DES TENDANCES DE L'ART AU XIX' SIÈCLE
On a appelé une renaissance le grand mouvement rélrospectif qui, vers le xvi' siècle, un peu plus tôt ou un peu plus tard selon l'âge des divers peuples , ressuscita passionnément dans toute l'Europe occidentale l'antiquité gréco-romaine : renaissance, il est vrai, ou plutôt résurrection galvanique et purement artificielle d'un mort glorieux, qui se redressa hors du sépulcre pour rappeler aux générations alors vivantes son génie et ses œuvres.
Le moyen âge, au contraire, avait été une naissance. La vieillesse et la corruption ayant dissous le monde antique, une jeune civilisation s'éleva, petit à petit, sur les ruines de l'empire romain. Les premiers siècles. du moyen âge ont tous les caractères de l'enfance : l'activité, l'inquiétude, l'aveuglement, l'obstination, l'indépendance, une indomptable propension à la nouveauté, à l'imprévu, aux aventures. Comme l'enfant qui a assez à faire de se former et de grandir, le moyen àga, à son origine, ne projette pas bien loin son regard ni son bras; mais autour de lui il bouleverse tout ; son instinct impitoyable détruit tout ce qui le gêne, et s'assimile tout ce qui peut servir à son développement. D'où vient-il, cet enfant terrible et presque sauvage? L'histoire prétend lui établir une généalogie romaine; mais Rome ne fut point la mère du moyen âge ; il serait mieux de dire qu'elle fut sa nourrice, tout au plus. Non, le moyen âge n'est point de sang romain; il est de sang barbare. Ses ancêtres n'avaient jamais habité les cités pompeuses, et ne s'étaient point amollis dans les
raffinements. C'est d'eux qu'il tient sa rude innôité et les qualités essentielles qu'il manifesta durant sa forte jeunesse.
Le moyen âge devenu grand invente, en effet, un style absolument singulier. De quelle tradition s'inspirent ses artistes? Quels sont ses modèles en poésie, en architecture, dans toutes les expressions de sa pensée intime ou de sa vie sociale ? Il n'imite personne , il crée tout, spontanément. Fond et forme, sa civilisation est plus aulochthone qu'aucune autre. Peu importe qu'une sorte d'alluvion romaine, byzantine, arabe ou moresque, ait successivement glissé sur ses arts, sur ses lois et ses mœurs, puisque la mystérieuse alchimie de son esprit original a toujours absorbé et dénaturé ces éléments étrangers.
Mais, après la magnifique efïlorescence de son génie propre, le moyen âge, ainsi que l'antiquité, eut à son tour sa décadence. Les civilisations succombent comme les hommes. AU that live must die, tout ce qui vit doit mourir, dit Shakespeare. Il serait facile de montrer par l'histoire que la civilisation catholique a parcouru les phases d'une existence intégrale et régulière, et qu'elle a péri de vieillesse, tout simplement. Dans les arts, qui seuls doivent nous occuper ici, le style s'était corrompu au XV* siècle. Le principe même de l'architecture ogivale, « l'élancement et la direction vers le ciel, » semblait perverti; une profusion d'ornements couvrait la pureté élégante des formes primitives. Quelle distance de l'architecture des xni* et xiv' siècles à celle du xV ! L'art n'en était môme plus à se répéter, il commençait à se contredire. Il avait perdu l'inspiration de sa jeunesse, la logique et la rectitude de sa virilité. Désormais, le génie catholique est épuisé et stérile. Le moyen âge est à bout; n'a-t-il pas produit, d'ailleurs, tout ce qu'il pouvait produire? Vixit, comme écrivaient les Latins d'autrefois sur les tombeaux : il a vécu, c'est-à-dire il est mort.
