ARTICLE DOUZIÈME
Cordes de piano. Manière de les remettre et outils nécessaires à cette opération.
Le piano étant un instrument où l'on est susceptible de casser beaucoup de cordes, il est indispensable à un pianiste de savoir les remplacer lui-même, parce qu'il n'a pas toujours un accordeur à sa disposition; pour cette raison j'ai cru devoir m'étendre sur la nature des cordes et sur les moyens de lever les difficultés qu'on éprouve à les remettre.
Les cordes de piano sont en acier, en fer ou en cuivre. Aut^'efois on se servait de cordes de Berlin en fer et de cordes anglaises en acier, dites Webster; aujourd'hui l'on emploie les cordes anglaises, de OrsfPall et Webster, reconnues supérieures, et les cordes allemandes de Muller, de Vienne. Il y en a encore en acier de plusieurs autres fabriques en Angleterre, en Allemagne et en Amérique ; mais on ne leur accorde pas les mêmes qualités qu'à celles que je viens d'indiquer; les cordes de Berlin sont tout à fait abandonnées ainsi que les anciennes cordes anglaises. Les nouvelles^ supérieures, montent facilement 3 1/2 tons plus haut que les anciennes, à grosseur et longueur égales, et les cordes allemandes montent encore un 1/2 ton plus haut que les cordes supérieures. Quant aux cordes de cuivre, les meilleures venaient de Nuremberg, mais elles ne
sont plus employées que dans les vieux pianos ; la facture moderne ne se sert que des cordes d'acier. Toutes les cordes d'acier se numérotent aujourd'hui de la même manière et suivent l'ancien numérotage anglais, c'est-à-dire celui qui augmente avec la grosseur; la corde la plus fine, qui n'est plus employée que dans les anciens petits pianos carrés, porte le numéro 7, et les suivantes les numéros 8, 9, 10, 11, 12, etc., jusqu'à 24, et quelquefois jusqu'à 25 et 26; entre quelques-uns des numéros qu'on vient de voir, on a ajouté des demi-numéros, qui exigent une explication. Ainsi le numéro 9 1/2 indique la grosseur intermédiaire entre 9 et 10, et le numéro 10 1/2 celle qui est entre 1 0 et 1 1 ; de sorte que les numéros et demi-numéros usités forment la série n" 7, 8, 9, 9 1/2, 10, 10 1/2, 11, 11 1/2, 12, 12 1/2, 13, 13 1/3, 14, 14 1/2, 15, 15 1/2, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25 et 26. Le même numérotage est adopté pour les cordes allemandes : seulement, les demi-numéros vont plus loin etles grosseurs ne sont pas tout à fait les mêmes que dans les cordes anglaises : les cordes allemandes sont en général un peu plus grosses; mais dans la pratique, lorsqu'on les emploie, on les jauge toujours en les rapportant aux grosseurs anglaises. Quoique les cordes en fer de Berlin et les cordes en cuivre de Nuremberg ne soient plus employées dans la fabrication des pianos, néanmoins comme les accordeurs rencontrent encore leur numérotage sur les sommiers des anciens pianos, je crois devoir l'expliquer et donner le rapport de ces cordes avec les cordes anglaises. Celles de Berlin suivent un ordre tout différent de celui des cordes anglaises : les numéros 1, 2, 3, 4 indiquent des cordes de plus en plus fines à partir d'une certaine grosseur, et les numéros un zéro, 1/0, deux zéro, 2/0, trois zéro, 3/0, etc., marquent celles qui augmentent au dessus de 1 i.
