‹ L'Art d'accorder soi-mème son pianoChapitre 55 sur 98 · ACCORD DE PLUSIEURS PIANOS ENSEMBLE · texte numérisé non relu

ACCORD DE PLUSIEURS PIANOS ENSEMBLE

qu'on accordera à fond chaque piano, elles restent fixes et invariables; après quoi on achèvera d'accorder successivement tous les pianos. On commencera d'abord par ceux qui seraient plus susceptibles de se déranger. Lorsqu'ils seront tous achevés, on repassera soigneusement celui qu'on croira être le plus fixe, et on lui comparera un à un tous les autres en sonnant avec lui lentement une gamme chromatique , depuis le bas du clavier jusqu'au haut; et l'on ne sera point étonné d'être quelquefois obligé, pour obtenir un résultat parfait, d'en repasser plusieurs à différentes reprises et même d'en raccorder certains à fond.

Accord du piano avec les autres instruments.

Lorsqu'on accorde un piano pour faire de la musique avec des instruments à vent, on doit tenir le la un peu plus haut que celui des instruments sur lequel on l'accorde , parce que le piano est naturellement porté à baisser, surtout quand il fait chaud, tandis que les instruments à vent montent par l'effet de la même chaleur et aussi par le souffle de l'exécutant, ce qui fait que souvent vers la fin de la musique on se trouve ne plus être d'accord.

Pour donner le ton au piano, qui le prendra toujours avec le premier la de la partition, le hautbois et la flûte sonneront leur la le plus grave, qui est aussi celui du diapason; cependant la flûte pourra sonner également une octave plus haut le la, qui se trouve souvent plus juste dans cet instrument.

Le basson sonnera son la du médium posé sur la cinquième ligne à la clef de /«, qui est une octave au-dessous de celui du diapason. Le cornet à piston sonnera son la naturel le plus grave, après avoir accordé ses pistons au moyen des coulisses.

La clarinette , le flageolet et le cor exigent une explication préalable avant que j'indique les notes qu'ils doivent sonner pour être au ton.

La difficulté de jouer dans tous les tons sur la clarinette a fait imaginer plusieurs instruments de ce genre qui avec le même doigté produisent des sons plus bas les uns que les autres ; ce sont la clarinette en iit^ la clarinette en si bémol, et la clarinette en la; c'est-à-dire que sur la clarinette en si bémol ^ en faisant le doigté de l'ut, on obtient un si bémol qui est un ton plus bas que Vut : de même pour les autres notes; et sur la clarinette en /«, en faisant le même doigté, on obtient le la plus bas que l'i^if d'un ton et demi.

Ainsi la clarinette en ut pour s'accorder avec le piano sonnera son la d'en haut situé sur une petite ligne au-dessus des cinq, le la du diapason étant faux dans cet instrument; la clarinette en si bémol sonnera son si naturel du médium situé sur la troisième grande ligne, lequel produit le la du diapason; et la clarinette en la sonnera Vut du médium, situé entre la troisième et la quatrième ligne, et qui rend aussi le la du diapason.

La difficulté du doigté et le peu d'étendue du flageolet ont mis dans la nécessité de construire aussi des flageolets en différents tons ; les plus usités sont : le flageolet en re, le flageolet en sol, et surtout celui en la. Le même doigté sur le flageolet en sol donne les notes une quarte plus haut que sur celui en ré, et le flageolet en la, comme on le conçoit, les donnera plus haut d'une quinte.

Le flageolet en ré pour donner le ton au piano sonnera son la le plus grave, qui se trouve une octave plus haut que celui du diapason; le flageolet en sol son mi le plus grave, qui produit aussi le même la; et le flageolet en la son ré grave,

qui rend également le la à l'octave aiguë du diapason. Passons au cor.

Le cor ne peut produire naturellement qu'un très-petit nombre de notes, non diatoniquement, mais en accord parfait, et qu'on nomme ses bonnes notes; alors on est obligé de remplir les intervalles qui se trouvent entre ces notes par des sons factices, qu'on nomme sons bouchés^ parce qu'on les obtient en bouchant le pavillon avec la main et en lâchant plus ou moins les lèvres. Ces notes sont sourdes, peu justes et difficiles à obtenir.

Cette imperfection de l'instrument a fait imaginer des pièces de rechange nommées tons^ qui haussent l'instrument d'une seconde, d'une tierce, d'une quarte, etc., et qui procurent de nouvelles bonnes notes et remplacent les signes d'altération à la clef pour jouer dans tous les tons; de sorte que le cor n'admet point de dièses ni de bémols à la clef, et joue toujours comme en ut; seulement, changeant successivement ses pièces de rechange, il se trouve naturellement, par ce moyen, Qnré, en mi bémol, en mi naturel, en /«, en sol et en la.

Pour s'accorder avec le piano, les notes qui produisent un la sont : la, pour le ton à^ut; sol, pour le ton de ré; fa dièse, pour le ton de mi bémol; fa naturel, pour le ton de mi naturel ; mi, pour le ton de fa; ré, pour le ton de sol; et ut, pour le ton de la. Mais comme plusieurs de ces la sont bouchés et très-difficiles à obtenir justes, on est peu sûr de bien accorder un piano au ton du cor, et le meilleur moyen de l'obtenir exactement est de commencer la partition par une des bonnes notes de l'accord parfait de cet instrument ; par exemple : par sol du ton à' ut, qui répond à sol du piano ; par sol du ton de i^é, qui répond à la du piano ; par mi du ton de mi bémol, qui répond à sol du piano ; par ut du ton de mi, qui répond à 7ni du piano ; par mi du ton de fa, qui répond à la du piano ; par

Ut du ton de sol^ qui répond à sol du piano; et par ?/^ du ton de /a, qui répond à la du piano.

La partition étant composée de douze quintes descendantes, dont la dernière vient rejoindre la première, peu importe de la commencer par une note ou par une autre ; on reviendra toujours au point de départ, sans même qu'il soit nécessaire de franchir l'étendue du fa naturel au si naturel que je lui ai assignée.

Quant aux instruments à cordes, comme le violon, la basse, la guitare, la harpe, ils s'accordent eux-mêmes sur le piano, puisqu'on a la faculté de monter ou de descendre leurs cordes à volonté.

Si quelquefois on était obligé de mettre un piano au ton d'une harpe déjà d'accord, on ne commencerait pas la partition par le /«, mais par la principale corde à vide de la harpe, c'està-dire mi bémol si elle est à simple mécanique, et ut bémol si elle est à double accrochement, le la naturel étant moins fixe dans cet instrument que ses cordes à vide.

oï*;c

IIQ PIANOS TRANSPOSITEURS.

Page 1