Mais l'esprit humain ne meurt point, et c'est alors que, pour se régénérer, il se retourna de nouveau vers la nature, l'éternelle inspiratrice de la vie. Le peuple artiste par excellence, le peuple qui a la double faculté de voir et d'exprimer, le peuple italien prit l'initiative de cette révolution nécessaire. Giotto et les illustres pi-écurseurs de l'art du xvi' siècle ne se contentent plus de re-
garder toujours au-dedans d'eux-mêmes des images consacrées et uniformes; ils se mettent à regarder ce qu'ils peignent, et ils ont l'audace de peindre ce qu'ils voient. Le premier caractère de la renaissance italienne fut un retour naïf à la nature, avant qu'on eût songé à interroger le passé de cette patrie privilégiée.
Un symptôme analogue se découvre également dès la fin du XV' siècle chez les grands artistes des autres pays. Tous entreprennent, timidement encore, sans doute, d'effacer l'anathème que le dogme chrétien avait porté contre la nature. Van Eyck n'est pas sans se préoccuper déjà de la désinvolture de ses Vierges immaculées, et les admirables groupes de jeunes filles dans le tableau de Saint-Bavon. à Gand, accusent une ardente recherche de la beauté. Et comme il aime la lumière et le paysage! comme il a peint avec une affection minutieuse ses buissons de roses et ses brillantes fleurettes du gazon !
Memling, plus encore que Van Eyck, est tourmenté d'une sorte de naturalisme qui transparaît sous le caractère religieux de sa peinture. Ses figures de femmes dans la célèbre châsse de sainte Ursule, à l'hôpital Saint- Jean de Bruges, ont une élégance correcte qui fait songer à la première manière de Raphaël. 11 y a aussi à cet hôpital de Bruges un tableau curieux et bien significatif d'Hemling, où le peintre s'est représenté allongeant la tête par une lucarne ouverte sur l'étable de Bethléem. Que vient-il chercher là, avec sa physionomie inquiète et ses yeux avides? Il vient voir. Les novateurs en toute chose ne sont que des hommes qui savent regarder et réfléchir.
Cette passion toute nouvelle pour la beauté terrestre, en réaction à la beauté mystique et surnaturelle du moyen âge, porta irrésistiblement les arts vers la poésie an tique; et, en même temps que les arts, les lettres et les sciences interrogèrent les siècles d'autrefois. Pendant que les érudits, fouillant les bibliothèques et les cloîtres pour y étudier des manuscrits précieux, remettaient au jour la philosophie et la littérature gréco-romaine, on arrachait à la terre les débris des monuments païens, statues de marbre et de bronze, bas-reliefs et arabesques^ bijoux et pierres gravées, mosaïques et peintures murales, et les mille créations d'un art oublié.
En Italie particulièrement, mais aussi dans toute l'Europe, ce fut un fanatisme étrange, qui alla jusqu'à sacrifier aux anciens plus de mille ans d'une histoire à laquelle il eût été juste pourtant de reconnaître une vigoureuse originalité. En ce moment d'enthousiasme général, il semblait que l'antiquité fût la source unique et inépuisable des belles pensées et des belles actions, des beaux sentiments et des beaux arts. Les philosophes et les politiques, les poètes et les écrivains, les artistes surtout, s'y abreuvaient à plaisir. Et, en effet, les doctrines et les langues, les images et les formes, tout s'y métamorphosa.
C'est la grande époque du xvi" siècle ; et l'Italie, qui avait pris les devants, tint encore la tête de cette insurrection féconde. C'est l'Italie qui rayonne alors sur l'Europe entière, et non-seulement elle lui fournit architectes, sculpteurs et peintres, mais encore la plupart des hommes qui ont une action décisive sur la civilisation moderne; c'est elle qui, après avoir donné à l'Espagne un nouveau monde par Christophe Colomb, donne à Charles-Quint le Titien et une pléiade d'artistes ; c'est elle qui donne à Frauçois I" Léonard de Vinci et tons les décorateurs de Fontainebleau, et qui va bientôt régner sur la France par Machiavel avec Catherine de Médicis ; c'est elle qui va renouveler la science cosmologique par Galilée; c'est elle qui ravive la poésie par Dante, Pétrarque et le Tasse ; c'est elle enfin qui produit Michel-Ange, Raphaël, le Corrége, et tant d'autres maîtres sublimes, à Florence, à Rome, à Parme, à Ferrare, à Venise, à Milan, partout !