' Les cordes de Berlin et de Nuremberg se vendent sur des bobines portant le
Dans les cordes de Berlin, les demi-numéros suivent une marche particulière à la langue allemande pour compter ; c'està-dire qu'au lieu d'ajouter la demie à un nombre, on la re- J,ranclie du nombre plus fort d'une unité : ainsi l'intermédiaire entre 0 2/0, qui naturellement devrait être exprimé par 0 I l'est par 2/0 i. De même l'intermédiaire entre 2/0 et 3/0 est exprimé par 3/0 |, au lieu de l'être par 2/0 | , et ainsi de suite. Voici la série des numéros et des demi-numéros des cordes de Berlin par ordre de grosseur : n° 4, 3 ^, 3, 2 |-, 2, 1 |, 1, 0 I, 0, 2 0 i, 2/0, 3/0 -1, 3/0, 4/0 i, 4/0, 5/0 i, 5/0, 6/0 1, 6/0, 7/0 h '7/0, 8/0|, 8/0, 9/0^, 9/0, 10/0 ^ 10/0, 11/0 1, 11/0, 12/0 1,12/0.
Comme on ne peut plus se procurer de cordes de Berlin, et qu'on est souvent obligé de les remplacer, dans les vieux pianos, par des cordes anglaises, je vais donner le rapport approximatif que ces cordes ont entre elles, car il est très-difficile d'indiquer le rapport des demi-numéros anglais aux deminuméros de Berlin : souvent l'irrégularité des cordes dans les fabriques rend légère la différence d'un demi-numéro avec son numéro voisin.
Rapport approximatif des cordes anglaises avec les cordes de Berlin.
Cordes anglaises. Cordes de Berlin.
IV" 7 Ix fort.
8 3 idem.
9 2 idem.
11 0 fin.
12 0 fort.
numéro de leur grosseur. Les cordes anglaises, au contraire, se vendent en écheveau, et leur numéro est simplement marqué sur le papier qui les enveloppe.
Cordes anglaises. Cordes de Berlin.
N" IZl 3/0 fin.
15 Zi/O idem.
16 5/0 idem.
19 8/0 fin.
20 8/0 fort.
Les cordes de cniwe de Nuremberg suivent le même système de numérotage que les cordes de Berlin : seulement, la graduation de leur grosseur est un peu différente.
Rapport approximatif des cordes de Nuremberg usitées avec les cordes de Berlin.
Cordes de Nuremberg. Cordes de Berlin.
Zi/0 3/0
11/0 lZi/0
Lorsqu'on veut se rendre un compte tout à fait exact du rapport de la grosseur des cordes , on emploie un petit outil WQvamQ jauge ou calibre ( fîg. 36 ) ; c'est une plaque de métal sur le bord de laquelle sont pratiquées de petites coches numérotées et très-exactement faites, dont la largeur détermine la grosseur de la corde. Pour se servir de cet outil, on introduit la corde dans les crans successivement jusqu'à ce qu'on ait rencontré celui dans lequel elle ne vacille pas. Alors le
numéro de ce cran détermine celui de la corde ; des calibres particuliers sont faits pour les cordes anglaises, et d'autres pour les cordes de Berlin.
Outre les cordes dont je viens de parler, on emploie aussi des cordes filées, c'est-à-dire des cordes ordinaires , mais qui sont recouvertes d'un fil de cuivre très-fin, nommé tirait. Autrefois, dans les anciens pianos, les cordes étaient fines , filées trèsclair et d'un bout à l'autre, mais maintenant elles sont grosses et filées très-serré, c'est-à-dire que les tours du trait se touchent les uns les autres.
Dans les cordes filées, il faut distinguer deux parties : l'âme de la corde, et le trait, qui est enroulé sur l'âme ; autrefois l'âme était en cuivre , aujourd'hui elle est toujours en acier, et le trait qui est enroulé dessus est en cuivre rouge pour les grosses et les moyennes cordes, et en cuivre argenté pour les fines, qui ont besoin de monter plus facilement.
