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EXPOSITION UNIVERSELLE DE

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L'Exposition universelle de 1867 est loin d'offrir, sous le rapport de l'art, l'immense intérêt qu'a présenté celle de 1855. L'école française avait apporté à ce dernier concours la plupart des chefs-d'œuvre qu'elle a enfantés durant l'éclatante période de passions, de luttes, de renouvellement et de vie, qui marqua la fin de la Restauration et les premières années du régne de Louis- Philippe. Par cette exhibition splendide, elle affirma aux yeux de l'Europe son habileté à interpréter la poésie et l'histoire, aussi bien qu'à traduire la vie familière et la nature extérieure. D'autres écoles purent élever, à tort ou à raison, la prétention de l'égaler et même delà surpasser au point de vue du sentiment et de la profondeiu" de lïdée ; toutes durent reconnaître qu'elle était sans rivale pour la variété et l'originalité des conceptions, pour la souplesse et le prestige des procédés techniques.

Il y a eu, depuis, d'autres expositions internationales ; mais la plus remarquable de toutes, celle qui a eu lieu à Londres en 1862,

semblait avoir été organisée tout exprès pour faire valoir les maîtres de l'école anglaise, depuis Reynolds et Hogarth, jusqu'aux comtemporains. Les autres pays, à l'exception de la Belgique, n'y étaient représentés que par des ouvrages peu nombreux et d'un mérite secondaire; nos artistes, en particulier, n'avaient pas exposé des œuvres plus choisies ou plus brillantes qu'aux salons annuels du Palais de l'industrie. Nous n'avons pas en France le tempérament cosmopolite: habitués à entendre dire que Paris est le foyer du monde civilisé, nous ne songeons même pas que l'on puisse Ignorer à l'étranger ce que nous valons , tandis que nous sommes nous-mêmes dans l'ignorance la plus incroyable à l'égard des progrès de la littérature et des arts dans les autres pays.

En permettant aux Français d'examiner, tout à loisir et sans se déplacer, les productions de l'art européen, le grand concours, ouvert en ce nioment au Champ de Mars, leur fournit une excellente occasion de se former consciencieusement une opinion sur les mérites relatifs des différentes écoles. Nous sommes trop fier des succès de nos artistes pour ne pas nous empresser de reconnaître qu'aujourd'hui encore la France occupe le premier rang; mais, il faut bien le dire, cette suprématie, — limitée aux genres inférieurs, à la peinture des anecdotes historiques, des scènes de la vie de la famille et de la vie rurale, du paysage et des animaux, — n'est plus aussi écrasante qu'elle semblait l'être en 1855, quand nous pouvions opposer à l'Europe Ingres, Delacroix, Decamps, Horace Vernet, — sans parler d Ary Scheffer et de Paul Delaroche qui avaient cru devoir s'abstenir d'envoyer leurs chefs-d'œuvre à ces mémorables assises du génie. Depuis, nous avons vu surgir, parmi nous, plus d'un talent nouveau, et jamais, peut-être, nous n'avions compté un aussi grand nombre de petits maîtres spirituels , gracieux , adroits. Mais en est-il un seul qui puisse prétendre à recueiUir l'héritage des morts illustres que nous venons de citer?.. Le champ de la lutte s'étant ainsi rétréci, les écoles étrangères avaient moins à craindre de se mesurer avec nous, d'autant plus que, chez elles aussi, la moyenne des talents de second ordre s'est sensiblement élevée pendant ces dix dernières années. Elles n'ont rien négligé, d'ailleurs, pour se présenter à l'Exposition avec tous leurs avantages. A ne consulter, en effet, que la première édition du catalogue officiel, nous remarquons qu'à l'exception de l'Angleterre, dont plusieurs maîtres ont fait défaut, et de la Belgique, qui a compensé la quantité par la qualité, les divers pays ont presque tous envoyé un nombre d'ouvrages

beaucoup plus considérable qu'en 1855; ce nombre s'est encore accru après l'ouverture de l'Exposition (1).

Examinons donc, avec l'attention qu'elles réclament, les productions des artistes étrangers, en cbercliant à nous transporter autant que possible dans le milieu où elles sont nées; car il en est des œuvres de l'art, comme de toutes les antres créations de l'esprit humain : on ne les comprend bien que si l'on tient compte des influences de climat, de mœurs, de société, qui les ont fait éclore.

(t) Voici, d'après la seconde édition du catalogue, publiée vers la fin de l'Exposition , l'ordre dans lequel les divers Etats ou groupes d'Etats se présentaient au Ghamp-de-Mars , par rapport au nombre des exposants el à cela] des œuvres exposées](Tableaux et dessins) :

France 254 exposants. 684 ouvrages ou numéros.

Angleterre 207 » 294 »

Bavière 122 » 285 »

Prusse (Allemagne du Nord). . 107 » 161 »

Suisse 83 » 170 »

Autriche 82 » 145 »

Belgique 80 » 194 »

Pays-Bas 78 » 179 »

Italie , 70 i> 112 »

Suède et Norwège 58 » 103 »

Espagne 47 » 66 »

Etats-Unis 45 » 87 »

Russie 44 » 85 »

Colonies Anglaises 27 » 31 »

Etats Pontificaux 24 » 45 »

Danemark 24 » 42 »

Portugal 14 » 29 »

Turquie 13 » 33 »

Grèce 10 » 16 »

Roumanie 8 » 25 »

Brésil 6 » 9 »

1403 exposants. 2795 ouvrages ou numéros.

Nous avons compris dans cette statistique approximative les peintures médaillées au Salon de 1867, et transportées ensuite au Ghamp-de--Mars.

On avait admis à l'Exposition de 1855 : 629 peintres Français ; 144 Anglais ; 115 Belges; 114 Prussiens et autres Allemands du Nord; 62 Hollandais; 61 Autrichiens (y compris les Lombards- Vénitiens) ; 38 Suisses ; 33 Espagnols ; 31 Bavarois ; 29 Scandinaves ; 29 Italiens (Piémontais, Toscans et Napolitains) ; 29 Danois; 14 Portugais; 10 Américains; 8 Pontificaux; 3 Grecs; l Turc. En tout 1350 exposants, parmi lesquels 721 étrangers seulement, tandis qu'en 1867 le nombre des peintres étrangers s'est élevé à 1149.

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