'oiseaux; un semis régulier de médaillons entourant des Eros, des Psychés, des têtes couronnées, des fleurons, des animaux; enfin, deux compartiments étaient décorés de scènes de vendanges avec, au centre, deux bustes, l'un féminin, l'autre mascuhn : Constantine, fille de Constantin, a-t-on dit, et le César Crispus. Le pavement lui-même était orné de vignes et d'Amours.
14 LA mosaïque
Quoi de plus antique? Mais aussi, parfois, quoi de plus chrétien? Car, si beaucoup de ces ornements n'avaient d'autre raison d'être que leur fantaisie gracieuse, leur beauté variée, certains parlaient le langage symbolique qui, peu à peu, s'était élaboré aux catacombes : c'étaient la croix et peutêtre même ces vendanges, en qui, désormais, plus d'un chrétien voyait une allusion à la mort et aux récompenses étemelles décernées par le Christ.
L'exécution de ces mosaïques n'est pas autrement remarquable. Les figures, notamment, qui n'ont déjà plus la grâce, n'ont pas encore la noblesse ; mais dans la scène pittoresque, dans les amours qui folâtrent parmi les ceps, pressent la marche des chars, foulent le raisin au pressoir, qu'il y a de vie, de fantaisie spirituelle ! Des scènes de ce genre, pleines encore du souvenir des paysages idyUiques et des pastorales, marquées, répétons-le, à la double empreinte de l'esprit antique et des habitudes contractées dans les catacombes, furent sans doute assez nombreuses dans les édifices religieux de l'époque constantinienne ; mais déjà, elles représentaient le passé et des conceptions de plus en plus vétustés. La faveur des fidèles allait toute aux vastes compositions qui révélaient le Christ et les saints dans la gloire, aux images qui étaient majestueuses, dominatrices et, ainsi exprimaient la grande allégresse de l'Église triomphante.
Symbolisme triomphal et Cycles historiques. Dans la basilique varicane,on voyait, au fond de l'abside, le Christ sur son trône entre les archontes suprêmes, saint Pierre et saint Paul. Sur l'arc triomphal, c'était le Christ avec saint Pierre à sa droite et, à sa gauche, l'empereur Constantin. A Sainte-Constance même, il existe encore deux mosaïques,