Pendant longtemps on a filé les cordes à trait serré d'un bout à l'autre, c'est-à-dire que les parties de la corde qui frottent sur les pointes du sillet, du chevalet, ainsi que celle qui est enroulée sur la cheville, étaient revêtues de trait comme le restant ; il s'ensuivait que la corde glissait difficilement dans les pointes, et que des frisements se manifestaient souvent et donnaient un mauvais son; de plus, souvent aussi ces cordes cassaient sur la cheville par suite de l'enroulement du trait. Quand le trait était très-fort, il était extrêmement difficile de les rouler sur la cheville. Ces divers inconvénients ont donné à quelques facteurs l'idée d'arrêter le trait en l'enroulant une seconde fois sur lui-même avant la pointe du sillet, de sorte que l'âme de la corde frottait seule sur la pointe et s'enroulait sur la cheviUe, ce qui remédiait en partie à ces inconvénients. Ce procédé d'arrêter le trait était bon dans les cordes fines, mais il était défectueux pour les grosses, en ce que ces cordes fai-
saient alors un bourrelet qui gênait les cordes entre elles et les faisait souvent se toucher. Il y a une vingtaine d'années, j'ai eu l'idée d'arrêter et de souder le trait aux deux extrémités de la partie vibrante des cordes, c'est-à-dire un peu avant la pointe du sillet et au-dessus de la pointe du chevalet. Cette idée m'a donné d'excellents résultats : comme l'âme seule de la corde passe dans les pointes du sillet et du chevalet, elle y occupe moins de place, glisse bien et se fixe mieux dans les angles des pointes ; elle rend la corde plus lourde dans le milieu et plus flexible à ses extrémités, ce qui permet de mettre le trait plus gros, d'où il résulte plus de vibration dans les cordes et plus de netteté et de force dans le son. Depuis cette époque tous les facteurs ont adopté cette amélioration. Quelques-uns suppriment maintenant les soudures dans les gros traits etles arrêtent seulement aux deux extrémités à l'aide d'outils particuliers ; mais ce moyen présente moins de solidité que la soudure.
Outils nécessaires pour remettre les cordes.
Les outils nécessaires pour remettre les cordes sont :
1° La clef à accorder, déjà connue (fig. 27, 28, 29 et 30) ;
2° La pince plate (fig. 37), dont le nom vient de la forme des branches BB de son bec ;
3» La pince ronde, qui ne diffère de la pince plate qu'en ce que les branches de son bec sont rondes au lieu d'être plates ;
4° La pince coupante (fig. 38), qui sert à couper les cordes au moyen de ses mâchoires MM ;
5° L'étau à main (fig. 39), dont les mâchoires MM, garnies de plomb ou de peau, servent à pincer les cordes pour faire les bouclettes en serrant la vis V ;
6° La mécanique à faire les bouclettes, en bois ou en cuivre
(fig. 40), dans laquelle on remarque la manivelle M, le petit crochet G, qui a la faculté de tourner sur lui-même, au moyen de la manivelle ; l'équerre E, qu'on peut à volonté rapprocher ou éloigner du crochet ; la vis de pression V, qui sert à fixer l'équerre et la pince, dont les mâchoires PP se rapprochent ou s'éloignent au moyen de la vis D.
Manière de remettre les cordes.
Dans un piano, les cordes sont de grosseurs différentes ; les plus fines s'emploient pour les sons plus aigus, et vont en augmentant de grosseur à mesure qu'on avance vers les sons graves. Dans les pianos à sept octaves, il y a cinq octaves ou cinq octaves et demie environ, en partant des sons aigus, qui sont montées encordes blanches anglaises ou allemandes, et le reste l'est en cordes filées.
Autrefois, dans les anciens pianos, on employait les cordes de cuivre jaune de Nuremberg, pendant une demi-octave environ, pour servir d'intermédiaire entre les cordes blanches et les cordes filées.
Il est impossible d'indiquer d'une manière générale pour' tous les pianos le nombre de cordes de chaque numéro qu'il faut employer ; l'expérience des facteurs et la longueur du diapason de leurs pianos doivent seules guider à cet égard. Le numéro de ces cordes est indiqué par des chiffres placés sur le sommier derrière les chevilles, et qui se rapportent toujours à un certain nombre de lignes obliques ou rangs de chevilles en biais formant une série montée en cordes de même grosseur ( my.lQ^ fig. 8, 9 e^ 10).