A partir de ce noble xvr siècle, il faut tir3r une barre entre le moyen-âge et l'époque moderne. L'art du xvi* siècle n'est plus chrétien, quoi qu'on en dise, et quoi qu'il ait encore traité des sujets empruntés au moyen âge. Si l'amant de la Fornarina faisait des Madones, des Sainte- Famille, la Transfiguration, comme il faisait VEcole (VAthèncs ou l'Incendie du bourg, ses adorables Vierges ont autant de la Vénus pudique que de la chaste Marie. Si Michel Ange faisait des Moïse, des Christ, des Prophètes, comme il faisait des Bacchus. des Ganymède et des Sibylles, il n'en est pas plus orthodoxe, malgré son austère génie. L'auteur du Jugement dernier, un artiste chrétien? Oui, à la faconde Dante, son maître, qui ôte à saint Pierre les clefs du paradis pour
les donner à Virgile. Si le Corrége faisait des Sainte Catherine et des Saint Jérôme, allez vous recueillir devant son Antiope voluptueuse, et même devant ses Madeleines pénitentes ! Si l'ami du l'Arétin faisait V Assomption de la Vierge et le Christ au prétoire, allez apprendre la mortification chrétienne devant sa Danaë, du Vatican, ou devant le portrait de sa Maîtresse, au Louvre 1 Qaels chrétiens que Giorgione et Paul Véronèse, et tous les autres peintres de la Renaissance, malgré leurs innombrables compositions religieuses !
Ce n'est pas le sujet, mais bien le style, qui grave le caractère sur une œuvre d'art.
Or, le caractère de Fart, à cette époque, c'est la passion de la beauté, forme, mouvement, physionomie, couleur. Et comme les Grrecs avaient réalisé la perfection plastique, il arriva que dans les œuvres des artistes supérieurs l'art grec se combina avec un sentiment original et tout moderne; si bien que Raphaël, par exemple, doublement fécondé par la forme antique et par l'idée chrétienne, s'éloigne néanmoins à la fois de l'une et de l'autre, et conserve sa personnalité intacte et incomparable.
L'impulsion donnée au xvi° siècle par ces illustres créateurs s"est perpétuée presque jusqu'à nous. Mais les artistes à la suite, dépourvus du génie inventif, ont stéréotypé en système ce qui avait été pour les maîtres un simple élément d'inspiration ; et la prétendue imitation de l'art antique est demeurée longtemps une théorie officielle, inviolable et sacrée. Architectes, sculpteurs, peintres, littérateurs, critiques, chroniqueurs, savants, tous se sont plongés par une émulation mutuelle dans l'étude assidue de l'antiquité. Après avoir restauré les Romains et les Grecs, on s'est rejeté bien plus loin en arrière. Une érudition infatigable a rétrogradé jusqu'aux Etrusques, aux Égyptiens, aux Assyriens, aux Chinois, aux Indiens, jusqu'aux origines extrêmes de l'histoire. Grâce à cette soi-disant renaissance, on a fouillé tous les vieux cimetières des sociétés défuntes; on a tout déterré, tout examiné, tout palpé. Et, chose merveilleuse ! c'est ainsi que la tradition humaine se trouve à présent éclaircie, coordonnée et vraiment restituée dans son universalité.
Cependant, au cours de ce long voyage vers l'Orient, on avait
presque oublié l'histoire du moyen âge, considéré comme une époque de ténèbres. L'Europe, devenue savante sur les temps antiques, ne savait plus son passé immédiat. On connaissait bien les noms des architectes, des sculpteurs, des peintres, contemporains de Périclès et d'Aspasie; on lisait couramment les inscriptions asiatiques;' mais retrouver les noms des constructeurs et décorateurs de nos cathédrales, ou déchiffrer les hiéroglyphes écrits par nos aïeux directs, de cela et de toute l'obscurité gothique, on ne s'inquiétait guère. Une nouvelle réaction contre la réaction vers l'antiquité était donc indispensable. Elle a eu lieu depuis le commencement du siècle actuel, et l'école romantique dans les lettres, dans les arts, dans l'e'rudition, y a beaucoup contribué.
