‹ L'art chrétien primitifChapitre 4 sur 80 · SYMBOLISME TRIOMPHAL · texte numérisé non relu

SYMBOLISME TRIOMPHAL

dans les absides latérales, qui montrent, d'une part, Dieu donnant à Moïse les tables de l'ancienne Loi et, d'autre part, en vue d'une sorte de parallélisme dogmatique, le Christ remettant à saint Pierre le volumen de la nouvelle Alliance.

Ces grandes scènes, situées dans une atmosphère idéale, par elles-mêmes irréelles et pourtant vivantes, symboliques et pourtant pénétrées d'une profonde émotion, nous les avons rencontrées sur les sarcophages et dans les dernières fresques catacombales. C'est dans les basiliques qu'elles étaient nées. Elles y constituaient l'iconographie dont le caractère est parfaitement désigné sous le nom de « symbohsme triomphal ». Et, en effet, c'était bien du double triomphe du Christ et de l'Église qu'elles s'inspiraient.

Tandis que l'histoire religieuse, les épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament, vraies annales de l'Église, étaient laissés à la décoration de la nef et parfois même de l'arc triomphal, l'abside était réservée aux visions grandioses du royaume céleste et aux symboles par lesquels était signifiée l'étroite union établie par Jésus entre la terre et la patrie étemelle. Le prototype de ces compositions symboliques avait été donné dans la mosaïque de la Traditio legis, à Sainte-Constance, œuvre mutilée, malheureusement, déformée par les restaurations. La conception générale était unique, mais les éléments de représentation pouvaient varier d'une église à l'autre soit dans leur choix, soit dans leur assemblage. Au centre, toujours, est le Christ : Christ siégeant sur son trône, Christ debout et bénissant, Christ confiant à Pierre l'Évangile à répandre. Et toujours le Christ est baigné de lumière, de cette lumière inhnie, étemelle, à laquelle aspiraient les chrétiens persécutés. Son

i6 LA mosaïque

visage rayonne, son geste est immense ; à lui seul, il remplit l'espace, ce pendant que les apôtres sont rangés à droite et à gauche, au-dessous de lui. De l'immense éther^.on voit émerger parfois les figures symboliques, l'ange, le lion, l'aigle et le bœuf, qui sont figures des évangélistes. Et la scène a lieu dans les régions supérieures, dans l'empyrée sereine où le Seigneur règne au milieu des siens.

Ici se manifestait la subtilité des s5miboles : à Sainte- Constance, un fleuve qui resplendit fait, sous les pas du Christ, une sorte de voie royale : c'est le Jourdain, rappelant le baptême conféré par Jean et la grâce qui, par le baptême au nom du Seigneur, inonde les chrétiens. A Sainte-Pudentienne, chef-d'œuvre qu'il nous tarde d'étudier, le Seigneur et sa cour d'apôtres sont entourés de portiques et d'édifices : c'est la Jérusalem céleste. Enfin, il n'était peut-être aucune mosaïque absidale où ne fussent représentés deux palmiers, un de chaque côté de la composition centrale, encadrant ainsi la vision céleste. Le phénix, plus d'une fois, apparaissait rayonnant sur une palme haute : c'étaient là les derniers souvenirs du jardin verdoyant, si souvent peint aux catacombes.

Telle était la scène de fond. Au-dessous régnait une zone étroite faisant la bordure inférieure de la conque absidale. Partout la même, elle montrait au centre l'Agneau pascal debout sur la montagne de Sion, selon l'Apocalypse. Les quatre fleuves de la Genèse, le Géhon, le Phison, le Tigre et l'Euphrate, jaillissaient du mont, et des cerfs, parfois, y venaient boire : nul chrétien qui ne reconnût là les symboles des quatre évangélistes, interprètes du Christ et distributeurs de la doctrine qui rafraîchit les âmes sur toute la terre. Aux extrémités de la bordure étaient des tours avec leurs

Page 1