La position relative de ces chiffres varie selon les facteurs : les uns les placent au commencement de chaque série, les au-
très les mettent à la fin, et d'autres au milieu, en marquant un trait à chaque extrémité de cette même série ou une ligne courbe qui va depuis la première cheville jusqu'à la dernière ; par exemple : si l'on trouve le n" 10 à côté de la cheville du fa qui fait partie de la première ligne oblique, et le n° 11 à côté de la septième, on en conclura que les six premières lignes obliques qui correspondent aux notes aiguës du piano sont montées en cordes n° 10 ; de même, en partant du nMl pour commencer une nouvelle série , que je suppose composée de neuf lignes obliques, on trouvera le n" 12 à la dixième : d'où il faudra encore conclure que les notes du clavier qui correspondent aux neuf lignes de cette seconde série sont montées en cordes n" 11, et ainsi de suite ^ .
Maintenant si le n° 10 se trouve à la sixième ligne oblique au lieu d'être à la première, cette série de six lignes sera également montée en cordes n" 10; alors le n° 11, au lieu de se trouver à la première ligne de la seconde série supposée, ne sera qu'à la neuvième, et le n° 12 sera à la fin de la série suivante, au lieu d'être au commencement, et ainsi de suite en descendant.
Enfin, si l'on trouve cette première série enclavée entre deux traits suivant l'obliquité de la première etcelle delasixièmeligne de chevilles, le n° 10 placé entre ces deux traits se rapportera à toute la série, et les mêmes traits seront répétés pour les suivantes avec le numéro de leurs cordes. Quelquefois au lieu de ces deux traits, comme nous l'avons dit, on détermine chaque série par une ligne courbe commençant à la première ligne et finissant à la dernière. Cela compris, passons maintenant à la manière de faire les bouclettes.
On nomme bouclette (fig. 41) une espèce de tortis terminé
^ Ce qu'on \ient de lire et la suite, qui se rapporte aux chevilles, doivent être étudiés avec les sommiers des figures 8, 9 et 10 sous les yeux, aiin de se rendre Compte de la direction des lignes obliques de chevilles.
par une petite boucle qui sert à accrocher les cordes dans les pointes du sommier, et qui se fait en pliant et tordant régulièrement sur lui-même le bout de la corde.
La difficulté que certaines personnes éprouvent à faire des bouclettes m'a fait indiquer plusieurs moyens d'y parvenir, afin que chacun pût choisir celui qui lui paraîtrait le plus commode ' .
1" Après avoir déroulé trois ou quatre pouces de corde, prenez l'écheveau de la main gauche, passez la corde dans le petit crochet C de la clef à accorder (fig. 27, 28 et suivantes), croisez le bout de cette corde sur elle-même de manière à faire un angle un peu ouvert avec les deux parties croisées, pincez cet angle tout près du petit crochet, avec le pouce et l'index de la main gauche,que vous tiendrez d'abord un peu allongée(fig. 42), puis vous les éloignerez du crochet au fur et mesure que votre main droite tournera la clef, en ayant la précaution de ne pointlaisser rouler le petit bout de la corde sur l'autre, comme il y est naturellement porté, mais au contraire de faire en sorte que tous deux se tordent bien également l'un sur l'autre, jusqu'à ce que la bouclette n'ait qu'une longueur suffisante ; après quoi vous ferez sur la fin du tortis un tour ou deux avec le bout de la corde, dont vous couperez l'excédant avec la pince coupante (fig. 38).
2° Après avoir passé le bout de la corde dans le crochet de la clef^ appliquez les deux parties de cette corde l'une contre l'autre de manière à ce qu'elles se touchent, pincez-les dans l'étau à main (fig. 39) en le serrant avec la vis Y ; tenez l'étau de la main gauche, tournez la clef de la main droite, et coupez comme d'ordinaire l'excédant du bout de la corde, après lui avoir fait faire un tour ou deux à l'extrémité du tortis :
' On s'exercera d'abord sur des cordes très-fines, puis sur des cordes plus grosses à mesure qu'on acquerra de l'habitude.