Malheureusement, comme la passion un peu aveugle est souvent la compagne des tentatives réactionnaires, et peut-être une des conditions de leur succès, les restaurateurs du moyen âge ont été saisis, en faveur de leur période chérie, du même fanatisme qu'ils reprochaient amèrement aux restaurateurs de l'antiquité. Le domaine des arts et de l'histoire est disputé aujourd'hui par deux sortes de résurrectioniiistes aussi entêtés les uns que les autres : ceux-ci admirant toujours presque exclusivement les Grecs et les Romains, résumé de la civilisation antique, maçonnant toujours des temples païens sous prétexte d'églises, de bourses, de théâtres, de casernes et de maisons ; ceux-là enthousiasmés des porches et des clochetons, rêvant l'architecture immuable sous forme d'ogive, de trèfle et de gargouille, et tout prêts à bâtir d'après le plan et la coupe des cathédrales les édifices d'un usage moderne, débarcadères de chemins de fer ou grandes usines de l'industrie; ceux-ci et ceux-là pareillement égarés dans des utopies impuissantes, puisqu'ils s'immobilisent sur la forme de civilisations évanouies, qui ne doivent être pour nous que des souvenirs précieux et ineffaçables.
Bien plus, outre ces deux catégories principales d'imitateurs, il y a encore les imitateurs de telle ou telle période plus restreinte; (]uelques-uns s'attachant aux écoles florentine ou romaine de la Renaissance, à Michel-Ange ou à Raphaël dont ils s'efforcent de reproduire le style et les allures, et qui sont ainsi
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ressuscites à leur tour, mais non pas si bien qu'ils ont ressuscité l'art antique; d'autres pastichant les Vénitiens, ou Rubens, ou les petits maîtres tlamauds et hollandais du xvii° siècle, ou les maîtres coquets du xvni° siècle,, ou même les pastiches de l'école classique, ou même les contemporains illustres. Car l'art, ne sachant trop par où aller, contemple toujours le passé et s'y complaît encore volontiers, jusqu'à ce qu'il voie clairement le chemin de l'avenir.
Mais toutes ces exaltations vaillantes, toutes ces recherches opiniâtres, tous ces écarts capricieux, et même tous ces stationnements débiles, n'auront point été sans résultat pour le progrès des arts. De ces excursions plus ou moins heureuses, chacun a rapporté quelque curiosité au musée de l'esprit humain. Aujourd'hui nous en sommes là, que nous pouvons projeter notre vue dans le passé sur la chaîne indissoluble de la tradition universelle. L'humanité a pris conscience d'elle-même le long du temps, et conquis en quelque sorte la possession de son immortalité.
C'est superbe ! Mais il lui reste encore à poursuivre une autre conquête, qui sera sans doute plus facile : il lui reste à prendre conscience d'el'e-même dans l'espace, à faire son tour du monde comme elle a fait sa percée dans l'histoire, à entrer en possession de son'unité, à se constituer enfin tout à la fois dans son ensemble et dans sa durée.
Ce qui, depuis trois siècles, s'est opéré en long doit aujourd'hui s'opérer en large. Nous sommes, si l'on veut, au second acte de la Renaissance, de la transition pour mieux dire. Le premier acte ayant effectué l'universalité dans le temps , le second doit effectuer l'universalité dans l'espace. Car tout le travail poétique depuis le xvi° siècle n'est qu'une transition de l'art catholique vers un art nouveau qui exprimera une civilisation nouvelle : palingénésie latente parce qu'elle est profonde, métempsycose lente mais invincible, et dont les signes sont déjà irrécusables pour les intelligences perspicaces.
Telle est assurément la mission du xix" siècle. Tous ses actes, toutes ses tendances le prouvent.