3" Fixez la mécanique à faire les bouclettes (fîg, 40 ) à un bord delà caisse du piano par la pince PP^ en serrant la vis D ; passez le bout de la corde dans le petit crochet C, ramenez-en les deux parties de manière qu'elles soient bien droites et qu'elles portent sur Fépaulement E de Téquerre, l'une d'un côté et l'autre de l'autre ; croisez le petit bout derrière l'équerre en le rabattant sur le côté opposé, afin d'avoir plus de force pour le tenir; prenez l'écheveau dans l'intérieur de la main gauche en tenant la corde tendue; pincez fortement avec le pouce et l'index les bouts de la corde de chaque côté de l'équerre, de façon que les deux parties destinées à faire la bouclette restent toujours très-tendues; tournez la manivelle avec la main droite jusqu'à ce que la bouclette soit achevée, et coupez comme d'ordinaire l'excédant du bout de la corde, après lui avoir fait faire un ou deux tours à l'extrémité du tortis : ce moyen est plus expéditif et plus facile que les deux précédents, surtout pour les grosses cordes.
Quand on saura faire les bouclettes avec facilité, on s'y prendra comme il suit pour remettre les cordes dans les pianos carrés (fig. 9) :
Levez le châssis des étouffoirs, qui est quelquefois à charnièreS;, et qu'on étaye dans ce cas sur le côté gauche avec une de ses vis pour empêcher qu'il ne retombe pendant qu'on remet les cordes, ou ôtez-le tout à fait s'il n'est pas à charnières.
Cherchez sur le clavier la note à laquelle appartient la corde cassée, afin de connaître la lettre qui désigne sa cheville et r.octave dont elle fait partie ; dévissez cette cheville avec la clef à accorder, en laissant la cheville à sa place, de jnanière qu'on puisse l'enlever à volonté avec ses doigts.
Choisissez une corde du même numéro que celui qui se trouve derrière les chevilles : si ce numéro n'est pas marqué, ce qui arrive quelquefois, il faut employer le calibre dont
nous avons parlé (fig. 36), pour déterminer la grosseur de cette corde, en mesurant l'une de ses voisines ou l'un des bouts qui peut encore se trouver dans la pointe d'attache ou dans la cheville, car il est important de la mettre de même grosseur : si vous n'en avez pas de semblable, il faut en mettre une plutôt plus fine que plus grosse. La corde étant choisie, faites la bouclette de même longueur que celle des autres cordes, prenez l'écheveau dans l'intérieur de la main droite, accrochez cette bouclette dans la pointe d'attache destinée à la recevoir, de manière qu'elle touche le bois , après avoir ôté quelques pilotes d'étouffoir si cela paraît nécessaire. Déroulez un peu de la corde, et mettez-la dans la pointe du sillet, en ayant toutefois la précaution de l'arranger comme ses voisines et de l'appuyer contre la contrepointe du sommier * , lorsqu'il y en a. Cela fait, vous continuerez à dérouler cette corde jusqu'à ce que vous ayez outre-passé sa cheville d'environ 20 centimètres; tenez-la tendue de la main droite, tandis que vous la frotterez fortement de la main gauche avec un morceau de peau ou de drap pour l'iillonger ; coupez-la, et faites en sorte qu'elle ne prenne pas de mauvais pli, ce qui pourrait la faire casser. Arrêtez l'écheveau, ôtez la cheville de sa place ; si cette cheville est percée, introduisez la corde dans le trou, roulez-la sur la cheville, que vous mettrez ensuite en place, et que vous enfoncerez bien, en frappant dessus avec la clef ; tournez cette cheviUe pour tendre la corde, que vous allongerez de nouveau en la frottant très-fortement avec la peau, afin qu'elle tienne mieux l'accord ; mettez-la dans le chevalet, frappez la touche et tournez la cheville. Vous entendrez d'abord deux sons bien éloignés l'un de l'autre, qui se
• On nomme contrepointe du sommier certaines pointes que les facteurs mettent quelquefois entre le sillet et la pointe d'attache pour changer la direction d'une corde qui en passant sur le trou d'un pilote d'étoulfoir empêche qu'on ne puisse le mettre à sa place.
rapprocheront au fur et à mesure que vous monterez la corde ; puis vous frapperez la touche de nouveau, et vous tournerez la clef jusqu'à ce que les deux sons soient confondus et n'en fassent plus qu'un seul. Après quoi vous remettrez en place les pilotes et l'étouffoir, pour arrêter le bruit confus de toutes les cordes, et vous ferez disparaître le battement qui peut se trouver dans l'unisson; vous marquerez la cheville de la corde neuve avec un petit morceau de papier percé dans le milieu, taillé en rond, et grand à peuprès comme une pièce de SO centimes, précaution nécessaire pour reconnaître facilement la cheville de la corde neuve quand on veut la remonter * .
Pour rouler la corde sur la cheville, lorsque la cheville n'est point percée, il faut la prendre de la main gauche par la partie inférieure, et à une hauteur convenable ; de la main droite on passe le bout de la corde dessous la cheville, que l'on rabat par-dessus, afin de serrer fortement le bout sur la cheville avec les doigts de la main gauche en la tenant très-tendue. De la main droite on la reprend pour lui faire faire trois ou quatre tours sur la cheville, en décrivant un circuit semblable à celui qu'on fait en dévidant une pelote de fil, mais dans le sens contraire, c'est-à-dire de bas en haut, en ramenant la main vers soi, afin de pincer fortement ce bout avec les tours de la corde qui est tenue avec les doigts de la main gauche (fig. 43 ): ensuite, on la roule encore quelques tours, et l'on en casse le petit bout ; on met cette cheville en place, en tenant toujours la corde très-tendue ; on enfonce d'abord la cheville en la tournant avec la clef, et non en la frappant. On frotte la corde de nouveau, puis on la monte un peu ; on la met dans les pointes du chevalet en regardant comment sont arrangées ses voisines ; ensuite
' 11 est inutile de dire que s'il y a plusieurs cordes cassées, on les l'emettra toutes avant de replacer l'étouffoir, et qu'il faut les remettre parfaitement à l'unisson.
on achève d'enfoncer la cheville en frappant dessus avec la clef, tenant toujours la corde très-tendue de la main gauche, qu'on abandonne à elle-même pendant qu'on la tend avec la clef pour empêcher qu'elle ne se relâche sur la cheville; après quoi on frappe la touche et on la monte au ton.
Si la corde se lâchait, il faudrait voir si cela ne vient pas de ce que la bouclette n'a pas été assez serrée, ou bien de ce que la corde, ayant été roulée trop lâche, coule sur sa cheville parce qu'on a négligé de la tenir constamment tendue. On aura de plus l'attention de passer cette corde sur la lisière si elle doit y être, les cordes devant être une par-dessus Qiune par-dessous.
Nous recommandons de bien accrocher la bouclette dans sa pointe d'attache, car si on la mettait dans une pointe où il y en eût déjà une, ce qui arrive quelquefois quand les pointes sont serrées, on risquerait fort de l'arracher en montant la corde. On procédera d'une manière analogue pour remettre les cordes dans les pianos carrés à sommier prolongé ( fig. 10), dans les pianos à cordes verticales (fig. 8), dans les pianos à cordes obliques (fig. 23 et 44), ainsi que dans les pianos à queue (fig. 26).
Les lecteurs trouveront peut-être cet article un peu long et minutieux; mais il m'a paru indispensable de le traiter d'une manière complète, et de n'omettre aucun des détails nécessaires pour remettre les cordes, convaincu que je suis d'ailleurs que toute personne avec un peu d'aptitude pourra à l'aide de ces détails parvenir à remettre facilement les cordes de son piano. Je suis persuadé aussi que tous les pianistes me sauront gré de mes longueurs, en se rappelant l'embarras qu'ils éprouvent quand les cordes d'un unisson viennent subitement à casser, et les difficultés qu'ils ont eux-mêmes à les remettre.
MANIÈRE DE REPASSER UN PIANO, ETC. loi