Les arts s'interrogent aux quatre vents de l'atmosphère, il?
se donnent rendez-vous dans des meetings universels ; ils s'assemblent en congrès où la Chine, les Etats-Unis, l'Algérie, exhiberont leurs œuvres, tout comme l'Allemagne, l'Angleterre, la France et les diverses nations de l'Europe. Ils se comparent, ils se pénètrent, ils s'influencent, ils se complètent mutuellement. La Chine prêche la fantaisie et les fines couleurs ; les Etats-Unis, le bon sens et la sobriété; l'Algérie, l'éclat et la lumière ; l'Allemagne, la philosophie et le style sévère ; l'Angleterre, l'activité jointe à l'élégance ; la France, l'esprit, la verve, la clarté. Ainsi des autres.
Quand les arts de tous pays, avec leurs qualités indigènes, se seront ainsi rapprochés souvent, quand ils auront pris l'habitude d'échanges réciproques, le caractère de l'art y gagnera partout une incalculable étendue, sans que le génie particulier à chaque peuple en soit altéré. Il se formera de la sorte une école européenne d'abord, au lieu des sectes nationales qui divisent encore la grande famille artiste selon la topographie des frontières; puis, une école universelle, familiarisée avec le monde, et à laquelle rien d'humain ne sera étranger.
Ce sera le troisième acte, expliquant et dénouant le drame intitulé Renaissance, à la suite duquel commencera une nouvelle épopée qui ne sera plus seulement la résurrection d'un passé partiel, mais la naissance d'un avenir grandiose.
La littérature, dont les feuilles légères s'envolent plus facilement que les œuvres plastiques, est aussi plus avancée que les beaux-arts dans cette circulation internationale. Tel roman français a été traduit dans presque toutes les langues. Tel roman américain a compté des centaines d'éditions, dispersées sur le globe. Tel journal européen se lit à New- York et à San-Francisco, à Rio-Janeiro et à Valparaiso, à Ispahan et à Calcutta, en Australie et au cap de Bonne-Espérance.
Tous les faits sociaux trahissent également ce besoin expansif de la littérature et des arts. La science, l'industrie, le commerce, les découvertes , les voyages, la vapeur, l'électricité, là photographie, les moyens mécaniques, les activités intellectuelles, les passions et les intérêts, tout concourt et tout consent à ce grand but d'unité humaine. Car ce que nous appliquons aux
arts , c'est la loi de notre temps , c'est le mol général de la civilisation .
De Maistre écrivait déjà, au commencement de ce siècle : « Tout annonce je ne sais quelle grande unité vers laquelle nous marchons précipitamment. »
Lorsqu'on a escaladé une montagne pour contempler de haut quelque beau fragment de paysage , on découvre à la fois tout un ensemble qui permet de saisir les caractères de chaque partie. Par ses relations et ses analogies , par son entourage et ses adhérences , on en interprète mieux la forme , la couleur et la destination. C'est ainsi que, au point de vue d'où il convient d'examiner l'avenir poétique, on est frappé de cette concordance entre tous les éléments constitutifs de la vie moderne. Confirmation lumineuse des tendances de l'art vers l'universalité.
L'esthétique et la critique au xix° siècle doivent donc, suivant nous, abdiquer toute école, tout système, toute nationalité, tout préjugé local ou historique. Elles ne doivent être d'aucun pays, ni d'aucun temps, afin de favoriser la convergence sympathique et providentielle des facultés créatrices attribuées aux différents peuples. 11 se trouvera toujours assez d'hommes laborieux et inflexibles pour faire l'œuvre particulière et circonscrite d'un peuple déterminé : vocation excellente, d'ailleurs, au millieu de l'arène où chaque langue , chaque style , chaque originalité , chaque génie doivent avoir des représentants.
On dit que l'art est l'expression de la société : assurément , puisqu'on appelle société le faisceau des manifestations humaines. Ce que l'art exprime de la société , c'est le sentiment et la physionomie, comme l'industrie en exprime la force , comme la science en exprime la raison. Le progrès de l'art contemporain consiste donc à traduire dans une forme harmonieuse le sentiment irrésistible qui entraîne le monde vers l'unité.
L'ART GONTi'MPORAIN